‹ Vie de M. DupontChapitre 27 sur 55 · SES CONVERSATIONS · texte numérisé non relu

SES CONVERSATIONS

jours sereine , cordiale , jamais blessante pour les personnes, quoique parfois vive, mordante, ironique pour les préjugés anticatholiques et les mauvaises doctrines. Son argumentation pressante et serrée rappelait l'ancien magistrat des Antilles; il avait des raisons à lui, des reparties ingénieuses et justes qui laissaient l'adversaire sans réplique. Sa bonne foi, d'ailleurs, sa candeur d'âme et la délicatesse de ses sentiments, aussi bien que la sincérité et la franchise de ses opinions, étaient si évidentes, qu'on se rangeait volontiers de son avis, du moins en théorie et par politesse.

C'est ainsi que le bon et illustre docteur Bretonneau , qui lui-même était un causeur intarissable et charmant, longtemps voisin et toujours resté ami de M. Dupont, subissait en matière religieuse ses reproches, ses piquantes observations, ses prédications pressantes, et finalement ne trouvait pas d'autre moyen de s'y soustraire que de s'élancer par la fenêtre du salon et de s'enfuir à travers le jardin.

Quand Béranger, le célèbre chansonnier, vint à la fin de sa vie habiter Tours et prendre un logement sur le mail qui porte aujourd'hui son nom , à peu de distance de la rue Saint- Etienne, M. Dupont, dans son pieux prosélytisme, se Dréoccupa vivement de l'âme et du salut de ce nouvel arrivant. Il entama avec lui des entretiens et entreprit de le convertir. Sa conversation, paraît-il, intéressait le poète parisien; il réussit du moins, nous assure-t-on, à lui faire lire les épîtres de saint Paul.

M. Dupont était inépuisable en pieuses anecdotes, en récits de miracles, en nouvelles religieuses de toutes sortes. Et il avait le talent de bien raconter, avec finesse et avec esprit, entrant dans des détails parfois longs et minutieux, mais toujours ingénieux et pittoresques; il y mêlait à propos une teinte d'imagination ou de poésie biblique propre à peindre les personnages et les objets ; il imitait au naturel du geste et de la voix ce qu'il racontait.

Par ce genre de conversation toujours agréable et toujours édifiante, M. Dupont faisait beaucoup de bien dans les ho-

norables familles et les petites sociétés privées qui se trouvaient heureuses de l'accueillir. Il fréquentait volontiers les maisons où il pouvait parler de Dieu à son aise : ce qu'il faisait avec un charme « ineffable » , pour me servir d'une expression qui lui était familière. Mais survenait-il des personnes qui donnaient un autre tour à l'entretien, aussitôt doucement et sans affectation il trouvait moyen de se retirer.

Ses amis se le disputaient. « Un soir, nous raconte l'un d'entre eux, nous sortions de la conférence de Saint-Vincentde-Paul ; je lui demandai de venir passer le reste de la soirée chez moi. Je ne sais comment il se fit que M. de Noircourt, de son côté, voulait aussi l'emmener. Nous convînmes de le tirer au sort, à pile ou face. C'était sur le trottoir de la rue Royale. Il riait de tout son cœur, et se laissa docilement emmener par celui qui le gagna. »

Au reste, il recevait tous ceux qui se présentaient et il causait avec eux aussi longtemps qu'on le voulait, mais à la condition qu'on ne parlerait que de Dieu ou des choses de Dieu. « Parler de Dieu ou se taire, » telle était déjà la devise qu'il avait adoptée. Il ne se récusait pas non plus à de sérieuses controverses soit avec des protestants, soit avec des incrédules et des libres penseurs. C'est même en ces occasions qu'on voyait le mieux paraître en lui non seulement l'ingénieux et agréable causeur, mais l'habile polémiste et le vrai apologiste chrétien. Ses lectures, ses souvenirs, sa connaissance de l'Ecriture, sa correspondance avec les hommes de Dieu des diverses parties de la France, le servaient alors très utilement. Parfois sa verve religieuse et la vivacité de ses répliques éclataient d'une manière surprenante.

Nous en citerons un exemple remarquable, dont les détails authentiques nous ont été fournis d'une manière tout à fait providentielle. C'est, dans la vie de M. Dupont, une sorte d'épisode d'un caractère original, qui en laisse entrevoir bien d'autres du même genre, restés totalement inconnus, faute de documents. Nous en ferons la matière du chapitre suivant.

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