SON ARRIVÉE A TOURS
colonies et les proches parents qu'elle y avait laissés. Elle voulut que sa fille fût élevée à Tours, au pensionnat des Ursulines. Or, un jour, la jeune pensionnaire se rendit auprès de sa mère, et, lui faisant la première ouverture de ses projets d'avenir, lui déclara qu'elle voulait « se faire religieuse ». Tout d'abord la bonne mère se récria vivement : « Oh ! ma fille, dit-elle, je m'y attendais; je n'en suis pas surprise. Est-ce donc là le fruit de l'éducation qu'on vous a donnée? Vous voulez vous faire religieuse! Ab! c'est le couvent qui en est la cause... — Le couvent n'est pas la cause de ma vocation, répondit doucement la jeune tille; c'est vous, ma mère! » Étonnée, la mère se récrie de nouveau : « Moi! et comment cela? Vous savez bien que, moi, je n'ai pas été élevée au couvent. — Vous rappelez -vous, reprit la jeune fille, le jour qui précéda ma première communion. C'était à la campagne; vous deviez, le lendemain, communier avec moi. M'ayant prise à part : « Mon enfant, « me dîtes- vous, une nouvelle carrière va s'ouvrir devant « vous; votre première communion est une époque dans la « vie; vous ne serez plus une enfant; vous devrez avoir « plus de raison que vous n'avez eu jusqu'ici; il faudra « prier Dieu de vous conduire lui-même, et lui demander « de vous faire connaître dans quel état et par quelle voie « vous devez le servir. » Je vous répondis : « Mais comment le saurai -je? Dieu ne parle pas pour me dire ce que j'ai à faire. — Vous prierez le Saint-Esprit, m'avez- vous dit; il vous éclairera. Dites chaque jour un Veni creator à cette intention. » Je n'ai pas oublié ces paroles, ma mère, j'ai invoqué le Saint-Esprit comme vous me l'avez dit; je n'ai pas manqué un seul jour de réciter le Veni creator. En me faisant religieuse, je crois faire la volonté de Dieu. »
« Chose remarquable, ajoute Mme de Lignac, à cette pension des Ursulines, où j'entrai après ma première communion, il était dans la règle de dire le Veni creator chaque jour après la messe de communauté; toutes , élèves et reli-
gieuses, le récitaient. J'ai donc pu facilement être fidèle à la pratique que ma mère m'avait suggérée. »
Cette modeste et touchante explication triompha sans peine des premières répugnances d'une si vertueuse mère. Embrassant sa fille et lui accordant l'autorisation demandée, elle se souvint aussitôt du lieu de sa naissance et de ses relations avec les colonies : « Du moins, ma tille, lui dit-elle, ce qui me console, c'est qu'étant religieuse, vous aurez grand soin des jeunes créoles dont l'éducation vous sera confiée. » C'était tout à la fois une recommandation de charité et une prévision de l'avenir, car, à peine la jeune de Lignac fut-elle entrée aux Ursulines comme novice, que des créoles, attirées par l'influence de son nom et par les relations de sa mère, vinrent se présenter pour être pensionnaires. « Plus tard , dit-elle, étant devenue supérieure, je ne cessai pas d'en avoir pendant plusieurs années. Elles étaient en général bonnes, douces, aimables; toutes sont sorties de la maison en d'excellentes dispositions; je n'ai jamais eu qu'à m'en louer. L'une d'elles fut Mlle Caroline d'Audiffredi, jeune personne accomplie, qui nous donna toujours une entière satisfaction. »
Après avoir élevé la mère, Mmo de Lignac allait être chargée de la fille. M. Dupont, ayant l'intention de demeurer à Tours, prit un logement sur la paroisse de la cathédrale, dans la rue de la Préfecture. Il se trouvait là proche voisin de son ami le docteur Bretonneau et peu éloigné du pensionnat de Sainte- Ursule. Il occupa cette habitation près de deux ans; il dut la quitter à l'époque où l'on perça la nouvelle rue Buffon, qui passait justement sur l'emplacement de sa demeure. C'est alors qu'il devint, dans la rue Saint- Étienne , locataire d'abord, puis longtemps plus tard propriétaire de la maison que sa présence devait rendre à jamais célèbre et qu'il occupa jusqu'à la fin.
A peine installé avec sa mère et sa tille, qui étaient venues le rejoindre des Gringueniôres, il se remit à la pratique des œuvres de piété et de charité dont il s'était fait une habitude à la Martinique. En même temps, son ancienne et première