‹ Vie de M. de CoursonChapitre 67 sur 336 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

la fusion. Il se fit même , parmi les laïques , des tours d'écolier dont M. le supérieur fut instruit. Il fit des reproches , mais d'un ton si doux qu'il était facile de voir la peine qu'il ressentait. Peu de jours après, un de ces jeunes gens voulut encore se livrer à quelque espièglerie, mais celui qu'il sollicitait à être de la partie lui répondit aussitôt : Monsieur le supérieur est trop bon, cela lui ferait de la peine et c'est péché de donner du chagrin à un si bon père. »

C'est ainsi que M. de Gourson, par sa grande bonté, encore plus que par sa parole et ses exhortations , prenait sur tous ses élèves un empire comme irrésistible et dont il se servait pour les porter au bien et les faire avancer dans la vertu. « C'est incroyable ! disaient-ils quelquefois, je voudrais résister à l'action de M. de Courson, mais il n'y a pas moyen : il fait de moi ce qu'il veut. » Il était vrai, et généralement les difficultés dont nous venons de dire un mot ne se présentaient que dans la première moitié de l'année : souvent même il ne fallait que quelques jours au bon supérieur pour être tout à fait maître de sa communauté. « Il y avait parmi nous au petit séminaire , dit un des premiers élèves de M. de Courson, plusieurs laïques assez mal disciplinés qui nous avaient fait une assez mauvaise réputation. En philosophie tout cela disparut. Nous fûmes souples , dociles comme des enfants à l'égard de leurs bons parents. Nous ne savions qu'obéir à notre bon supérieur parce que sa bonté nous subjuguait. Nous connaissions le généreux dévouement avec lequel il avait renoncé au siècle, et nous le voyions au milieu de nous, pauvres paysans, comme un père qui s'oublie totalement pour ne pen-

ser qu'au bonheur de ses enfants. M. de Courson ne savait point punir, mais en échange, les séminaristes savaient travailler, garder le silence et donner leur cœur aux exercices religieux. La bonté de M. de Courson avait , j'en suis persuadé , le principal mérite dans l'heureuse transformation qui s'était faite en nous. »

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