‹ Vie de M. de CoursonChapitre 48 sur 336 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

trer, nous devons faire connaître sommairement l'état de ce séminaire au moment où M. de Ourson en devint directeur.

Depuis dix ans M. Morel en était supérieur», et sous la main d'un homme si sage, si vertueux et si énergique, il avait été renouvelé, et le diocèse se peuplait de saints prêtres. « Il me serait impossible, dira plus tard M. de Gourson, en annonçant la mort de ce saint vieillard aux maisons de sa compagnie, de faire connaître tous les services que M. Morel a rendus au diocèse de Nantes, toute la considération dont il a joui de la part des prélats qui ont gouverné cette Église , de la part du clergé qui venait chercher auprès de lui les conseils nécessaires à la sanctification et à la bonne direction des âmes. Jamais il ne sortait du séminaire, et ses jours étaient consacrés à la prière, à l'étude , à ses rapports avec les séminaristes et les prêtres. Sa vie était austère , et il sentait une grande répugnance pour tout adoucissement aux rigueurs des lois de l'Église. Ses maladies fréquentes ne l'empêchaient pas d'observer les jeûnes et les abstinences, et il fallait lui arracher son bréviaire, même dans ses plus vives souffrances ^ »

1 Joseph Morel, né à Luxeuil, en Franche-Comté, était directeur au séminaire de Toulouse lorsque la révolution française lui donna occasion de confesser la foi et de souffrir pour Jésus- Christ. 11 se réfugia d'abord à Soleure, puis il alla rejoindre M. Bouillaud, qui, poursuivant l'œuvre de sa vocation, avait fondé en Allemagne le séminaire de la Walsau. M. Bouillaud étant rentré en France, M. Morel resta seul chargé de cette intéressante maison, jusqu'en 1814 qu'il fut rappelé lui-même par M. Duclaux.

2 Lett7'e circulaire, S avril 18b0,

L'exemple d'une vertu si courageuse faisait une grande impression sur les séminaristes et donnait une force irrésistible aux exhortations du vénérable supérieur. Rien que sa vie élait une éloquente prédication. Cependant, quoique tous eussent pour lui la plus haute estime, il y en avait, surtout parmi les nouveaux , qui redoutaient son abord sérieux et presque sévère; les anciens eux-mêmes, quoique convaincus depuis longtemps que cet extérieur austère s'alliait avec un très bon cœur, ne laissaient pas d'éprouver toujours un peu de crainte dans leurs rapports avec lui.

Parmi les directeurs, il y en avait aussi et des plus saints qui souffraient des manières de leur vénéré supérieur, et particulièrement de ses appréciations. Doué d'une trempe d'âme plutôt forte que sensible, et d'un esprit plus solide que brillant, il avait de la peine quelquefois à ne pas laisser apercevoir le peu de sympathie qu'il éprouvait pour la parole de ceux qui, ayant une belle imagination ou une grande sensibilité, s'en servaient pour colorer, échauffer leur enseignement et le rendre plus profitable en le rendant plus attrayant pour leurs jeunes auditeurs. Tout le monde sait à Nantes quel était le mérite de M. Féreti que la Providence destinait à être le successeur de M. Morel et à continuer son œuvre. « C'était, dit M. l'abbé Allard, un homme de Dieu dans le vrai sens du mot , un saint homme qui a tenu une grande place pendant sa vie, et qui laisse, en mourant, un vide difficile à combler ; un de ces hommes qu'on aime beaucoup quand on les a beaucoup connus, et dont le nom, quand ils ne sont plus, nous revient

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