‹ Vie de M. de CoursonChapitre 94 sur 336 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

jusqu'ici à être pour les élèves des deux maisons qui peuvent y prendre part une fête de famille aussi agréable qu'édifiante, et sur laquelle Notre-Dame de Toute- Joie ne manque jamais de répandre d'abondantes bénédictions. Les jeunes séminaristes, y retrouvant pour la plupart le guide de leur conscience, profitent de cette entrevue pour se ranimer dans lee résolutions prises au commencement des vacances, et s'enflammer d'une nouvelle ardeur pour la sanctification de leur âme.

Malgré ces différents moyens de voir leur bon supérieur, plusieurs des élèves de M. de Courson ne manquaient pas de lui écrire pendant les vacances ; il leur répondait exactement et leur donnait les plus sages conseils , tout en y mêlant quelquefois certains mots spirituels et agréables, en vue de délasser et d'égayer, en même temps qu'il exhortait à la vertu. « Je suis content de votre premier mois de vacances , disait-il à un jeune homme, aujourd'hui curé d'une grande paroisse ; la seule chose qui me contriste , c'est que votre santé ne se rétablit pas comme je le voudrais. La santé vous est nécessaire pour faire l'œuvre de Dieu , et c'est dans ce but qu'il faut la rétablir, la ménager, la conserver. Ce rhumatisme est un châtiment que Dieu vous inflige pour se venger de vos folies et de vos imprudences. S'il se fût agi de traverser des marais pour sauver des âmes, comme le font les missionnaires , vous n'auriez point gagné cette maladie; mais il est juste que vous la sentiez, puisque vous n'êtes entré dans la vase que par enfantillage et sans motif raisonnable. Les enfants ne comprennent point les leçons qu'on leur fait par raison-

nement, il faut leur donner le fouet. C'est ainsi que Dieu en agit avec vous : les douleurs de ce rhumatisme, c'est le fouet qui vous corrigera. »

M. de Courson adresse ensuite des félicitations à son jeune élève qui, né et élevé dans une famille riche , n'éprouvait plus qu'indifférence et mépris pour les vanités du monde. « Oui, mon cher enfant, lui dit-il, Dieu vous a fait une grâce immense en vous conduisant au séminaire et en vous donnant connaissance de votre vocation. Oh ! répondez bien à cette sainte vocation , aimez-la , en mettant tous vos efforts à acquérir les vertus qu'elle exige. Continuez à être bien fidèle à vos exercices de piété ; c'est là qu'est votre force et votre repos. Soyez bien doux, bien complaisant, bien aimable dans votre excellente famille; que vos bons parents reçoivent 'la récompense des tendres soins qu'ils vous ont donnés jusqu'à ce jour. » Sur ce dernier point, il lui disait encore une autre fois : « Vous devez être gai , ouvert et très aimable dans votre famille et à l'égard de tout le monde ; dussiez -vous en avoir de la vanité, j'exige qu'il en soit ainsi. »

Le sage supérieur manquait rarement , surtout quand il écrivait à de jeunes élèves appartenant par leur naissance à la noblesse ou à la bourgeoisie, de leur recommander d'être la joie et la consolation de leur famille ; il savait la bonne impression que produit toujours la vertu sur les gens du monde, lorsqu'elle est accompagnée de cordialité, d'expansion et d'une honnête gaieté. Il leur recommandait aussi les innocentes récréations et tout ce qui pouvait sans danger délasser l'esprit, fortifier le corps, dissiper la

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