‹ Vie de M. DupontChapitre 17 sur 55 · SON ARRIVÉE A TOURS · texte numérisé non relu

SON ARRIVÉE A TOURS

tant en lui la vivacité de sa douleur, il accepta avec soumission une si poignante épreuve. Il résolut de vivre pour Dieu plus encore qu'il ne l'avait fait depuis son mariage, partageant son temps entre les soins qu'il devait à sa fille et le zèle qui le portait aux bonnes œuvres.

Quand il fut remis de sa maladie, on lui conseilla un voyage sur le continent; il attendit deux ans. Comme la santé frêle et délicate de son enfant le préoccupait, il se détermina à quitter la Martinique et prit le parti d'aller en France chercher pour sa fille et pour lui un climat plus tempéré. Il obtint un congé de la cour, et peu après il donnait sa démission de conseiller; elle est datée de Tours, du 17 mai 1835. M. Dupont jouissait alors de la fortune de son père, et celle de sa mère était considérable : on évaluait l'une et l'autre à huit cent mille francs , ce qui lui permettait de vivre d'une manière honorable et indépendante. Il partit vers la fin de mai 1834 et débarqua à Bordeaux avec sa mère, Mme d'Arnaud, qui avait perdu son mari cinq ans auparavant, sa fille, Henriette, âgée de deux ans et demi, Alfred, son nègre, et une jeune mulâtresse, sa domestique, Adée ou Adèle, cousine d'Alfred. De Bordeaux, il se rendit à Nantes, chez son oncle, M. de Beauchamp, qui lui donna l'hospitalité à sa maison de ville, puis à sa campagne des Gringuenières , située sur la limite du Maine et de l'Anjou. Il y laissa sa mère et sa fille quelques mois, tandis qu'il faisait ses préparatifs d'installation à Tours , où il avait résolu de se fixer.

Plusieurs motifs l'attiraient de préférence dans cette ville : la douceur du climat, qui lui paraissait particulièrement convenir à l'état maladif et souffreteux de sa fille, la réputation de l'illustre et bon docteur Bretonneau, qu'il avait beaucoup connu dès son enfance et dont il voulait suivre la direction dans les soins nécessaires à Henriette, la proximité du château de Chissay, qui lui rappelait les belles années de sa jeunesse et où le ramenait la bienveillance du vieux comte de Marolles, son oncle, enfin et par-dessus tout, la

volonté de sa tendre épouse décédée. Mme Léon Dupont, nous l'avons vu , avait été élevée à Tours, chez les Ursulines, par Mme de Lignac; elle gardait de cette précieuse éducation et des conseils de sa vénérable maîtresse un souvenir filial si profond et si doux, que, se sentant mourir et préoccupée de l'avenir pour sa fille, elle avait fait promettre à son mari de ne pas confier l'éducation d'Henriette à d'autre qu'à la supérieure des Ursulines de Tours. Léon l'avait promis «à Caroline, et c'est le motif principal qui l'amenait dans la ville de saint Martin.

Les œuvres de Dieu sont toujours étroitement unies; elles naissent les unes des autres. La restauration des Ursulines de Tours, qui date des premières années de l'empire, devait, par une série d'événements dont la trame ne se vit pas alors, mais que nous apercevons clairement aujourd'hui, amener peu à peu au milieu de nous, à une époque prévue, la restauration du culte de saint Martin et la reconstruction de sa basilique. La vénérable supérieure des Ursulines, Mme de Lignac, en faisant l'éducation de Mllu d'Audiffredi, créole de la Martinique, attire M. Dupont lui-même et le donne à la ville de Tours! Et M. Dupont, par sa présence à Tours, réveille le culte du patron de la cité et devient l'instigateur de l'œuvre qui excite aujourd'hui de si vives espérances! — Cet aperçu des vues de la Providence sur la première rencontre de deux âmes d'élite est nécessaire pour s'expliquer les liens intimes qui se sont tout d'abord formés entre elles. A ce même point de vue, il n'est pas inutile d'exposer comment Mmc de Lignac fut, de son côté, amenée à recevoir des créoles de la Martinique parmi les élèves de son pensionnat. Voici d'intéressants détails que la respectable supérieure nous a elle-même racontés sur sa première enfance et son entrée en religion.

La mère de Mm0 de Lignac était originaire de Saint-Domingue. Venue en France à l'âge de dix-huit ans, elle s'y était établie et fixée, mais elle n'avait point cessé d'aimer son pays et d'entretenir une correspondance assidue avec les

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