‹ Vie de M. de CoursonChapitre 73 sur 336 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ce que vous vous rappeliez , lorsqu'on vous appellera pour les malades un jour de très mauvais temps, qu'étant au séminaire vous alliez à la promenade par un temps encore plus mauvais peut-être. »

Si la promenade que M. de Gourson faisait chaque semaine avec sa communauté n'offrait pas toujours l'incommodité du mauvais temps, elle n'était du moins jamais pour lui l'occasion d'un repos complet : chaque fois qu'il partait pour la maison de campagne, il prenait avec lui quelques-unes des lettres auxquelles il n'avait pu répondre encore, et la plus grande partie de son temps, après ses exercices de piété, était consacrée à mettre sa correspondance à jour. En été, cependant, après avoir écrit presque toute la matinée, il faisait avec quelques séminaristes sa visite ordinaire aux différentes parties de l'enclos , « car, dit M»'' Sebaux, il trouvait un charme particulier à considérer les œuvres de Dieu, à voir, mais sans permettre d'y toucher, les nids des oiseaux, à regarder les ruches des abeilles et surtout à visiter les petits arbres qu'il avait lui-même plantés. »

Mais de toutes les vertus dont M. de Gourson donnait l'exemple à ses élèves, aucune n'était capable de les frapper autant que sa grande charité, car à chaque instant ils en éprouvaient l'effet en leur personne. Nous avons déjà vu combien il était bon pour tous ceux que Dieu avait mis sous sa conduite , et cependant cette bonté s'accroissait encore et devenait une tendresse de mère à l'égard des malades , des affligés et de ceux qui étaient dans le besoin. Dès qu'il y avait un malade dans sa maison, il s'en occupait avec une grande sollicitude, le visitait souvent, s'efforçait de le

consoler et ne reculait devant aucune dépense pour le secourir dans son état.

Cette sollicitude pour les malades n'allait pas cependant jusqu'à lui faire prendre au sérieux de légères indispositions dont il n'y a rien à craindre. Il disait agréablement à son successeur qui, en 1846 , s'était un peu ému à l'occasion de quelques incommodités de ce genre : « Prenez garde que votre charité ne vous engage dans des sollicitudes trop attentives sur la santé de nos enfants. Ces petits Bretons sont consUtués de cette sorte que ce qui serait un remède ailleurs serait pour eux un poison. Que M. l'économe soit leur grand médecin, qu'il leur donne du bon pain, de la bonne soupe. Dieu se réserve de leur donner un air très pur, journellement balayé par le courant de la Loire. Je serais désolé qu'ils s'accoutumassent à se tâter le pouls pour savoir s'ils sont malades. Les seules maladies de poitrine sont redoutables pour eux. J'avoue qu'elles ont fait ma désolation. »

Parmi les élèves de philosophie que M. de Courson eut la douleur de voir malades de la poitrine et qui devinrent très particulièrement l'objet de sa compatissante charité, il est juste de placer le jeune Pierre Arondincau, dont il a été déjà fait mention. Ce pieux séminariste, dès la première année, tomba dans un état de grande faiblesse ; miné par une fièvre presque continuelle, il maigrissait à vue d'œil. Il put cependant commencer sa seconde année ; mais au bout de quelques mois , M. de Courson dut l'obliger à prendre du repos dans sa famille. Cette absence qui dura [)lusieurs mois aurait été bien pénible pour le pieux

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