CHAPITRE XI
plus d'une fois leur admiration : «Voyez, disaient-ils, comme il paraît content et heureux au milieu de sa communauté, comme il est simple avec ses jeunes élèves ! »
« La simplicité et l'humilité chrétiennes, dit en effet M. l'abbé Cahour, formaient comme le fond du caractère et des habitudes de M. de Courson. Ces qualités brillèrent non seulement dans ses préférences pour la vie cachée , mais encore dans son langage , dans son vêtement, dans toutes ses manières, qui laissaient apercevoir, à travers un air de distinction , fruit chez lui de la bonne éducation et de l'élévation des sentiments , tant d'ingénuité , de candeur, on dirait presque de bonhomie.
« A cette simplicité extrême, dit encore M. l'abbé Cahour, se joignaient en lui une douceur angélique , un oubli si profond de sa personne qu'on eût dit qu'il était étranger à lui-même. D'une sobriété exemplaire, il n'avait à Nantes d'autre nourriture que celle de ses élèves, et on ne l'entendit jamais se plaindre du peu de saveur des mets , ni des autres accidents de préparation , assez fréquents dans les ordinaires de communautés. Son jeûne était austère, surtout pendant le carême. Pourtant on remarqua qu'il ne l'exagérait pas au point de nuire à sa santé et à l'expédition des affaires. Même insouciance de sa part pour le vêtement. » Si l'on n'eût eu la précaution de substituer adroitement des soutanes neuves aux siennes trop usées, il eût porté celles-ci jusqu'à ce qu'elles fussent tombées de vétusté, sans se plaindre et même sans s'en apercevoir. On raconte qu'il lui arriva plus d'une fois d'endosser des soutanes neuves durant plusieurs
jours, sans se douter du changement'. Il ne prenait pas plus de souci de son ameublement. Pourvu qu'il eût une chaise pour s'asseoir, une table pour écrire et un lit quelconque pour prendre son repos , il se trouvait parfaitement content. Si l'on veut avoir une idée complète de son mobilier, à la maison de philosophie de Nantes, il faut ajouter une bibliothèque en bois commun , une commode et un secrétaire démodé, plus un banc de bois qu'il fit installer dans son antichambre pour la commodité des visiteurs -. » 0^1 comprend que la vue d'une habitation si pauvre put bien donner lieu à l'anecdote arrivée en 1832. Il y eut cette année-là, à Nantes, ainsi que nous le dirons plus loin , des perquisitions qui s'étendirent au séminaire de philosophie. Le commissaire de police, chargé de visiter cette maison , demanda tout d'abord à être conduit chez M, de Courson. En entrant dans la pauvre antichambre du vénéré supérieur il se crut victime d'une mystification, « Mais ce n'est pas là, dit- il avec vivacité, la chambre de M. de Courson! — Il n'en a pas d'autre, répondit le séminariste qui l'avait introduit. — Vous voulez vous jouer de moi. Comment, c'est la chambre de ce monsieur de Gour-
* M'i* Thibault, qui souffrait de voir son neveu si pauvrement vôlu, lui en faisait quelquefois des reproches: « Cela donnait lieu à de plaisantes altercations, dit M"»'= Saulny, et j'admirais la manière gracieuse avec laquelle M. l'abbé de Courson résistait à une personne qu'il aimait tant. Un jour cependant que sa tante lui avait, à son insu, fait faire une soutane et acheter un chapeau, il témoigna tout haut son mécontentement, lorsqu'il trouva ces objets dans sa chambre, et défendit à sa bonne tante de s'occuper désormais de son vestiaire. »
2 Biographie, p. 33.