‹ Vie de M. de CoursonChapitre 50 sur 336 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tant que par son conseil. Nous aurons occasion de dire plus loin combien il eut à se louer de la douce mais puissante influence que cet ami si sage, si cordial et si dévoué exerça toujours sur lui.

Les rapports de pieuse amitié qui s'établirent entre les directeurs du séminaire de Nantes et leur nouveau confrère, étaient trop du goût de M. Mollevaut pour qu'il ne s'empressât pas de les encourager. « Vous ne pouvez rien m'apprendre de plus consolant, écrivait-il à M. Féret, que vos saintes réunions qui produiront un grand bien dans le séminaire. Ne craignez pas d'y mettre l'épanchement et la gaieté qui conviennent entre des frères. »

Les bénédictions abondantes que Dieu répandait sur le ministère de M. de Courson, dans l'intérieur du grand séminaire, l'accompagnaient aussi dans les petits séminaires et les collèges ecclésiastiques , lorsque, pour se conformer aux volontés de M»"" de Guérines, qui l'avait ainsi réglé en lui permettant d'entrer à Saint- Sulpice, il visitait pendant les vacances ces divers établissements. Cette fonction , qui se reliait étroitement à l'œuvre du grand séminaire et à la formation des clercs, ne déplaisait pas à M. de Courson, mais elle lui imposait de rudes labeurs. C'était', en effet, lorsque ses confrères , après neuf mois d'un travail continuel, pouvaient enfin prendre quelques semaines de repos , qu'il devait commencer la visite des nombreuses maisons cléricales établies dans le diocèse de Nantes*. Elle ne lui demandait pas moins

^ On comptait alors, dans le diocèse de Nantes, dix maisons d'éducation conduites par des ecclésiastiques, sous la haute direction de Monseiarneur.

d'un mois, pendant lequel il devait faire passer les examens , prendre connaissance de l'état des maisons et présider la distribution des prix. Ce n'était qu'après avoir terminé cette longue et fatigante tournée qu'il pouvait songer à se délasser un peu. Pendant vingt-deux ou vingt-trois ans, il a été fidèle à s'acquitter avec tout le zèle imaginable d'un emploi si peu attrayant en lui-même, et qui n'était adouci que par l'amour du devoir et l'espérance de favoriser des vocations ecclésiastiques.

La conduite qu'il tenait dans ces visites pour les rendre profitables à tous , mérite d'être connue. Il s'appliquait à acquérir une parfaite connaissance des élèves ; il attachait à ce point une grande importance et prenait les moyens d'y arriver promptement. « Il connaissait tous nos enfants, dit un ancien supérieur du collège de la Bûcherais; d'une année à l'autre, il se souvenait des notes qu'ils avaient méritées et des observations faites sur leur compte. Nous étions quelquefois tout étonnés de le voir rappeler ce que nous avions oublié nous-mêmes. Il est vrai qu'il les étudiait bien; il les étudiait aux examens, il les étudiait dans les notes qui lui étaient présentées , il les étudiait dans les rapports des professeurs et finissait presque toujours par mieux les connaître que les maîtres qui avaient vécu des années entières avec eux.

« Quoique fatigué par ces longues séances d'examens qui se succédaient presque sans interruption pendant plus d'un mois , il voulait tout voir, tout entendre, depuis l'élève de huitième jusqu'au rhéloricien. Ses yeux scrutateurs cherchaient dans ces

Page 1