‹ Vie de M. de CoursonChapitre 70 sur 336 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

son que l'on dit si riche? » Et il fallut lui répéter jusqu'à trois fois qu'il n'en avait pas d'autre.

Ce mépris du luxe et de tous les agréments que peuvent procurer les richesses touchait profondément les élèves de M. de Gourson, particulièrement ceux qui, appartenant à la classe élevée de la société, estimaient d'autant plus ces avantages que leur naissance les avait déjà mis à même de les goûter. « Quel dévouement! disaient avec admiration ces jeunes gens, en voyant le peu de cas que leur bon supérieur faisait delà fortune; laisser le monde et toutes les jouissances qu'il pouvait lui présenter pour aller s'enfermer avec des jeunes gens dans une maison de silence , de pénitence et d'oubli! S'il fût resté dans l'état laïque, il aurait aujourd'hui terres, maison de ville, maison de campagne, équipage, train, tout ce que le mondain ambitionne et désire; il serait un heureux du siècle. Il pouvait se procurer ce bonheur ; il ne l'a pas voulu ; il a préféré la modestie et l'obscurité d'une maison d'éducation. »

Un autre élève de philosophie, appartenant aussi à une famille riche, se permit de témoigner à M. de Gourson lui-même l'étonnement que la pauvreté de son extérieur lui faisait éprouver. « Gomment se faitil , monsieur le supérieur, lui dit-il avec naïveté, que vous qui êtes si riche, -vous portez des bas percés et avez des mouchoirs tout usés. » — « Mon enfant, lui répondit avec douceur M. de Gourson, vous ne comprenez pas cela à présent, mais vous le comprendrez un jour. Vous comprendrez un jour l'importance des vocations ecclésiastiques et de quel prix il est de les favoriser; vous comprendrez qu'épargner pour cela

est une chose précieuse ; vous comprendrez aussi le prix de la pauvreté. » La leçon n'a pas été oubliée. Curé d'une grande paroisse , l'ancien élève de philosophie comprend et pratique aujourd'hui tout ce qu'il a vu faire à son vénéré supérieur dont le souvenir lui est sans cesse présent à l'esprit.

En M. de Courson, on le voit, tout concourait à gagner l'estime et la confiance de ses élèves , et à leur inspirer l'amour de la vertu; sa sainte vie était pour eux une exhortation continuelle et la plus éloquente des exhortations. On voit par les souvenirs qu'ils ont recueillis après la mort de leur bon supérieur que s'ils n'ont pas retenu tous les sages conseils qu'il leur donna de vive voix, ils n'ont oublié aucune des touchantes leçons qu'il leur fit par ses exemples. Pas un qui ne raconte quelque trait de sa rare humihté, de sa simplicité, de sa douceur, de son inépuisable générosité, de sa compassion pour les malades et les affligés.

« Jamais, dit M"^'" l'évêque d'Angoulême, il ne parlait de ce qui pouvait rappeler sa naissance, et le cher monsieur Arondineau me disait qu'il avait inutilement essayé à plusieurs reprises de l'amener sur ce sujet. Toujours M. de Courson détournait la conversation, et une fois il imposa tout à fait silence sur cet article. Il ne parlait pas davantage de ses grandes occupations, de ses œuvres de charité, car il n'avait rien tant à cœur que de s'effacer entièrement. »

Par esprit d'humilité autant que par bonté de cœur, il semblait ne pas s'apercevoir qu'on manquât aux égards qui lui étaient dus. Il arrivait quelquefois qu'au moment de partir pour la promenade, à la tête de la

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