CHAPITRE II
SON ARRIVEE A TOURS. — SON ATTITUDE DE FERVENT CHRÉTIEN. OPUSCULE DE CONTROVERSE SUR L'EUCHARISTIE
Il y avait cinq ans que M. Dupont vivait dans le mariage, lorsque Dieu lui donna une fille. Elle naquit le 4 octobre 1832, et fut nommée à son baptême Marie-Caroline-Henriette. En consultant le registre de l'état civil et celui de la paroisse, on ne voit pas que le parrain ou la marraine de l'enfant ait porté le nom d'Henri ou d'Henriette, et l'on se demande quel a pu être le motif qui détermina le père à joindre ce prénom à ceux que portait la mère. Nous avons lieu de croire que ce fut à cause de la circonstance suivante. M. Dupont, pendant la grossesse de sa femme, avait donné commission à un de ses amis habitant Paris, M. Billouin, de lui acheter une petite voiture pour promener l'enfant attendu. C'était en 1832, à l'époque où se vendait le mobilier de la maison de Charles X. M. Billouin fit l'acquisition de la voiture qui avait servi au petit duc de Bordeaux, Henri V, et l'expédia à la Martinique pour son ami. Le père fut ravi d'une circonstance qui cadrait si bien avec ses sentiments personnels : dans sa joie il voulut que le nom d'Henriette fût donné à l'enfant nouveau-né.
Cete voiture , que beaucoup ont pu voir à Tours , eut son
histoire. Après avoir servi à la petite Henriette, elle avait été volée chez un carrossier, auquel M. Dupont l'avait confiée pour la remettre à neuf, et pendant hien des années on ne put savoir ce qu'elle était devenue. Or, à une certaine époque, vers 1866, M. de Saint-Quentin, cousin de M. Dupont, habitait Tours, et sa femme avait un jeune enfant à élever. Son pieux parent lui exprimait le regret de n'avoir plus la voiture d'Henriette, qu'il aurait été heureux de lui offrir. « Quelques jours après, raconte un autre de ses amis, le bon Dieu lui fit renvoyer la voiture désirée , sans qu'il sût d'où elle venait, ni comment elle avait été rendue. »
Henriette fut baptisée immédiatement après sa naissance , mais on réserva la solennité et les cérémonies du baptême, qui n'eurent lieu que huit mois après, dans l'église du Fort- Saint-Pierre. On fit, à cette occasion, une fête magnifique à l'hôtel des Follets. « Tout à coup, nous raconte une parente de M. Dupont, au milieu des joies de toute la famille réunie, on s'aperçut que Caroline, la jeune mère, avait disparu. Pendant longtemps on la chercha inutilement. A la fin, Léon la trouva retirée et pleurant. Aux questions qu'on lui adressa sur la cause d'un pareil chagrin, elle répondit qu'elle n'élèverait pas cette chère enfant et qu'elle s'attendait elle-même à mourir. Etait-ce un pressentiment?... Elle mourut, en effet, peu de temps après. Bien qu'on la sût d'une santé délicate et faible, personne ne la croyait malade. Pourtant elle demanda le prêtre, voulant, disait-elle, se confesser et être administrée. Comme le prêtre s'y refusait, en disant qu'elle n'était pas malade, elle insista : « Vous n'aurez pas, lui dit-elle, le temps de revenir. » Ce fut, en effet, un autre prêtre accouru à la hâte qui put administrer la jeune femme. Elle expira le 1er août 1833, dans l'hôtel des Follets, huit mois après la naissance de sa fille. Léon aimait tendrement son épouse. Ce coup imprévu l'affecta profondément ; la douleur qu'il en ressentit lui causa une maladie qui donna les plus graves inquiétudes, se porta sur les yeux et faillit lui enlever la vue. Mais, la foi surmon-