SON ATTITUDE DE FERVENT CHRETIEN
Tout d'abord , il montra ostensiblement ce qu'il était et ce qu'il voulait être en tout et partout : un chrétien sincère et fervent, affirmant hautement sa foi par ses paroles et par ses œuvres. Son attitude fit sensation dans la ville. A cette époque, le respect humain exerçait, un souverain empire sur les hommes de toutes les classes. Bien peu osaient remplir publiquement leurs devoirs religieux. On se cachait pour aller à l'église et pour pratiquer certains actes de piété extérieure. C'était quelque temps après la révolution de 1830, dans les premières années de Louis-Philippe. En renversant le trône de Charles X, on se persuadait s'être par là même affranchi du joug de la religion. Le nouveau régime s'annonçait comme le règne à la fois de la bourgeoisie et de la libre pensée; il était devenu de mode d'insulter le prêtre et de se moquer des cérémonies de l'Eglise.
Aussi, à Tours, ce fut un événement de voir M. Dupont, un laïque de bon ton et d'agréable société, posé aux premiers rangs par ses relations et sa fortune, se montrer pieux et dévot, être de toutes les petites fêtes de communautés, se mettre à la suite du prêtre portant le Viatique , remplacer volontiers le servant de messe à la cathédrale ou ailleurs quand il faisait défaut, suivre le saint Sacrement à la procession de la Fête-Dieu, porter un flambeau à la main aux confréries paroissiales du Sacré-Cœur ou de la sainte Vierge. Il soutenait ces actes par l'énergie et la ferveur de ses paroles , parlant de Dieu et de la religion librement devant n'importe qui, le faisant avec une grâce charmante, une conviction profonde, une droiture et une sagesse qu'étaient obligés d'approuver ceux mêmes qui le taxaient d'exaltation ou l'accusaient d'être exagéré. Ce fut là un premier service rendu par M. Dupont à notre ville, et qu'il est difficile aujourd'hui
d'apprécier, parce que, heureusement, le respect humain n'existe plus, du moins dans les classes élevées de la société : on l'a foulé aux pieds. M. Dupont est un des laïques modèles qui a le mérite d'y avoir le plus contribué. Parfois, la vue de certains scandales publics enflammait son zèle et le portait inopinément à des actes de vigueur auxquels les bons habitants de Tours n'étaient guère accoutumés. Voyant un jour sur son passage un tahleau indécent exposé à la porte d'une boutique, il enfonça la toile d'un coup de pied, et en paya le prix au marchand, à condition qu'il ne mettrait plus jamais de pareilles nudités sur la voie publique.
La conduite de M. Dupont était une juste et digne protestation contre la faiblesse et la lâche connivence de certains hommes, qui, au fond, aimaient et respectaient la religion, mais n'osaient ni la pratiquer ni l'honorer extérieurement. Tout dans son attitude imposait. Qu'on se représente l'ancien magistrat des Antilles, avec sa taille droite et élevée, son front haut et découvert, sa tenue ferme et noble, son visage grave, doux et serein, sa mise exempte de recherche et d'élégance, mais toujours d'une propreté exquise et irréprochable, assistant aux offices publics de la paroisse, manifestant au dehors avec autant de dignité que de modestie les sentiments de foi profonde et de fervent amour pour Dieu dont son âme était remplie. Quelle vive et religieuse impression il faisait sur tous ceux qui le voyaient! J'étais jeune séminariste alors. Je n'oublierai jamais l'impression que la seule vue de M. Dupont produisait sur moi, quand je le voyais servir la messe à quelques-unes des chapelles de la basilique, ou tenir les cordons du dais aux processions du saint Sacrement! Tant de modestie, de piété, d'angélique ferveur dans un simple laïque, dans un homme de la haute société, mapparaissait comme un phénomène inouï à cette époque : c'était pour moi une révélation de ce que devaient être aux temps apostoliques les fidèles de l'Eglise naissante.