AVANT -PROPOS XXIII
dire: Voyez, touchez, palpez? La vie de M. Dupont n'aura pas l'intérêt saisissant et dramatique qui s'attache à l'histoire de nos grands saints ou de nos héros profanes. Mais voici une âme supérieure, un cœur d'élite qui s'épanouit et se dilate devant vous avec sa candeur et sa simplicité naturelles, voire même parfois avec ses jovialités, ses boutades et ses mots excentriques ; étudiez son intérieur, entrez-y, pénétrez- en les replis les plus cachés. Faites ce que j'ai fait moimême. Peut-être sur mes traces, et mieux que moi encore, y trouverez-vous quelque charme, une grâce d'édification, un rayon de lumière !...
Et m' adressant spécialement aux hommes du monde, puisque c'est un homme du monde dont j'expose la vie, ne puis-je pas dire également : Celui-ci est bien des vôtres ? Regardez ! il est vêtu de l'habit que vous portez ; il respire l'air que vous respirez ; il vit dans le milieu que vous habitez. La barrière qui vous sépare du sacerdoce et de l'état religieux , il l'a respectée et , pas plus que vous, il ne l'a jamais franchie. Il a été époux, il a été père; jusqu'à la fin il s'astreint aux devoirs les plus communs de la vie de famille. Si pour servir l'Église et les pauvres il distribue son argent, son temps , ses facultés , sa vie entière avec tant de largesse et d'amour, il le fait non par suite d'un engagement préalable, du lien sacré d'un vœu. Le seul vœu dont il ait jamais prononcé la formule devant les autels, le seul qui le lie à Jésus- Christ et à son Église, c'est celui qui vous lie vous-mêmes, le vœu du baptême. Son caractère de chrétien dans les desseins de Dieu lui
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suffit ; il le respecte, il l'honore, il y trouve sa force, sa joie et ses délices ; il le fait resplendir en lui de toute manière par les plus pures vertus.
Ces vertus se sont-elles élevées jusqu'à l'héroïsme de la sainteté ? A-t-il été un thaumaturge , comme on le dit ? a-t-il opéré les miracles qu'on lui attribue ? Je le crois. Mais ce n'est ni à vous ni à moi de le définir. Ce jugement n'appartient qu'à l'Église et à son chef infaillible. En attendant , voici des témoignages que peutêtre vous ne récuserez pas : ceux des aveugles qui voient , des boiteux qui marchent , des malades qui sont guéris, des pécheurs qui se confessent et se convertissent. Lisez, voyez. Faites mieux encore, instruisezvous et imitez. Le modèle qui pose devant vous n'est pas un étranger : peut-être ne trouverez -vous pas ses exemples indignes de votre attention et de vos efforts...
Ce plan ainsi tracé, je l'avoue, m'a souri. Je l'ai adopté et mis patiemment à exécution. — Je me suis efforcé de faire voir M. Dupont tel que je l'ai vu et compris. Je le montre dans toutes ses situations, sous toutes ses faces, avec ses vertus intimes et privées, ses œuvres de zèle et de charité , ses relations d'amitié et de parenté , ses prières , ses lectures , sa correspondance. Les pièces à l'appui , ce qu'on nomme pièces justificatives et que d'ordinaire on rejette à la fin, je les ai insérées et distribuées dans le corps de l'ouvrage comme des parties essentielles. J'en avertis sincèrement le lecteur, afin que si tel chapitre ne lui offre pas d'intérêt, sans se rebuter il passe à un
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autre. Je dirai toutefois avec la même franchise que, d'après l'avis de juges compétents, le tout forme un tel ensemble qu'il n'y a rien d'inutile à retrancher pour quiconque veut avoir une connaissance adéquate au sujet.
Deux volumes ont été jugés nécessaires. — Le premier contient la jeunesse de M. Dupont, son mariage, son arrivée à Tours, la mort de sa fille, les œuvres principales qu'il a fondées ou auxquelles il a pris part : les Petites Sœurs des Pauvres, l'Adoration nocturne , l'œuvre de Saint-Martin. — Le second est principalement consacré à raconter l'origine et les développements du culte de la sainte Face, les miracles qui se sont opérés dans le salon de cet homme du monde, les dernières années de sa vie, ses épreuves, sa mort.
Sur tout ce parcours je ne sors pas un instant du terrain où la carrière de M. Dupont a été circonscrite : c'est toujours lui, agissant, priant, conversant, écrivant, accomplissant ce qu'il appelle son « œuvre de chaque jour » . Parallèlement au récit des faits et à l'exposé des situations, je prends soin d'insérer le plus possible , en totalité ou en partie , les lettres du serviteur de Dieu au fur et à mesure qu'elles s'y rattachent. Ces citations sont fréquentes, quelquefois longues, toujours textuelles. Le lecteur, je l'espère, m'en saura gré. Si l'on juge l'homme à ses œuvres, on le connaît aussi à ses lettres : M. Dupont se montre tout entier dans les siennes.
Je remercie les personnes de toutes les conditions et