CHAPITRE X
l'un des hommes que j'ai entendus plus volontiers et plus utilement pour mon avancement spirituel. — C'était surtout dans ses entretiens et gloses du soir, dit un autre, qu'il me paraissait admirable : malgré sa jeunesse, il y montrait la sagesse d'un vieux directeur de séminaire. Je n'ai jamais oublié la manière si pleine d'intérêt dont il nous commenta l'Introduction à la vie dévote et les Confessions de saint Augustin. Le cœur de saint François de Sales et celui du grand docteur de l'Église semblaient être passés dans le sien. Nous l'écoutions avec le plus religieux silence. »
Chaque année, en effet, M. de Courson faisait hre à la lecture spirituelle ces deux ouvrages, qu'il regardait comme éminemment utiles aux jeunes gens. « Comme il s'appliquait, dit M^*" Sebaux, à faire passer dans nos cœurs les sentiments de piété qu'ils renfermaient et dont son propre cœur était si bien rempli * 1 »
L'explication du règlement, qui a lieu deux fois par an dans les séminaires, occupait assez longtemps M. de Courson et lui offrait l'occasion de poser nettement les principes d'après lesquels son devoir l'obligeait de conduire la maison. 11 le faisait avec la douceur et la fermeté qui formaient comme le fond de son caractère et qui furent toujours le trait distinctif de sa manière de gouverner.
Remarquons d'abord avec l'auteur de la Notice que tout en séparant les philosophes des théologiens, le prudent supérieur voulut que le régime du nouvel
1 Inutile de dire qu'il dirigeait la. lecture de manière à faire omettre les chapitres qui pouvaient offrir quelque danger pour ses jeunes élèves.
établissement se rapprochât de celui des grands séminaires. Tous les jeunes gens admis dans la maison des philosophes devaient être indistinctement soumis aux mêmes règlements. Mais la sagesse du supérieur sut toujours discerner ce qui convenait aux jeunes gens destinés à vivre dans le monde ou à ceux qui avaient une vocation ecclésiastique. Il ne les dirigeait pas tous dans la même voie. Pour les premiers, il avait beaucoup plus de condescendance ; avec les autres, il usait d'une plus grande fermeté , sans toutefois laisser entrevoir cette différence, ce qui aurait pu nuire au bien commun.
Ainsi dans l'explication des règles M. de Courson s'attachait fortement à la lettre , et , après l'avoir entendue, personne n'était admis à en prétexter ignorance, ni à s'excuser sur ce qu'il ne se destinait pas à l'état ecclésiastique; mais dans l'application il pratiquait admirablement le conseil que saint Grégoire pape donnait à tous les supérieurs et qu'un auteur plus récent résume ainsi : Rector omnia videat, multa dissitnulet, pauca castiget '.
« Pendant les deux années que j'ai passées sous sa douce et ferme conduite, dit un de ses anciens élèves, j'ai toujours admiré son esprit d'observation. Il savait tout ce qui se passait dans la maison, sans néanmoins employer une surveillance proprement dite, ni recourir à aucun de ces moyens qui, loin de tenir la jeunesse dans le devoir, ne font souvent qu'irriter son esprit d'indépendance et son amour- propre. Il avait
1 Que le supérieur s'aperçoive de tous les manquements, qu'il paraisse souvent ne pas les voir, que rarement il punisse. {De Cura past., p. 2, X.)