CHAPITRE X
sec, mais la faire aimer, voilà la grande affaire d'un supérieur de séminaire et qui demande toute la suavité imaginable. » Cette maxime qui est vraie , même pour les grands séminaires , où il n'y a que des aspirants à la cléricature, trouvait surtout son application dans une maison où les jeunes gens destinés au monde étaient quelquefois nombreux. Qui ne voit combien le supérieur avait besoin de douceur pour les gagner, de patience pour les supporter et les attendre , de fermeté pour empêcher que l'indulgence n'encourageât les manquements et n'amenât le relâchement de la discipline? M. de Gourson ne fut jamais au-dessous de cette tâche difficile, parce que, comme on l'a dit, il était homme d'autorité et de suavité tout à la fois. « Personne, disait un vaillant officier, ancien élève du séminaire de philosophie de Nantes et que le bon supérieur appelait quelquefois Vune de ses gloires, personne ne possédait comme l'abbé de Courson , le secret de tempérer l'expression d'une sévérité nécessaire par l'accent d'une affection toute paternelle *. »
Ce sage supérieur attendait toujours le moment convenable pour adresser des avis, des représentations ou des réprimandes ; il avait coutume de dire qu'il fallait écarter l'empressement, même dans le bien. Quand il s'agissait surtout d'éloigner un élève de la maison , il se montrait d'une patience infatigable et ne s'y déterminait qu'à la dernière extrémité, c'est-à-dire après avoir épuisé inutilement tous les moyens de le ramener au devoir : « Si tel sujet, di-
1 Notice, p. S.
sail-il quelquefois, ne fait pas tout ce qu'on pourrait attendre de lui , mettons-le du moins en état de faire le plus de bien possible. » Avecla patience, sa grande ressource dans ces occasions était le secours do la très sainte Vierge, qu'il invoquait alors avec une grande ferveur. « Ah 1 s'écriait- il quelquefois, la sainte Vierge et la patience, que de choses cela arrange^ ! »
Cependant dès qu'il y avait lieu de craindre que la présence d'un élève ne fût dangereuse pour les autres, ou que l'influence de ses mauvais exemples ne nuisît à la régularité de la maison , il devenait inflexible. Un jour qu'il eut à adresser un reproche à la communauté au sujet d'une faute assez générale : « Messieurs, s'écria-t-il d'un ton pénétré et qui laissait néanmoins paraître la violence qu'il se faisait. Messieurs, sachez -le, je tiendrai la main au règlement et il sera exécuté, fallût-il pour cela sévir avec vigueur contre les coupables. » Tout rentra immédiatement dans l'ordre ; on savait qu'il ne menaçait pas en vain.
Il est rare que M. de Courson ait été obligé de recourir à de pareilles menaces , mais il eut plus d'une fois à gémir sur les résistances que son zèle rencontra parmi les élèves qui ne se destinaient pas à l'état ecclésiastique. « Dans les premières années qu'il a été supérieur, dit l'un de ses plus anciens élèves , il a eu des chagrins bien sensibles à son cœur. Il voyait sa communauté comme partagée en deux, et ses avis, si paternels qu'ils fussent, ne purent d'abord obtenir
* Notice, p. f).