‹ Vie de M. de CoursonChapitre 71 sur 336 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

communauté, il se voyait seul, personne, soit par timidité, soit par tout autre motif, ne se présentant pour lui tenir compagnie. Jamais il n'en témoigna le moindre mécontentement ; c'était une occasion de s'humilier dont il se trouvait heureux de pouvoir profiter.

Mais tout cela était peu pour une vertu aussi solide que celle de M. de Courson; elle supportait, comme on va le voir, des manquements bien plus sensibles. « La plus belle leçon d'humilité et de patience que j'ai reçue de notie bon supérieur, dit un respectable curé, c'est lorsque, après avoir essuyé de la part d'un élève des reproches qui auraient été déplacés à l'égard d'un simple condisciple, ce saint prêtre, loin de prendre le ton que sa qualité de supérieur lui donnait droit d'employer, aima mieux paraître coupable et fît des excuses, témoignant le regret qu'il éprouvait d'avoir occasionné pareille sortie. Cette scène produisit sur moi une impression d'étonnement et d'admiration qui ne s'effacera jamais. »

Ce profond sentiment d'humilité portait aussi M. de Courson, dès qu'il lui arrivait quelque accident , à en attribuer la cause à ses péchés. Un matin, avant la messe, il fit un reproche mérité à un élève qui avait été imprudent en un point assez grave. Ayant éprouvé en descendant de l'autel une vive douleur qui l'empêcha de se rendre seul à la sacristie, il envisagea cet accident comme une punition, et on l'entendit remercier Notre -Seigneur de ce qu'il n'avait pas laissé impunie la faute dont il s'était rendu coupable, disaitil , en contristant l'un de ses enfants.

L'humble sentiment qu'il avait de lui-même faisait

que M. de Courson n'éprouvait aucune peine à devenir dans l'occasion le serviteur de ses élèves. Tous les matins il allait porter de la lumière à ceux qu'il avait chargés d'éveiller la communauté , et il le faisait d'une manière si pieuse qu'on s'estimait heureux de recevoir de lui cet office de charité. « Quand je l'entendais venir, dit un de ceux que le bon supérieur éveillait chaque matin , je me disais : Voici le saint qui arrive , et je vénérais sa main qui m'apparaissait et semblait me bénir. J'étais surtout porté à Dieu par la manière si douce et si dévote dont il m'invitait à louer le Seigneur K »

La vénération profonde que tous les élèves de philosophie avaient pour M. de Courson ne leur ôtait pas cette douce et cordiale liberté que l'on prend toujours avec un bon père. Ainsi il n'était pas rare que pendant les récréations on l'entourât et qu'on lui fît mille questions curieuses ou amusantes ; il y répondait avec bonté et ne se lassait jamais des importunités de ses enfants. Lui-même, soit par inclination de caractère, soit dans la vue d'égayer la conversation ou de corriger quelque léger défaut, se permettait assez souvent de petites plaisanteries avec eux, mais elles n'avaient jamais rien qui pût blesser, et le ton qui les accompagnait était si paternel qu'elles contribuaient à mettre à l'aise avec lui. Cependant, comme il s'y attendait bien , elles ne laissaient pas de provoquer chez quelques-uns des réponses maladroites ou peu mesurées. Loin de s'en otfenser, il se prenait à rire,

1 Allusion au verset Bcnedicamus Domino, employé dans les séminaires pour éveiller la communauté.

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