‹ Vie de M. de CoursonChapitre 91 sur 336 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

grande grâce et un témoignage certain que Notre- Seigneur demande de vous un amour plus fort et plus généreux qu'on ne le trouve ordinairement dans les hommes du monde, même dans ceux qui sont honnêtes et chrétiens. C'est la voix de Dieu que vous entendez au dedans de vous, et elle vous demande quelque chose de plus qu'une vertu commune. Vous êtes appelé à la perfection : voilà qui me paraît certain. Mais devez-vous pratiquer cette perfection dans le monde ou dans un état qui vous applique uniquement au service de Dieu ? Je ne puis donner de suite une solution définitive à cette question ; je vais cependant vous communiquer les réflexions que j'ai faites depuis trois jours : ce ne sont point des compliments que je veux vous faire, c'est une pensée que je veux vous exprimer. »

Ici M. de Courson expose avec simplicité ce qui, dans son ancien élève, pouvait bien être l'indice de la vocation à l'état ecclésiastique. « Votre âme élevée et sensible, lui dit -il, conçoit vivement ce que nous devons à Dieu, notre créateur et rédempteur, elle apprécie ce qu'a de grand et de pur le dévouement de celui qui se sacrifie à la gloire de Dieu et au salut de ses frères ; votre cœur comprend et goûte tout sentiment noble. Je vais plus loin, je vous crois capable de faire tous les efforts nécessaires pour accomplir les desseins de Dieu. Mais Dieu demandet-il devons ces efforts? Ici je m'arrête. Il faut prier et attendre. Dieu ne laisse pas longtemps dans la perplexité et l'anxiété un cœur bon et droit comme le vôtre. Offrez-vous à lui avec un entier abandon, et bientôt il vous manifestera clairement sa volonté qui,

j'en suis sûr, est une volonté d'amour et de miséricorde à votre égard. Faites -moi promptement savoir ce que vous avez éprouvé à la réception de cette lettre : notre correspondance va devenir active; parlons cœur à cœur et en pleine liberté. »

Dans une seconde lettre, le prudent directeur proposa à son disciple de se soumettre à une épreuve dont il lui indiquait le plan. Quelques exercices de piété d'abord, surtout des communions plus fréquentes et toujours accompagnées d'une grande confiance en Dieu. « Vous tâcherez aussi, ajoutait-il, de vous tenir dans une grande paix intérieure, ne combattant pas violemment les impressions qui s'élèveraient en vous. Lorsque vous vous sentirez porté vers la vie séculière, vous ne vous ferez aucun reproche de vous laisser aller à cette pensée; lorsque, au contraire, vous sentirez inclination pour une vie plus parfaite, vous ne repousserez point ce sentiment. Vous voyez que dans mon plan d'épreuve j'écarte toute discussion et recherche directe et que je tends à établir votre âme dans un état de calme, également favorable aux justes appréciations de la raison et aux touches de la grâce divine. »

Ce plan fut suivi avec docilité et succès. Au bout de cinq ou six mois, M. de Courson, qui dans l'intervalle avait eu un entretien à Nantes avec son ancien élève, fut en état de lui déclarer avec assurance que Dieu l'appelait à l'état ecclésiastique; mais, en lui donnant cette décision, il tint à faire connaître les motifs sur lesquels il la fondait, espérant qu'ils porteraient la conviction dans l'esprit de son disciple comme ils l'avaient portée dans le sien. Résumant

Page 1