CHAPITRE VII
prochait de l'éducation des clercs et lui rappelait ses premiers goûts pour la société de Saint-Sulpice, dont il était loind^avoir abandonné le souvenir '. »
Nous parlerons bientôt de la manière dont M. de Courson s'acquittait de ce dernier emploi, du zèle qu'il y apportait et avec quels succès il le remplit pendant plus de vingt ans qu'il en demeura chargé.
Cependant, malgré le rare mérite du jeune grand vicaire et la faveur dont il jouissait auprès de M^^' de Guérines, son élévation si prompte devait exciter el excita, en effet, quelques mécontentements. Il était trop judicieux et trop humble pour ne pas s'y être attendu et n'avoir pas prévu qu'on verrait de mauvais œil qu'un prêtre de vingt-trois ans , en sortant du séminaire, sans épreuve préalable de son savoir et de sa capacité , fût élevé à des fonctions si importantes et investi de toute l'autorité épiscopale. Si quelque chose l'étonna, ce fut que le plus grand nombre des ecclésiastiques ne partageât pas ces dispositions défavorables. Aussi, loin de s'affliger d'être ainsi en butte aux mépris et aux railleries de plusieurs, il ne songea qu'à bien profiter de celte humiliation, la regardant comme le plus précieux avantage de sa dignité. Il ne négligea pas cependant les moyens qui pouvaient lui ramener les esprits, et pour cela , à l'exemple de Népotien , tant loué par saint Jérôme, il s'efforça de désarmer l'envie par l'humilité , et , quoique grand vicaire, de ne se montrer le premier qu'à la peine et au travail : Primus in opère, posfremus in orcline.
1 Biographie , p. 9, 10.
Ayant été reçu très froidement , pour ne rien dire de plus, dans une maison où il venait faire la visite, et dont le directeur se sentait blessé de le voir, si jeune encore, inspecter sa communauté, il fit semblant de ne s'apercevoir de rien, et, lorsque vint le dîner, ne se voyant point assigner de place, il alla modestement s'asseoir à un bout de la table, avec de jeunes vicaires et quelques séminaristes. Il fut gai tout le repas et ne montra pas le moindre embarras. Il est arrivé aussi qu'en sa présence on a fait sur lui des plaisanteries très déplacées , ou qu'on a répondu grossièrement à de très sages propositions qu'il faisait dans l'intérêt du bien; alors, ou il semblait n'avoir pas entendu , ou bien il gardait un modeste silence ; quelquefois même il prit la chose en riant.
Malgré les difficultés qu'il avait opposées aux désirs de Monseigneur, avant d'accepter les lettres de grand vicaire, il ne put empêcher qu'on ne l'accusât d'ambition ; quelques ecclésiastiques , en effet , ne craignirent pas de le représenter comme un jeune intrigant qui convoitait les dignités et aspirait même à l'épiscopat. Il souffrit encore en silence, et sans témoigner jamais aucun ressentiment , des reproches si odieux et si peu mérités. Il n'ignorait pas, du reste, que son élévation n'était que le prétexte de l'opposition que plusieurs lui faisaient, et le plus grand nombre des prêtres ne s'y méprenait pas non plus. « Son zèle pour procurer la gloire Dieu, dit un très digne ecclésiastique de Nantes, le désir qu'il avait de faire régner partout le respect dû aux églises, aux autels et à toutes les choses saintes, l'obligea quelquefois à faire des réprimandes qui , quoique bien fondées en