PREMIERS ESSAIS DE REPARATION
vint souvent prier. Chaque fois qu'il y passait dans ses courses à travers la ville, quelles que fussent les personnes avec qui il se trouvât, par tous les temps de soleil, de pluie ou de frimas, il ne manquait jamais de suspendre sa marche, se découvrait avec respect et récitait lentement et à demivoix ce verset du Psalmiste, dont il faisait l'application au tombeau et à la basilique de Saint-Martin: Bénigne fac, Domine, in bona volontate tua Sion, ut œdificentur mûri Jérusalem : « Seigneur, traitez favorablement Sion, et faites-lui sentir les effets de votre bonté, afin que les murs de Jérusalem soient rebâtis. » ( Ps. l, 19.)
Personne alors à Tours ne pensait à « rebâtir les murs » de l'antique et célèbre édifice ; ceux qui en avaient naguère conçu le projet n'osaient plus y revenir; ils le jugeaient chimérique et irréalisable. Seul, M. Dupont ne doutait pas qu'il ne se réalisât un jour. Il en faisait devant Dieu son idée fixe, regardant la réédification de la basilique et la réhabilitation du pèlerinage qui s'y faisait jadis comme deux choses non seulement possibles, mais liées l'une à l'autre et indispensables, au temps où nous vivons, pour le salut de la France et la régénération de la société. Plein de cette pensée, il partait, seul le plus souvent, quelquefois accompagné d'un ou de deux amis, tels que M. le chanoine Pasquier, M. l'abbé Botrel, M. le marquis de Messay, vers le soir au déclin du jour; et, au milieu des ombres de la nuit, à travers les rues silencieuses, il faisait ce qu'il appelait « son chemin de croix », lequel consistait à aller, en récitant le Miserere et autres formules, s'agenouiller et prier, de ruine en ruine, aux lieux où s'élevaient jadis des églises et des chapelles , actuellement détruites ou profanées. Il en comptait quatorze , dont la première dans sa pensée était la basilique de Saint-Martin, puis Saint- Julien , qui n'était pas encore restauré et rendu au culte, Saint-Clément, les Cordeliers, les Minimes, les Jacobins, les Récollets, les Feuillants, l'Oratoire, etc. C'étaient pour lui autant de stations où il s'arrêtait saintement ému , se prosternait à
genoux sur le sol , et oiïrait à Dieu les plus ferventes réparations. « Dès cette époque, nous écrit un noble laïque de ses amis, la réparation du sanctuaire de Saint-Martin l'occupait vivement ; il faisait déjà , et j'en ai fait un avec lui, ses « chemins de croix » autour du monument profané. Il introduisait aussi ses médailles de saint lienoît entre les pierres disjointes de l'édifice et dans les anciennes fondations, afin qu'il plût à Dieu d'en chasser l'esprit mauvais qui le maintenait à l'état de ruine. »
Ce n'étaient pas seulement les églises en ruines et les sanctuaires profanés de la ville de Tours qui provoquaient les visites réparatrices et les regrets de ce fervent chrétien. Un goût particulier, un attrait secret le poussait vers les lieux consacrés par la piété de nos ancêtres au culte de la sainte Vierge et à la mémoire des saints. S'il manifestait en cela une préférence, c'était pour les sanctuaires les plus délabrés, les plus solitaires , les plus pauvres. Il semblait que la dévotion des pèlerinages fût innée en lui. Dès son arrivée à Tours, il avait comme un pressentiment du bien immense que plus tard cette dévotion devait produire. C'était, nous avons pu déjà le constater, l'objet principal de ses excursions lointaines et de ses fréquents voyages. Alors même qu'il en faisait pour affaires de famille, de nécessité ou de convenance, il ne manquait pas de les mettre à profit et d'aller en pèlerin visiter dévotement les lieux célèbres et jusqu'aux moindres sanctuaires qui se trouvaient directement sur sa route ou qui s'en rapprochaient. De là naquit chez lui l'idée et le plan d'un livre de piété, nouveau et unique en son genre, qu'il entreprit de composer, et avec lequel il est à propos de faire connaissance.