‹ Vie de M. de CoursonChapitre 86 sur 336 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

croire capable d'influencer qui que ce fût sur le choix d'un état de vie, surtout quand il s'agissait de l'état ecclésiastique. Il avait une trop haute idée du sacerdoce pour être prompt et facile à décider qu'on pouvait en contracter les engagements. Le sacerdoce à ses yeux était un état de dévouement et de sacrifice : « C'est sous ce rapport, nous dira-t-il bientôt, que je l'estime et que je l'aime : sacrifice, sacrifice entier et perpétuel. »

Pénétré de ce noble sentiment, tant qu'il ne voyait point en quelqu'un le germe de ces généreuses dispositions, il ne se hâtait pas de lui permettre l'entrée de la carrière sacerdotale; voyait -il, au contraire, ce germe dans un jeune homme du monde qui ne pensait pas à l'état ecclésiastique , il se sentait aussitôt pour lui une particulière dilection et ne négligeait rien pour l'aider à rompre les liens qui l'attachaient au siècle.

Il n'est pas rare que M. de Gourson ait aperçu des indices de l'appel de Dieu en de jeunes élèves qui non seulement ne lui avaient encore rien dit à ce sujet, mais qui ne soupçonnaient même pas qu'ils pussent avoir cette vocation. Dans ces cas, il se contentait de prier, attendant patiemment qu'on lui fît les premières ouvertures. C'est la conduite qu'il tint à l'égard d'un très digne curé du diocèse de Nantes qui , après avoir quitté le séminaire assez brusquement, lui demanda bientôt à y rentrer, parce que, disait -il, il lui était venu un doute sur sa vocation. « L'ouverture que vous me faites, mon cher ami, lui répondit-il aussitôt, ne me surprend pas. J'ai plus d'une fois pensé que l'idée d'entrer dans l'état ecclésiastique devait

s'être présentée à votre esprit. Je crois que vous ne devez pas négliger cette idée et qu'il est important que vous l'approfondissiez. Je me ferai un grand plaisir de vous aider dans l'épreuve à laquelle vous désirez la soumettre et j'espère bien qu'avec le secours de Dieu, nous parviendrons à connaître les desseins de la Providence sur vous. »

Il disait à un autre qui n'avait d'abord , comme le précédent, nullement pensé à l'état ecclésiastique et qui maintenant est au Garmel : « Depuis longtemps j'ai aperçu en vous des sentiments qui semblent annoncer une vocation au dévouement du sacerdoce. Je me suis tenu en défiance et sur mes gardes, parce que ces sentiments prenaient une forme aventureuse et singulière qui m'inquiétait. Aujourd'hui je suis plus rassuré , et si les circonstances extérieures vous permettaient de prendre ce parti, je vous dirais : Entrez au séminaire , vous êtes dans les conditions où l'on fait prudemment cette démarche. »

Lorsque la maladie l'obligea de s'éloigner de Nantes, il laissa à la maison de philosophie deux ou trois élèves qui se trouvaient dans le même cas. Il répondait à l'un d'eux qui lui avait fait part de quelques effets que la grâce commençait à produire en son âme: « Tout ce que vous me racontez d'une manière si touchante m'a réjoui et ne m'a pas étonné. Quand je vous ai quitté, j'étais loin d'avoir des idées arrêtées sur votre vocation, ne vous ayant vu que peu de temps, mais je me disais à moi-même : Pourquoi faut-il que la légèreté étouffe dans ce cher enfant des germes si précieux que la grâce a semés dans son âme? et je disais à Dieu : Mon Dieu ! une touche un

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