‹ Vie de M. de CoursonChapitre 72 sur 336 · CHAPITRE XI 12b · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI 12b

et ceux qui l'ont connu savent qu'il ne riait jamais de si bon cœur que quand on lui faisait remarquer quelque légère singularité dans ses manières ^ .

Nous venons de voir jusqu'à quel point il portait l'esprit de pauvreté : ce grand oubli de soi-même qui le rendait comme insensible à des choses qui l'avaient tant passionné dans sa première jeunesse, était un des points sur lesquels ses chers élèves ne craignaient pas de lui faire leurs observations. Quoique édifiés de ce mépris des vanités du monde , ils se permettaient de l'avertir que ses vêtements n'avaient plus la décence convenable. « Il était beau , dit un des témoins de cette scène qui se renouvelait souvent, de nous voir prier notre bon père d'acheter un chapeau , des souliers , une ceinture , son chapeau n'ayant plus de forme , ses souliers ne protégeant plus ses pieds contre l'eau ou la boue, et sa ceinture étant tout à fait hors de service. Eh bien! nous répondait- il avec cet air de bonhomie qui lui était ordinaire et que nous aimions tant, puisque vous croyez nécessaire que je change tout cela, je m'en occuperai *. »

1 II n'y avait rien que de digne et de très convenable dans l'extérieur de M. de Courson; cependant le laisser aller de toute sa personne , la pose légèrement inclinée de sa tête vers l'épaule gauche, le ton doux et insinuant de sa voix, et surtout le regard fin et scrutateur qu'il arrêtait quelquefois sur ceux qu'il voulait mieux connaître, n'avaient pas échappé à ses chers élèves, qui volontiers s'en récréaient innocemment entre eux et même quelquefois avec lui.

2 Comme trait de caractère et sans intention de louer, nous dirons encore que M. de Courson , pour aller au conseil de l'évêché , ne faisait pas ordinairement de toilette ; il oubliait même quelquefois de donner un coup de brosse à son chapeau et à sa vieille soutane. Heureusement il avait au secrétariat un ami

M. de Courson ne négligeait guère moins sa santé que ses vêtements. Il était sujet à une fatigue d'estomac qui lui rendait la digestion difficile et pénible ; quelquefois la douleur devenait si vive qu'il se voyait contraint de s'appuyer sur ceux qui prenaient la récréation avec lui; mais cela ne durait qu'un«instant, car, reprenant courage , il revenait promptement au calme et même à la douce gaieté qui lui était ordinaire. Malgré cette incommodité il se refusa toujours à introduire quelque adoucissement dans son régime, et il fallut l'ordre du médecin pour le faire consentir à manger autre chose que du pain sec à déjeuner.

Il ne se dispensait pas davantage des promenades qui étaient de règle pour la communauté, et, même dans les plus mauvais temps de l'année, il tenait à donner l'exemple à ses élèves et à les encourager par là à ne pas écouter la paresse et l'immortification quand ils seraient dans les travaux du saint ministère. « L'année que je passai en philosophie, dit un ecclésiastique dont les communications nous ont déjà fourni plusieurs traits intéressants, l'été fut très pluvieux et nous donna rarement de belles promenades. M. de Courson nous conduisait à la maison de campagne par un temps affreux. Un jour que le tonnerre grondait et qu'il tombait une très forte pluie, tous ceux qui nous voyaient passer s'apitoyaient sur nous ; et notre supérieur de nous dire : Messieurs, je tiens à

qu'il ne manquait jamais de saluer avant de se présenter chez Monseigneur, et M. l'abbé Lelbrt, qui avait pour lui l'aflectiou d'un fils, ne le laissait entrer au conseil qu'après avoir mis son chapeau et sa soutane dans le parfait état de propreté dont ils étaient suscentibles.

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