‹ Vie de M. de CoursonChapitre 49 sur 336 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

comme un parfum, avec le souvenir de toutes les vertus ^ . »

Avec tant de vertu de part et d'autre MM, Morel et Féret travaillaient d'un égal zèle à l'œuvre du séminaire. Mais ce n'était pas sans se faire souffrir mutuellement et sans éprouver quelque chose de ces petits froissements qu'amène presque toujours dans les communautés la diversité des caractères , et dont Dieu ménage souvent les occasions à ses meilleurs amis. M. Féret, plus qu'aucun autre des directeurs du séminaire de Nantes, avait cette exubérance d'imagination et cette bonté de cœur expansive que ne comprenait pas et n'appréciait pas M. Morel.

Dans cet état de choses, la présence de M. de Courson au grand séminaire de Nantes eut un très heureux effet, non seulement à l'égard des élèves, mais encore auprès des directeurs. « L'œuvre des séminaires, dit M. l'abbé Cahour, était son œuvre privilégiée, et il s'en acquitta si bien qu'il vit bientôt la majeure partie des séminaristes lui donner leur confiance et se mettre sous sa direction. Il s'acquit même un tel ascendant sur les directeurs de cette maison, qu'ainsi qu'ils se sont plu à l'avouer, il devint comme leur propre directeur. Cet ascendant

1 Notice sui^ M. l'abbé Féret, p. 38. Pierre Féret, né à Anfreville, dans le diocèse actuel de Coutances, fut envoyé directeur au séminaire de Nantes en 1821 , immédiatement après l'année de solitude pendant laquelle il fut foraié par M. Mollevaut aux vertus et aux fonctions de son état. Durant quarantedeux ans il travailla avec le plus grand zèle à la sanctification des jeunes ecclésiastiques confiés à ses soins, et mourut à Nantes, le 23 février 1863, vivement regretté de M^ Jaquemet et de sou clergé*

n'était point le fait de l'autorité. C'était un charme secret qui lui conciliait tous les cœurs par la seule puissance de sa sagesse, de sa bonté et de toutes les vertus dont il était, sans s'en douter, le parfait modèle ^ »

Les directeurs dont parle ici M. l'abbé Cahour étaient tous des hommes recommandables par leurs vertus; quelques-uns l'étaient aussi par le savoir; la plupart, sinon tous, avaient sur leur jeune confrère cette sorte de supériorité que donnent l'âge et l'ancienneté dans les emplois de la compagnie. M. Glouet, qui professait la morale depuis 1811 , était un ancien confesseur de la foi dont la régularité , la simplicité et la charité édifiaient beaucoup le séminaire. Le professeur d'Écriture sainte, M. Rey, qui plus tard quitta Saint-Sulpice, donna comme les autres toute sa confiance à M. de Courson, qui, de son côté, lui voua une amitié dont nous verrons plus tard un touchant témoignage. M. Mansard, chargé de la gestion du temporel, avait déjà connu M. de Courson à Issy, mais leur union à Nantes devint encore plus étroite.

Personne cependant, au séminaire de Nantes, ne retira autant d'avantages que M. Féret, de ses rapports avec M. de Courson. Plus qu'un autre, il est vrai, ce cœur ardent, généreux, aspirant sans cesse à faire de nouveaux sacrifices pour Dieu, avait besoin d'un ami tel que celui-là. Aussi , le considéra-t-il comme un don du Ciel et lui donna- t-il la confiance la plus illimitée. Dès ce moment, et jusqu'à la fin, M. de Courson lut le confident de ses pensées les plus intimes, et il ne se détermina jamais à rien d'impor-

1 Biographie , p. II.

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