‹ Vie de M. DupontChapitre 19 sur 55 · SON ARRIVER A TOURS · texte numérisé non relu

SON ARRIVER A TOURS

idée de vocation sacerdotale se présenta de nouveau à son esprit. Il se demanda si le moment n'était pas venu de la réaliser, de quitter le monde, de laisser le soin de sa fille aux mains de sa respectable mère et d'entrer dans les ordres. Connaissant Mme de Lignac, avec laquelle il s'était tout de suite mis en rapport intime, et ayant toute confiance dans ses lumières et sa vertu, il s'ouvrit à elle comme à un directeur, et lui parla de l'incertitude où il était par rapport à l'état ecclésiastique.

« Il vint m'en parler, dit-elle, et me pria de lui indiquer un confesseur. Je l'envoyai à M. Jolif du Colombier, alors curé de la cathédrale, dont il fut enchanté. Il le garda, tant que celui-ci vécut, comme son directeur habituel , et me remercia souvent de le lui avoir fait connaître. » Mme de Lignac ajoute : « M. du Colombier me parla du désir de M. Dupont, et nous nous trouvâmes du même avis à son sujet. Nous pensâmes qu'il ferait plus de bien, qu'il aurait plus d'influence en restant dans l'état séculier. Il se rendit à ce double avis. »

M. Dupont, nous nous le rappelons, avait eu déjà sur ce sujet l'avis amical d'un vertueux prêtre de la Martinique. Le conseil qui lui fut donné à Tours , tout à la fois et sans entente préalable, par le vénérable curé de la cathédrale et par la prudente supérieure de Sainte - Ursule , lui sembla décisif. 11 fut évident à ses yeux que Dieu ne l'appelait pas au sacerdoce. Dès lors, il voulut n'être que simple laïque. Il ne sera pas autre chose toute sa vie. En lui faisant dans le monde une place d'indépendance et d'honneur, le dessein de la Providence était de l'offrir à la société contemporaine comme le modèle du chrétien , le type des hommes de sa condition , l'exemplaire achevé de ces vertueux laïques appelés par les circonstances à jouer de nos jours un rôle influent dans le service de la religion et la défense de l'Église. La vie entière de M. Dupont nous fera voir comment il n'a pas failli à sa missiou.

Nul, d'ailleurs, n'a plus parfaitement compris la diffé-

rence qui existe, au point de vue du salut , entre la vie religieuse et la vie des gens du monde. Nous en trouvons la preuve dans une lettre écrite à cette époque à une de ses filleules qui manifestait le désir d'entrer en religion. « J'ai béni Dieu, lui dit-il, en apprenant de votre bouche que vous vous sentiez un commencement de vocation pour la vie religieuse, et, dans ma joie, je me suis écrié que je serais le parrain le plus heureux du monde, si vous arriviez à une fin aussi souhaitable. Que ne puis-je vous peindre en peu de mots toutes les choses qui font la base de la vie du monde! Combien l'on y a le cœur vide! De quels amers contretemps les gens qui paraissent les plus heureux ne sont- ils pas presque toujours le jouet! Et cela par une raison bien simple et qui ne frappera pas en vain votre imagination : c'est que l'homme du monde n'est jamais content de ce qu'il a. Celui qui a une petite maison veut en avoir une grande, meurt d'envie d'avoir un château; renfermé dans un vaste palais, l'ambitieux s'y trouve à l'étroit. Au fond, ma chère enfant, notre coeur est- il fait pour végéter sur de pareilles idées? Ne sentons -nous pas que notre patrie n'est point ici -bas et que l'unique occupation de toute notre vie ne doit être que de tendre vers le ciel''* Estce tendre vers le ciel que de ramper au milieu des basses cupidités de la terre? de ne penser qu'à faire une fortune qui ne nous sera pas comptée à la mort? Et pourtant, dans le monde, que faisons- nous autre chose? Mille fois heureuses les âmes qui se dépouillent de ces vaines solicitudes pour trouver leur consolation dans la vie religieuse! Là éloigné de beaucoup de mauvaises occasions, au milieu de pieux exemples, on voit le néant d'ici-bas, on ne s'occupe qu'à se faire un trésor dans le ciel, en se livrant à la pratique des bonnes œuvres. »

Ces sages et belles paroles, écrites par M. Dupont dès les premiers temps de son arrivée à Tours, attestent qu'il ne se faisait pas illusion sur la vie du monde et qu'il eût été disposé à le quitter sans regret, si c'eût été la volonté de Dieu.

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