CHAPITRE VII
ment de son néant, et, en le perdant, il perd tout. Le second danger est celui de la dissipation. Les affaires le dominent, les rapports multipliés l'épuisent, les sources de la piété se tarissent par le défaut de recueillement et de prière intime. Le troisième danger est celui de la perte du temps. Trop souvent, ces pauvres jeunes gens, attachés à la personne de nos seigneurs les évêques, négligent l'étude sérieuse. Les excuses et les prétextes ne leur manqueront pas pour s'autoriser à suivre ce genre de vie. S'ils s'y accoutument, c'en est fait d'eux. »
Après^ avoir indiqué l'écueil, il conseillait comme préservatif le recueillement extérieur toutes les fois qu'il est possible, et le recueillement intérieur toujours. « Il peut s'allier, lui disait-il, avec tout ce que vous faites. Vivez donc avec Dieu sans vous laisser préoccuper par le mouvement des choses d'ici-bas, quand même ces choses mériteraient le nom d'affaires. »
Nous n'oserions dire que M. de Gourson, dans les premiers temps de son nouveau ministère, échappa complètement à tous les dangers qu'il signale à son jeune disciple ; ce que nous savons , c'est que sa fidélité aux exercices de piété, son assiduité à l'oraison , à la célébration des saints mystères , à la visite du très saint Sacrement, non seulement le préservèrent de la dissipation , mais rendirent son union à Dieu si intime et si continuelle qu'on en voyait comme un doux reflet sur son visage et dans toute sa personne. Chacun en était frappé ; les enfants euxmêmes remarquaient l'air modeste et recueilli du jeune grand vicaire. « Je vis M. de Gourson en 1824,
dit un respectable ecclésiastique du diocèse de Nantes, il accompagnait M^ deGuérines dans une visite pastorale qu'il faisait à Paimbœuf. Curieux comme tous les enfants, je m'étais approché bien près du dais sous lequel s'avançait le prélat. La majesté du Pontife et l'éclat dont il brillait ne m'empêchèrent pas de remarquer le jeune prêtre qui était à sa droite. Son air recueilli, la piété qui paraissait dans toute sa personne firent une grande impression sur moi. »
A cette rare modestie, que lui donnaient l'esprit de prière et la pensée habituelle de Notre -Seigneur, M. de Courson joignit bientôt une grande habileté dans les fonctions de sa charge et une rare sagacité pour débrouiller les affaires les plus difficiles. A l'école de Ms"" de Guérines, excellent administrateur lui-même , il acquit en peu de temps ce que d'autres moins bien doués ne possèdent pas toujours au bout d'un grand nombre d'années. « Ce fut dans cette position éminente et sous un si excellent maître, dit le biographe, que l'abbé de Courson s'initia à l'administration ecclésiastique et prit ces principes de conduite si sages et si sûrs qui le guidèrent durant toute sa vie. Il était doué, ajoute M. l'abbé Cahour, d'un esprit d'observation, d'un sens pratique, d'une prudence naturelle qui relevèrent rapidement à la hauteur de la mission qui lui était confiée. Il siégeait dans les conseils de son évêque, l'accompagnait dans ses tournées pastorales, prenait une part active à la correspondance. Mais la branche d'administration à laquelle il s'appliqua particulièrement fut celle des petits séminaires et des maisons ecclésiastiques du diocèse. Il aimait ce genre d'occupation qui le rap-