AVANT-PROPOS XIX
cents, beaucoup d'autres petits écrits rédigés de sa main, puis une foule de certificats constatant des guérisons ou des conversions , des récits de piquantes anecdotes et de particularités édifiantes, enfin des relations de toute nature fournies de vive voix ou par écrit, ayant pour la plupart le cachet de l'intimité la plus secrète et de la plus respectable authenticité. Qu'on joigne à cela les quelques ouvrages du serviteur de Dieu imprimés sous le voile de l'anonyme , et surtout le vaste dépôt des papiers trouvés dans sa chambre , collationnés par deux de ses amis et confiés aux mains de l'autorité ecclésiastique : tels furent les matériaux qui servirent d'éléments à mon travail préparatoire.
Or, à mesure que ces documents intéressants passaient sous mes yeux et que je pouvais ainsi rapprocher les uns des autres les traits, en partie secrets et jusqu'alors inaperçus, de cette belle et vénérable figure, je découvrais en elle ce que je n'avais pas vu ou n'avais fait qu'entrevoir, ce que même ses plus familiers, je crois, n'avaient pas remarqué. La personnalité de M. Dupont peu à peu se dégageait à mes yeux sous un jour nouveau, plus lumineux, plus complet, plus vrai. Évidemment ce saint homme, comme ceux de sa trempe, comme les esprits contemplatifs étroitement unis à Dieu, ne s'était pas du tout livré au public ; vivant dans le monde, il s'était caché au monde; il avait su dérober à l'œil humain une moitié de son âme, la meilleure portion de sa vie. Mais je le surprends ici , me disais-je ! Dans ces lettres de confidence et d'amitié , écrites de l'abondance du cœur et au cou-
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rant de la plume , — quelquefois douze et quinze par jour, — sans qu'il prenne le temps de se relire ni qu'il puisse soupçonner l'usage qu'on en devait faire plus tard, il s'épanche, il se révèle sans le vouloir, il se trahit lui-même... Je le vois ce qu'il est devant Dieu et devant sa conscience !
Mais celui que je vois, c'est l'homme juste tel que l'a caractérisé saint Paul : Mon juste vit de la foi! Cette vie de la foi, je la trouve en M. Dupont à un éminent degré : vie de Foi , d'Espérance et de Charité, vie sérieuse, pratique, réfléchie et persévérante, ne se démentant jamais, appuyée sur les vertus essentielles et fondamentales de toute perfection chrétienne et religieuse! Ces vertus, je les constate en lui l'une après l'autre : humilité profonde et sincère, désintéressement absolu, pénitence d'anachorète, régularité monastique , simplicité de cœur, patience invincible, sérénité inaltérable, prière continuelle, union assidue et intime avec Dieu ! . . . Voilà ce que je vois de mes yeux, ce que je touche et palpe en quelque sorte de mes mains.
Donc, ajoutais-je, je tiens ici le nœud de cette existence complexe, multiple, en apparence si singulière et si étrange, quoique pourtant si irréprochable et si pure ; je saisis le lien qui unit entre elles les deux parties de cette vie extérieurement tout occupée du prochain et des pauvres , et , à l'intérieur, ne perdant jamais de vue Dieu et sa présence. — Dès lors je m'explique et je comprends d'où viennent et le parfum céleste qui émane de ses moindres paroles, et l'auréole