CHAPITRE XIV
mélancolie , éloigner les pensées oiseuses et les imaginations fatigantes.
A ceux qui ne se destinaient pas à l'état ecclésiastique, il permettait volontiers la chasse et tous les amusements de ce genre. « Ce que vous me dites , mon cher enfant, de la manière dont vous avez jusqu'ici passé vos vacances, disait-il à l'un d'eux, me console et me fait bien espérer. Allons, courage, Dieu vous bénira. Cherchez à rendre vos rapports avec lui plus intimes et plus fréquents. Le cœur ne trouve de véritable bien - être qu'auprès de lui ; vous le sentez déjà, et plus vous aurez fait l'expérience des choses de la vie, mieux vous le sentirez. Vos simples et humbles prières sous les charmilles , malgré les distractions, ont été agréables à Dieu; celles que vous ferez encore, l'arme au bras, au milieu de vos guérets dépouillés , lui seront également agréables. Dieu se plaît à vous voir prendre vos innocentes récréations; il va avec vous à la chasse , vous amène le gibier et dirige le coup qui va frapper la victime. La douce piété, mon enfant, embellit tout et sanctifie tout. »
Autre était le langage de M. de Courson lorsqu'il écrivait à ceux de ses élèves qu'il savait appelés à l'état ecclésiastique : l'amusement de la chasse, en particulier, ne lui paraissait pas leur convenir et il ne manquait jamais de les en détourner. « Pour la chasse, disait-il dans une occasion, je vous ai fait connaître ma manière de voir et je crois que vous devez résister aux instances de votre frère, qui peut fort bien aller à la chasse sans vous. »
A l'égard de ceux qui souffraient de l'isolement pendant les vacances, le bon supérieur s'imposait
volontiers une correspondance plus active; il exigeait qu'on lui écrivît fréquemment, et ses réponses, plus longues , plus cordiales que jamais , étaient un baume bien doux pour ceux qui les recevaient. « Votre bonne lettre, mon cher enfant, disait- il dans une de ces occasions, m'a été remise à mon retour du petit séminaire de Guérande, où j'étais allé faire passer les examens , et quoique vous m'y exprimiez les petites peines de votre situation , elle m'a fait plaisir et m'a délassé de ma fatigue, parce que vous m'y parlez le langage du cœur, auquel je suis beaucoup plus sensible qu'aux formations des temps, aux racines grecques et à toutes les merveilles de la littérature de nos petits séminaires. Les ennuis que vous éprouvez sont précisément ceux que nous avions prévus : l'isolement et le défaut d'occupation fixe. Je vous engage beaucoup à ne pas vous hâter de vous créer une société hors de votre famille. Le choix des amis dont vous vous entoureriez est délicat et difficile, il ne faut le faire qu'avec réserve et précaution. Mon cher enfant, vous n'êtes pas seul quand vous êtes avec Dieu et vos parents : avec Dieu que vous connaissez, que vous aimez et aux doux entretiens duquel vous êtes accoutumé ; avec vos parents qui vous chérissent et que vous chérissez. Et puis, n'avez -vous pas vos livres? Lisez et relisez ces excellents livres. Vous n'aimez pas que je vous dise : relisez; c'est cependant là mon mot de prédilection ; et vos répugnances d'enfant ne m'empêcheront pas de le prononcer. J'aime autant l'étude sérieuse que j'aime peu l'étude curieuse. La première développe et fortifie l'esprit, la seconde l'énervé et le remplit de vent, v