CHAPITRE XIII
attendre un entraînement sensible, impérieux; vous ne voulez pas assez vous contenter de ces motifs de foi qui éclairent et dirigent notre préférence. »
Répondant ensuite à la principale difficulté qui arrêtait son pieux disciple , il lui disait : « Les devoirs du sacerdoce sont très redoutables, et si Dieu ne devait pas aider à les remplir, nous reculerions tous devant ce fardeau qui serait formidable pour les anges eux-mêmes. Malheur à qui ne comprend pas la sublimité du sacerdoce , mais malheur aussi à qui ne connaît pas Dieu , la puissance de son bras et l'appui qu'il donne à ceux qu'il charge de l'accomplissement de son œuvre! Non omnes capiunt verbwn istud, dites -vous. Vous avez raison, mais écoutez : Notre- Seigneur ne s'arrête pas à ces paroles, il ajoute: Sed quibus paratum est. Cher ami, enfant de grâce et de bénédiction , ajoutait avec effusion le bon supérieur, Dieu veille sur vous et vous garde : ayez confiance. »
Parmi les élèves destinés au monde, que M. de Gourson engagea à entrer dans l'état ecclésiastique , il en est plusieurs qui avaient déjà quitté le séminaire de philosophie, lorsqu'ils commencèrent à soupçonner que Dieu voulait les honorer de cette sublime vocation. Gela arriva en particulier à un jeune homme de famille, qui était allé à Paris pour y suivre les cours de l'école de droit : jusque-là il n'avait eu aucune vue bien arrêtée sur son avenir, mais il ne lui venait même pas à la pensée qu'il pût être jamais appelé à prendre rang dans le clergé. Gependant, au milieu des distractions de la capitale , les inquiétudes les plus sérieuses commencèrent à l'agiter à ce sujet.
Il crut devoir les faire connaître à M. deCourson, avec lequel il n'avait pas cessé d'être en commerce de lettres. Le bon supérieur, qui n'avait remarqué dans son ancien élève aucun de ces germes de vocation ecclésiastique auxquels il donnait tant d'attention , fut d'abord étonné de le voir inquiet sur son avenir. « Je vous voyais suivre naturellement et simplement la route ordinaire de la vie, lui disait-il dans sa réponse, et j'étais persuadé que tel était l'ordre de la Providence, ne soupçonnant pas que Dieu demandât de vous d'autres combats et d'autres sacrifices que ceux qui sont inséparables de la condition de tous les chrétiens. Ma persuasion reposait sur l'ignorance où j'étais que Dieu vous touchât d'aucun attrait pour un genre de vie plus parfait. »
M. de Courson ajoutait ensuite qu'il avait grandement à cœur de l'aider à connaître la volonté de Dieu sur lui. « Vous savez, lui disait-il, combien je vous ai toujours été attaché ; en ce moment cet attachement redouble; je suis tout préoccupé de votre affaire , et mes continuelles relations avec toute sorte de personnes ne peuvent m'en distraire. J'y réfléchis et surtout je prie pour vous, car c'est du ciel que j'attends les secours dont j'ai besoin pour répondre à votre confiance. »
L'examen de cette vocation dura plusieurs mois ; M. de Courson y fit paraître une prudence et une sûreté de vues tout à fait remarquables. Avant d'aborder la question principale, il appelait l'attention de son cher disciple sur les désirs de perfection et de dévouement que Dieu lui faisait sentir depuis quelque temps : « Je les regarde, lui disait -il, comme une