‹ Vie de M. de CoursonChapitre 92 sur 336 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

donc les diverses observations qu'ils avaient faites ensemble, il lui disait :

« Qu'est-ce que ce mouvement intérieur qui vous a si longtemps agité, qui vous a inspiré un si profond dégoût pour le monde , qui vous a entraîné si impérieusement vers Dieu ? N'est-ce pas évidemment l'action d'une grâce singulière, l'attrait invincible de l'Esprit-Saint? Il semblait que tout vous éloignât de ce service de Dieu qui nous sépare de tous les intérêts de la vie présente : vos habitudes , votre position sociale, et même, jusqu'à un certain point, vos inclinations naturelles ; et cet attrait a triomphé de tous les obstacles : vous n'avez trouvé la paix que lorsque vous avez dit comme le prophète : Ecce ego , mitte me \, Vous avez longtemps lutté contre Dieu ; enfin, vous vous êtes avoué vaincu ; il vous a vivement fait sentir combien il est dur de lui résister. Depuis que vous vous êtes mis aux pieds de Dieu, vous avez goûté la douceur d'un calme parfait , et votre cœur, comme de lui-même, s'est ouvert aux charmes de la vertu et du divin amour. J'ai été tellement frappé, tellement touché de ce que vous m'avez dit à l'époque de votre court séjour à Nantes, ajoutait M. de Courson, que dès lors mes inquiétudes se sont dissipées, et je vous aurais parlé comme je vous parle aujourd'hui si je ne n'avais pas voulu m'assurer, en prenant du temps, que ces consolantes dispositions persévéreraient avec constance. J'ai mille fois demandé à Dieu avec instance qu'il opérât quelque changement dans ces dispositions, si sa volonté n'était pas que

1 Isaïe, VI, 8.

VOUS lui fussiez consacré. Je vous ai attendu, j'ai même pris plus d'une fois avec vous le parti du monde et de la nature : rien n'a pu exciter un changement tant soit peu notable dans vos dispositions. Dieu vous veut donc attacher à lui plus étroitement que le commun des fidèles , il attend de vous une perfection plus grande, il vous fait un devoir de donner libre essor aux sentiments que vous avez toujours trouvés en vous et qui se sont développés admirablement dans le progrès de l'âge, surtout depuis un an. »

En terminant, M. de Gourson avertissait son cher disciple qu'il aurait encore bien des obstacles à surmonter, bien des ennemis à vaincre, mais il lui faisait espérer, et la carrière sacerdotale de l'ancien étudiant en droit a justifié ses paroles, qu'avec la grâce de Dieu il triompherait de tout. « Le salut du prochain, lui disait-il, cet admirable but de l'état ecclésiastique, excitera votre ambition ; vous le poursuivrez avec ardeur et vous le procurerez efflcacement. Mon amitié ne m'abuse pas, et ces heureux présages se réaliseront. »

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