‹ Vie de M. de CoursonChapitre 85 sur 336 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

disciples. « M. de Courson, dit-il, qui savait que je devais revenir et qui voulait me laisser l'initiative, soit à cause de ma famille , soit à cause de moimême, ne consentit point à s'expliquer; mais la seconde année, pressé encore par mes instances, et le moment décisif approchant, il m'exposa son avis avec netteté, puis m'envoya de suite confier à Notre -Seigneur les premières impressions que cette décision pouvait produire en moi. Cette décision était la vraie, celle que j'ai heureusement suivie. »

Le prudent supérieur en usait de même à l'égard de la soutane qu'il permettait de prendre aux uns plus tôt, aux autres plus tard, selon qu'il le jugeait plus utile à chacun. Là encore il n'aimait pas les mesures générales, et le séminaire des philosophes de Nantes, qui garde religieusement les usages établis par ce digne supérieur, n'a qu'à se féliciter des bons effets que produit encore aujourd'hui cette pratique.

Dans ses conférences sur la vocation, M. de Courson ne négligeait pas les élèves qui se destinaient aux carrières du monde, et, dans ses conseils, il y avait toujours quelque chose qui pouvait leur être profitable. Avec quelle sollicitude il les mettait en garde contre les entraînements des passions et les invitait à ne consulter ni la chair ni le sang, mais Dieu seul dans le choix d'un état de vie ! Ces graves réflexions, jointes à l'éloge qu'il faisait en toute circonstance de l'état ecclésiastique, de la dignité du divin sacerdoce, de la gloire qu'un bon prêtre procure à Dieu et des services immenses qu'il rend aux hommes, ne manquaient jamais de faire une excellente impression sur ces jeunes élèves. Plusieurs même ne se contentaient

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pas de concevoir une haute estime pour un état qu'ils connaissaient peu avant leur entrée au séminaire , et vers lequel ils n'avaient pas encore porté leurs vues ; ils témoignaient le désir d'en être jugés dignes et priaient M. de Gourson de les aider à connaître la volonté de Dieu.

Grâce aux éminentes qualités de ce digne supérieur, la maison de philosophie dépassa sous ce rapport toutes les espérances qu'on avait conçues à sa fondation. Parmi les nombreux ecclésiastiques qu'elle prépara pour le grand séminaire, elle en recruta plusieurs dans les rangs de ceux qui jusqu'alors n'avaient pensé qu'aux carrières du monde. « M. de Gourson, dit un prêtre du diocèse de Nantes, portait si loin la sagesse , la bonté et le don de gagner les cœurs , que plusieurs qui , avant de le connaître, n'avaient nullement pensé au sacerdoce, se trouvèrent comme pris dans un filet qu'ils ne pouvaient rompre ; et maintenant ils nous édifient par leur zèle, leur science et leur vertu ^ ; sa réputation sous ce rapport, ajoute le respectable ecclésiastique dont nous citons les paroles , s'étendit même assez loin et fit peur à quelques élèves qui, dans la crainte d'être pris, eux aussi, à ce doux appât, allèrent dans d'autres maisons pour faire leur philosophie. »

C'était bien mal connaître M. de Gourson que de le

1 Ces heureuses conquêtes, faites sur le monde au profit de l'état ecclésiastique, n'étaient pas toutes pour le diocèse de Nantes; quelques-uns de ces jeunes élèves appartenaient par la naissance aux diocèses d'Angers, Rennes, Luçon, le Mans, Laval, et c'est dans leur pays que la plupart ont exercé le ministère. Plusieurs cependant sont allés aux Missions étrangères, ou ont embrassé l'état religieux.

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