‹ Vie de M. de CoursonChapitre 39 sur 336 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

famille , que dans l'occasion il faciliterait l'exécution de ses desseins, mais qu'actuellement il devait ajourner son entrée à Saint-Sulpice et que pour utiliser ses talents il allait l'employer auprès de lui. L'évêque, cependant, ne parla pas explicitement des fonctions de grand vicaire; mais M. de Gourson ne se méprit pas sur ses intentions, comme on le voit par la touchante lettre qu'il écrivit à M. Duclaux pour lui rendre compte de ce qui venait d'arriver. « J'avais attaché mon bonheur, lui disait-il en commençant, à l'avantage de travailler sous vos ordres, dans une compagnie à qui je dois ma conversion et ma vocation. La Providence ne m'en trouve pas digne, et l'autorité de Monseigneur y met un obstacle insurmontable , au moins pour le moment présent. Ah ! monsieur et très honoré père, que ce sacrifice est coûteux à mon cœur! Je m'étais flatté de vivre avec des amis et des confrères qui m'ont témoigné un attachement dont je suis très indigne; j'espérais vivre dans une communauté, et voilà qu'on m'appelle à des fonctions aussi peu proportionnées à mes forces que contraires à mes goûts. »

Ensuite, après avoir rapporté en détail à son vénérable supérieur tout ce que M^"" de Guérines lui avait dit en cette occasion, les humbles représentations qu'il s'était permis de fairepour écarter du moins le fardeau des fonctions de grand vicaire, il ajoutait avec tristesse : « Je vois bien que désormais Monseigneur a pris son parti dans cette affaire si malheureuse pour moi ; car si la place de grand vicaire est effrayante partout, surtout pour un jeune homme comme moi , sans science et sans expérience , elle ne

l'est nulle part autant qu'à Nantes, où tout depuis longtemps languit par défaut d'administration. »

En terminant, M.deCourson protestait denouveau de son attachement pour la compagnie de Saint-Sulpice. « Le souvenir de ce que je quitte, disait-il avec douleur, la vue de ce que je suis oblige de prendre, me jettent dans une peine que je ne puis exprimer et que votre tendresse vous fera vivement partager. Ce m'est du m.oins une grande consolation que ma volonté ne soit pour rien dans les changements que ma position éprouve , et qu'au contraire elle soit mortifice de la manière la plus sensible. Ce m'est encore une grande consolation , monsieur et très honoré père, de penser que vous voudrez bien me regarder toujours comme le plus humble de vos enfants, attaché à votre compagnie de toute la force de son cœur et qui no soupire qu'après le jour où il pourra en prendre les fonctions. Ah! c'est à ce jour seulement que je trouverai le terme aux peines et aux chagrins que je ne connaissais point jusqu'ici, mais que la divine et très aimable Providence m'apprend à connaître avec tant de rigueur. En attendant, puissé-jc me nourrir toujours de l'esprit que j'ai rencontré au séminaire de Saint -Sulpice, que j'ai approfondi dans l'heureuse année de ma Solitude, esprit de douceur et de simplicité, esprit de recueillement et de prières! J'ose espérer de votre affection paternelle que vous me regarderez toujours auprès de Dieu comme un membre de la compagnie dont vous êtes le chef, que j'aurai part aux prières que vous offrez pour vos enfants, au rang desquels je ne cesserai jamais de me compter. »

Les pressentiments de M. de Gourson ne l'ont pas

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