‹ Vie de M. de CoursonChapitre 65 sur 336 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

un secret que personne ne connaissait et qu'il tenait sans doute de Celui qui voit tout sans effort et sans mouvement. Il lisait dans le cœur de ceux qu'il aimait à appele-r ses enfants et saisissait avec un tact admirable les différentes nuances de leur caractère; il conduisait ensuite chacun par la voie qui lui convenait. »

M. MoUevaut disait à un supérieur de philosophie : « N'espérez pas que tous vos enfants marchent d'un même pas ; cela n'est jamais arrivé dans une communauté; il y en aura toujours qui resteront en arrière, et on a besoin de condescendance et de douceur pour cet âge où l'imagination est si vive et la contrainte si pénible*. » M. deCourson n'agissait pas et ne parlait pas autrement. Écrivant en 1845 à celui qui le remplaça comme supérieur des philosophes à Nantes, il lui disait : « Tenez avec une douce fermeté au règlement, et tout marchera. Supportez quelques abus, ceux qui sont supportables, vous ressouvenant que vous avez affaire à des écoliers, à des enfants. »

Quant aux rapports qui devaient exister entre la maison de philosophie et celle de théologie, il lui disait : « Évitez le plus possible la réunion des deux communautés. Cette réunion profite peu et nuit beaucoup aux deux maisons. Pour les relations particulières entre élèves des deux séminaires, il faut les rendre rares et cependant ne pas porter la sévérité trop loin. Je ne permettais aux philosophes d'aller au grand séminaire que pour de bonnes et raisonnables raisons. »

Il était plus sévère encore à l'égard du petit sémi-

1 Vie de M, MoUevaut, p. 421.

naire, et néanmoins, là même, il faisait volontiers des concessions en vue du bien qui pouvait résulter de ces relations. Ainsi il permettait assez facilement ces sorties quand il s'agissait de voir un frère , élève au petit séminaire, car, comme le fait remarquer M^'' Sebaux, en faveur duquel il donna souvent cette permission, M. de Gourson attachait un grand prix à ces bonnes relations et affections de famille.

Tout ce qui pouvait compromettre ou diminuer la confiance des séminaristes, lui déplaisait dans le gouvernement de sa communauté. De là son éloignement pour certaines mesures préventives qu'on est obligé d'employer dans quelques maisons, mais dont il eut toujours le secret de se passer sans inconvénient. Consulté, en 1848, par un supérieur de philosophie sur une mesure de ce genre , il lui disait : « Elle existe dans plusieurs de nos séminaires; cependant j'hésiterais à l'admettre si je ne m'y voyais pas forcé par de graves abus. Elle présente un danger que je redoute, celui d'exciter les jeunes gens à prendre des détours pour échapper à la mesure. Je ne sais si je suis trop de mon siècle, mais j'ai peu d'attrait pour les mesures préventives, au moins pour celles qui peuvent inquiéter et gêner les jeunes imaginations trop portées au soupçon. Que le soupçon, l'inquiétude entrent dans les âmes, il faut dire adieu à la confiance. »

Une manière de gouverner si paternelle imposait au bon supérieur bien des assujettissements et des fatigues, car, ainsi que le disait M. MoUevaut, « faire observer extérieurement la règle est très facile , il ne faut que huit jours pour cela et il suffît d'être dur et

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