‹ Vie de M. de CoursonChapitre 80 sur 336 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ces vénérables ecclésiastiques , je voulus m'adresser à lui , attiré par cet air de douceur, de bonté et de simplicité qui commandait le respect et l'amour. J'avais d'assez courts entretiens avec lui : peu ouvert et peu démonstratif, je ne lui disais pas grand'chose; mais il me suffisait, pour me sentir porté à bien faire , de le voir et de l'entendre m'adresser quelques mots d'encouragement, avec ce laisser aller et cette lenteur originale qui dévoilaient toute la bonté de son âme. Lorsque je lui témoignais de l'impatience en voyant mon peu de progrès dans la perfection de ma vocation , il réprimait cet empressement et cette mauvaise humeur. Il encourageait beaucoup et avait l'air de tout attendre du temps. »

M. de Gourson se montrait encore plus accommodant quand il avait à diriger des jeunes gens destinés au monde : « M'étant décidé, dit l'un d'eux, à entrer au séminaire de philosophie, uniquement pour examiner ma vocation avec l'aide et les conseils de ce saint homme, je lui dis dès ma première entrevue que je n'irais pas me confesser à d'autres que lui. J'étais sincèrement chrétien, mais bien enfant, quoique j'eusse dix-neuf ans. J'allais souvent voir M. de Gourson; on appelait cela direction, mais la plupart du temps nous parlions du collège où j'avais fait mes classes. Gependant, avant de partir, il y avait toujours le petit mot du cœur. »

Entre les plus reconnaissants disciples du bon et compatissant directeur nous devons placer ceux qui eurent à souffrir, pendant leur séjour en philosophie, des perplexités d'une conscience scrupuleuse ou des écarts d'une imagination trop vive. « Parmi ceux qui

ont eu l'incomparable bonheur d'être les enfants d'un père si digne de notre éternel souvenir, qui lui doit plus que moi, dit un respectable curé, pour qui a-t-il pris plus de peines , de ces peines ingrates qu'on ne peut se donner que par bonté d'âme et en vue de Dieu , parce qu'en ce monde on ne prévoit qu'un décourageant insuccès? Au lieu de consolations pour tant de soins, tant de compatissante bonté, que d'appréhension, que d'angoisses je lui ai causées I Durant mon année de physique, alors que je souffrais si cruellement dans mon esprit, voyant que j'abandonnais tout travail écrit, rebuté que j'étais par une foule de causes et en particulier par la stérilité absolue de mes efforts, M. de Gourson, stupéfait autant qu'affligé d'un pareil état , résolut , avec cette bonté exquise qui le distinguait et lui attachait tous les cœurs , de diriger lui-même personnellement mon travail écrit. Pendant quelque temps il me faisait porter chez lui chaque soir, à l'heure du coucher de la communauté, l'essai de rédaction de la journée, le lisait, me faisait ses observations et ordinairement écrivait à la fin la date du jour. J'ai conservé avec soin ces rédactions qui portent empreintes les traces de sa sollicitude.

« Je crois bien , dit un autre, que j'ai été un de ses enfants de douleur par la peine que lui ont causée les folies de mon imagination ; mais , au lieu de s'impatienter de mes importunités, je puis dire qu'il m'a toujours supporté comme la plus compatissante mère supporte les défauts de son enfant; et l'on eût dit que, à mesure que son affection augmentait , je lui donnais plus d'inquiétude. Je n'oublierai jamais, dit untroi-

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