CHAPITRE XIII
peu forte de votre amour suffirait peut-être pour éclairer et entraîner ce cœur qui est tout enlacé dans l'enfantillage. Il y a là de quoi faire un vrai et courageux chrétien , peut-être aussi de quoi faire un bon prêtre. Je devais m'arrêter là, j'aurais été téméraire de chercher à sonder plus avant les desseins de la Providence. Il fallait prier et attendre. »
Cette prudente réserve , M. de Courson la pratiquait aussi quelquefois dans les cas où la vocation d'un jeune homme lui était bien connue, car même alors il avait pour principe de ne pas imposer sa manière de voir en sujet si grave. Il attendait donc patiemment que son disciple se portât comme de lui-même au parti qu'il désirait le voir embrasser. Souvent cela demanda du temps et ne put avoir lieu qu'un an ou deux après la sortie du séminaire de philosophie. Ces délais ne le rebutaient jamais. Par des lettres fréquentes, pieuses et toujours marquées au coin d'une grande sagesse, il achevait ce que les entretiens du séminaire n'avaient qu'ébauché. Plus il avait prié , attendu et désiré, plus était vive sa joie quand enfin il recevait la nouvelle d'une généreuse résolution. « Votre lettre, disait-il dans une de ces circonstances, m'a donné une bien douce consolation. Dieu m'a ménagé cette joie pour mes bonnes étrennes. Je bénis du fond de mon cœur cette douce et aimable Providence qui vous a conduit à l'accomplissement de ses desseins. Je m'y attendais, car il me semblait impossible qu'un jeune homme qui cherche Dieu avec droiture et simplicité s'égarât dans le choix de son état. Votre exemple viendra se joindre, dans mon esprit, à celui de plusieurs autres pour me confirmer
de plus en plus dans ma persuasion. Les anxiétés que vous avez éprouvées à la fin de l'année dernière, l'espèce de dégoût factice qui en est résulté, dégoût qui vous éloignait de l'état ecclésiastique et vous engageait à chercher le repos dans une vie moins assujettissante, ne m'ont point fait changer d'avis sur votre vocation. J'ai toujours pensé que vous étiez véritablement appelé à vous consacrer à Dieu pour les fonctions apostoliques, et j'espérais fortement qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard, vous reconnaîtriez la volonté de Dieu sur vous et que vous vous mettriez en devoir de l'accomplir. Mais il n'entrait point dans mes vues de vous parler le langage d'autorité que vous auriez voulu de moi l'année dernière; je tenais à ce que vous eussiez toujours la ferme conviction que votre détermination venait de Dieu et de vous. J'aurais applaudi à votre détermination, si vous l'aviez prise, je l'aurais approuvée, mais je ne pouvais pas aller plus loin. La Providence a tout conduit et terminé heureusement. Ne nous lassons pas l'un et l'autre de lui en rendre de justes actions de grâces. »
Dans un cas presque semblable, non seulement M. de Gourson attendit patiemment que son jeune disciple se déterminât comme de lui-même à embrasser l'état ecclésiastique, mais il alla plus loin et ne craignit pas de lui permettre de goûter le doux repos de la famille auquel il le voyait aspirer. « Je vous l'ai déjà dit, lui écrivait-il dans cette occasion, je suis d'avis pour le moment que vous ne pensiez plus à votre vocation, et je consens volontiers à ce que vous essayiez de cette belle petite vie, si douce, si pares-