CHAPITRE XH l/i
lant devant les sacrifices qu'exige la sainteté sacerdotale. Il voulait l'emploi des moyens énergiques et prémunissait avec soin ses disciples contre les négligences. Il abhorrait l'esprit de routine qu'il appelait Vhomicide routine, recommandant fortement la pratique journalière de l'oraison mentale qui est la mère de la piété. « Jamais , dit un autre , il ne perdait de vue ce qui nous était nécessaire dans l'ordre de notre sanctification, et autant il mettait de condescendance et de douceur dans ses rapports avec nous , autant il insistait pour nous faire avancer dans la voie de la vertu. On sentait que c'était là sa préoccupation habituelle. »
Le zèle de M. de Gourson, pour l'avancement de ses disciples , se montrait bien aussi dans le tribunal de la pénitence : les avis qu'il y adressait faisaient de profondes impressions. « J'ai toujours remarqué quand il me confessait, dit M^'" Sebaux, sa gravité, l'onction de ses paroles, le vif souvenir de Notre- Seigneur et son attention à le rappeler. J'admirais aussi la justesse de ses réflexions et l'a -propos des pénitences qu'il imposait. Rien de plus pieux et de plus sagement ménagé. — Je n'ai jamais rencontré, dit un autre , de confesseur qui sût trouver comme lui le mot qui vous convient. Il était très bref dans ses exhortations (il confessait presque toute la communauté). Mais ses paroles portaient coup. Après dixsept ans j'ai encore présents à la mémoire bien de ces précieux mots qu'il m'a dits en confession. »
Les paroles de M. de Gourson étaient particulière^ ment pénétrantes quand il rappelait la grande bonté de Dieu à l'égard des âmes repentantes. Il disait à un
de ses jeunes disciples qui demeurait trop sous l'empire de la crainte : « Dieu ne veut pas que vous le serviez en esclave , mais en enfant : ce serait lui faire injure que de rejeter cette qualité d'enfant quand il vous l'offre si miséricordieusement. Ainsi liberté entière et confiance cordiale. Si l'enfant prodigue , après que son père lui eut rendu la robe et l'anneau , avait persisté à ne se présenter à lui qu'en haillons, et avec la même crainte et le même tremblement que lorsqu'il le revit pour la première fois, n'aurait-il pas offensé son cœur? Vous avez reçu la robe de confiance et d'amour filial; gardez-la toujours et qu'elle vous enveloppe tout entier. Que l'anneau soit constamment à votre doigt; votre père, qui l'y a placé, se plaît à l'y voir K »
* Vie el opuscules, t. I, p. 185.