‹ Vie de M. DupontChapitre 23 sur 55 · PREMIERS ESSAIS DE REPARATION · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS DE REPARATION

Dieu et priaient beaucoup. Quand M. Pasquier, en 1836, alla établir son œuvre des Orphelins en dehors de la ville, dans l'ancien couvent de saint François de Paule, près du Plessis-lez-Tours , M. l'abbé Botrel l'y suivit et continua de demeurer avec lui. Malgré la distance, M. Dupont ne manquait presque pas un jour de visiter ses deux amis. Le tombeau du Thaumaturge de la Calabre, auprès duquel se faisaient leurs promenades et se tenaient leurs entretiens, ces murs antiques bâtis par les Minimes, ce vaste enclos où jadis s'élevait une église si célèbre , tout dans ce lieu mémorable suggérait au pieux laïque des désirs et des pensées de réparation. Tout enflammait son zèle pour réhabiliter la mémoire des saints du pays. Entre autres détails intimes de cette vie de solitude, nous apprenons de M. Verdier, devenu chanoine et directeur de l'Orphelinat, qu'ayant été élevé au sacerdoce aux quatre-temps de l'Avent 1838, il eut le bonheur de célébrer sa première messe près du tombeau de saint François de Paule, dans la petite chapelle où se réunissaient les orphelins, et qu il fut assisté au saint autel par M. Pasquier et M. Botrel ; M. Dupont, leur ami, était présent, et voulut, suivant son habitude, prendre la place de l'enfant de chœur et servir la messe du nouveau prêtre.

M. Botrel quitta Saint-François l'année suivante, au commencement du carême, et alla se tixer à Paris .pour se dévouer à une œuvre de bienfaisance et de charité dont il fut l'aumônier; mais il continua avec M. Dupont par lettres ses relations d'amitié, et plus d'une fois revint le voir à Tours et passer quelques jours avec lui dans sa maison.

Ce fut en conversant avec ces deux hommes de Dieu que M. Dupont émit pour la première fois l'idée de la reconstruction de Saint-Martin. Dès les premiers temps de son établissement à Tours, en voyant le nom du grand évêque auquel son île natale était dédiée à peu près totalement effacé dans le cœur de ses nouveaux concitoyens, il s'en étonnait et intérieurement s'en affligeait. En vain cherchait -il au centre

de la cité l'endroit précis où dans l'ancienne basilique se trouvait le tombeau du Thaumaturge des Gaules, afin de pouvoir au moins y prier, il n'en restait pas trace, on en avait perdu le souvenir.

11 existait même à cet égard une funeste erreur. On se persuadait faussement, d'après des plans imprimés et publiés à une certaine époque, que la place du glorieux sépulcre était sous la voie publique, et, comme l'on ne voyait pas la possibilité d'obtenir qu'on supprimât ou qu'on détournât la rue, on pensait que jamais il ne serait rendu au culte. Un jour M. Dupont se rendit à l'endroit supposé, vénérant dans son cœur la mémoire du saint évoque de Tours. Etranger, nouveau venu dans la cité, il interroge les habitants du quartier, et une bonne vieille marchande de légumes lui explique à sa manière comment la piace du tombeau de saint Martin n'est pas dans la rue, ainsi qu'on le disait et qu'il paraissait le croire ; que l'ingénieur ou l'agent voyer chargé de tracer sur les ruines de l'ancienne église le plan d'une rue nouvelle, avait bien eu la pensée de tirer un alignement qui devait la faire passer sur l'emplacement du tombeau et le couper ainsi par la moitié, mais que, « durant l'opération, saint Martin avait fait dévier son instrument du côté droit, » de manière , disait-elle, qu' « on n'avait pas pris la direction voulue, et que l'ingénieur avait manqué son coup ». D'où venait une pareille idée à cette brave femme ? Où avait-elle recueilli cette observation ? M. Dupont y fit peu attention sur le moment ; ce ne fut que plus tard qu'elle lui revint en mémoire et qu'il en fut frappé. Il en conclut seulement alors qu'on ignorait tout à fait le véritable emplacement de ce sépulcre si vénéré par le monde entier pendant tant de siècles.

Dans son incertitude, il voulut du moins attacher un sentiment de vénération et de piété à cet angle de la rue dite Saint-Martin et de la rue Descartes, vis-à-vis la tour de Charlemagne, où il s'était arrêté un moment dans sa conversation avec la vieille marchande. A partir de ce jour, il y

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