CHAPITRE IX 9b
jourd'hui et doat une longue expérience a montré la sagesse. Il nous suffira de dire un mot du but que l'on avait en vue en formant cette communauté de philosophie. M. l'abbé Gahour l'a bien fait connaître.
« M. de Courson, dit-il, se proposait d'y recevoir non seulement les jeunes gens qui aspiraient au sacerdoce, mais aussi les jeunes laïques qui, sur le point d'entrer dans le monde, sentaient le besoin de se munir de connaissances philosophiques exactes et de vertus chrétiennes solides. Le souvenir des incertitudes et des dangers où l'avait jeté lui-même son isolement dans la capitale, à pareil âge et en semblables circonstances, lui disait de quelle utilité pouvait être à ces jeunes gens un ami dévoué, un guide prudent et fidèle ; il se sentait pressé d'être l'un et l'autre pour la jeunesse nantaise, et il espérait y réussir. Son cœur ne le trompa point *. »
On sera surpris peut-être, maintenant que de toute part l'on tend à ne recevoir dans les petits séminaires que des élèves aspirants à l'état ecclésiastique, de voir M. de Courson , un homme si sage et si prudent, admettre des jeunes gens destinés au monde, dans un établissement servant d'annexé au grand séminaire; de voir l'évêque de Nantes et le supérieur général de Saint-Sulpice non seulement ne pas s'opposer à cette pratique, mais l'approuver et l'autoriser. Il ne nous appartient pas de discuter et déjuger une méthode encore à l'étude en plusieurs diocèses, mais qui n'est plus admise nulle part, croyons -nous, pour les maisons de philosophie. S'il était besoin cependant
1 Biographie , p. 12.
de justifier M*^'' de Guérines, M. Garnier et M. de Courson de l'avoir adoptée à Nantes en 1826 , on pourrait alléguer les difficultés que rencontraient alors les jeunes gens chrétiens, pour étudier la philosophie sans exposer leur foi, et les avantages que la société et l'Église elle-même retiraient de leur demeure dans une maison d'éducation aussi bien conduite. Sans parler, en effet, des excellents chrétiens qui s'y sont formés pour le monde, combien parmi les élèves laïques qu'on y a reçus, ont changé de dispositions et, comme M. de Courson lui-même, sont devenus plus tard des prêtres fervents , qui ont fait et font encore beaucoup de bien ! Nous nous réservons d'en parler ailleurs.
Ajoutons que ce mélange n'avait pas, dans une maison où l'on n'entrait qu'à l'âge de 18 ou 20 ans, c'est-à-dire lorsque les aspirants à la cléricature sont déjà assez fermes dans leur vocation, l'inconvénient qu'il peut avoir dans un petit séminaire; on apportait d'ailleurs un grand soin dans le choix des jeunes élèves destinés au monde; leur nombre était presque toujours inférieur à celui des élèves ecclésiastiques ; enfin tous étaient obligés au môme règlement et l'on éliminait ceux qui faisaient difficulté de s'y soumettre.
Mais, quoi qu'il en soit de la méthode en ellemême, nous sommes assuré de n'être contredit par personne en affirmant que dans la main de M. de Courson, elle n'a pas donné lieu aux inconvénients qui pouvaient être appréhendés, et que les avantages qu'elle a eus ont dépassé les espérances qui avaient été conçues d'abord. La présence des élèves destinés au monde a plus d'une fois , comme nous le verrons