CHAPITRE XII
sont les sources les plus fécondes de la vertu. Quand il nous l'expliquait en direction, il eût fallu voir comme il était pénétré de la pensée de Dieu , de sa miséricorde, de l'amour de Notre-Seigneur pour nous et de la tendre charité qui doit se trouver dans la vraie piété. Lui-même au milieu de ses travaux était d'une égalité d'âme parfaite. Nous trouvions toujours auprès de lui le même accueil , et dans ses traits, la même bonté. Sa vue seule communiquait cette paix intérieure à laquelle il attachait un si grand prix. Bien des fois je suis allé pour lui confier les inquiétudes de mon esprit, et je n'étais pas plus tôt près de lui que ce trouble avait disparu comme par une influence secrète et presque à mon regret , ne pouvant plus dépeindre un état d'âme tout changé. D'autres ont ressenti comme moi cet effet de grâce dans leurs rapports avec lui.
« M. de Courson voyait avec peine dans ses chers disciples cette grande activité de l'esprit qui ne s'exerce ordinairement qu'aux dépens du cœur. Il n'aimait pas qu'on cherchât avant tout à satisfaire son intelligence, il préférait de beaucoup l'humble et douce soumission de la foi et de l'amour. Je ne pourrais répéter tout ce qu'il m'a dit à ce sujet, mais je retrouve dans une lettre de l'excellent et bien-aimé M. Arondineau, une parole de notre bon père qui sous une petite mahce cache un sens profond. « L'autre jour, m'écrivait-il le 2 décembre 1840, je trouvai M. le supérieur lisant la lettre du vénérable père de Montfort aux amis de la croix : Voilà, me dit-il, qui n'est pas pour VOUS; vous avez trop d'esprit! Mais elle était bien pour lui cette admirable lettre, car il était du
nombre des amis de la croix , il était même des premiers; son esprit et son cœur avaient ce qu'il faut pour la comprendre et la goûter. En direction il parlait souvent de la croix; il voulait qu'on l'étudiât, qu'on l'aimât , qu'on en fît sa règle et qu'on y conformât toute sa vie. Pendant la semaine sainte il m'a toujours fait une grande impression , tant il paraissait plein de la pensée et de l'amour de Jésus cruciQé.
« Ce saint prêtre avait pour le monde et l'esprit du monde un éloignement profond qui lui était inspiré par sa grande foi. Gomme il s'attachait à en donner l'horreur aux jeunes gens qu'il formait à la vertu, à ceux surtout qui se destinaient à l'état ecclésiastique ! Plusieurs fois je lui ai entendu exprimer la douleur que lui causait la vue d'un prêtre mondain.
« Dans les occasions il prémunissait avec soin ceux qu'il dirigeait contre la légèreté , la dissipation , l'amour-propre et la mondanité, dont la fréquentation des gens du monde pouvait devenir la source ; car s'il portait à la confiance et à la paix ce n'était pas pour établir les âmes dans une sorte d'inaction. J'ai vu rarement un directeur pousser ses disciples avec la môme insistance et la même justesse d'esprit, à l'humilité, la mortification et le détachement des créatures '».
A ce tableau déjà si parfait, nous pouvons cependant, au moyen des souvenirs de quelques autres disciples de M. de Gourson, ajouter encore plusieurs traits. « Quand j'eus connu M. de Gourson , dit un de
1 Souvenirs de Ms» Sebaux.