CHAPITRE XIII
Le rayon tant désiré brilla enfin dans l'âme pure du disciple et dissipa toutes ses inquiétudes. Pendant son séminaire, M. de Gourson lui continua le secours de ses bons conseils et de ses paternels encouragements.
« Enfant de Dieu, lui disait-il dans une occasion, soyez donc en repos. Dieu vous comble de biens pour le présent et pour l'avenir. Appelez, appelez la foi à votre secours ; c'est elle qui vous éclairera sur ce que le choix de Dieu, qui vous attache à lui, a de grand et de consolant. Voyez le bien que vous avez à faire dans le champ de l'Église pendant la courte durée de votre passage sur la terre. »
Celui à qui s'adressaient de si admirables et si touchantes exhortations, réalise aujourd'hui à la tête d'un important diocèse les espérances de son bienaimé père.
M. de Courson ne fut ni moins éclairé ni moins heureux à l'égard d'un autre de ses disciples qui, quoique bien appelé aux divines fonctions du sacerdoce, reculait épouvanté, n'osant pas en contracter les redoutables obhgations. Ici le sage directeur, sans s'écarter de la règle qu'il s'était prescrite et user d'autorité, devint cependant extrêmement pressant. Il combattit avec force les appréhensions, les anxiétés, les scrupules de cette âme généreuse , mais timide ; réfuta une à une les raisons qui lui étaient alléguées et ne se désista pas qu'il n'eût triomphé et donné à l'Église un nouveau serviteur tout dévoué à ses intérêts et à ceux de ses enfants. « Je crois que vous cherchez trop l'attrait de la grâce dans la partie sensible de votre âme, lui disait -il dans une première
lettre , je désire que vous vous éleviez plus haut par le secours de la foi et que vous cherchiez votre vocation à la lumière de ce divin flambeau qui nous conduit toujours à l'amour de la croix, au mépris des biens de la terre, à l'amour pur. Engagez -vous dans ce chemin et voyez s'il ne vous mènera pas à l'objet de vos désirs. Ce chemin est celui que le divin Maître a tracé, qu'il a suivi et par lequel il veut que nous allions à lui. Bien peu le comprennent, mais vous êtes fait pour le connaître et pour le comprendre. Courage! courage! Quam angusta porta et arctavia estquse ducit ad vitam, et pauci sunt qui inveniunt eam M »
« Croyez-moi, lui disait-il encore un peu plus tard, la voie de la croix , qui est dans un sens véritable la voie du salut, est à bien plus forte raison celle du sacerdoce. Le sacerdoce est la croix par excellence; je ne puis le considérer autrement. C'est sous ce rapport que je l'estime et que je l'aime par-dessus tout : sacrifice, sacrifice entier et perpétuel. Je ne me lasse point, ajoutait- il, de demander à Dieu qu'il vous éclaire enfin sur une question si grave, dans l'intérêt de sa gloire et de votre salut. Je ne sais si je m'abuse, mais je crains réellement que vous ne vous entreteniez dans une sorte de résistance à la grâce, non pas dans une résistance formelle, mais dans une résistance qui consiste à attendre, par paresse et immortification, des signes de vocation que Dieu peut fort bien vous refuser, parce qu'ils ne vous sont pas nécessaires pour connaître sa volonté. Vous me semblez toujours
»MaUh. VII, u.