M. DUPONT DANS SES LETTRES. — UNE DIRECTION SPIRITUELLE
Les notes de M. Palmer nous ont fait voir le genre d'influence que M. Dupont exerçait dans ses entretiens et la nature du bien qu'il y opérait : il ne faisait pas moins de bien par ses lettres. Sa correspondance dans les premiers temps de son arrivée à Tours était déjà considérable; peu à peu elle finit par être toute de piété. Il écrivait avec facilité , justesse et correction ; son style est celui de la bonne conversation , telle qu'était la sienne; la pensée s'y développe naturellement et sans apprêt; le tour parfois en est vif, original , relevé par des traits ingénieux , des citations de l'Écriture, des rapprochements de dates ou de faits que lui fournit à propos une très heureuse mémoire. La quantité de lettres qu'il a écrite est prodigieuse. Beaucoup parmi celles qui auraient été pour nous les plus intéressantes n'ont malheureusement pas été conservées ; mais celles qui nous restent et qui portent la date d'une époque où , ayant plus de loisir, il pouvait écrire plus librement, sont pleines de charme et d'édification. Les qualités de sa belle âme et de son bon cœur s'y reflètent; les sages conseils 'et les pieux sentiments y abondent; parfois un céleste enthousiasme les inspire. Nous en citerons quelques-unes de ce temps-là.
On se rappelle cette petite fille de la Martinique qu'il avait adoptée au moment où elle venait de perdre son père; elle était alors pensionnaire en France chez les dames du Sacré-Cœur de Beauvais. La correspondance suivie qu'il entretint avec elle depuis 1835 jusqu'en 1850, forme tout un cours d'éducation spirituelle des plus remarquables. Le sens chrétien et le tact le plus exquis lui dictent pour cette enfant des avis proportionnés à son âge, à sa situation, aux diverses épreuves et vicissitudes qu'elle eut à subir. De la part d'un homme du monde tel que nous connaissons déjà M. Dupont, c'est là un acte de bienfaisance inouï, un trait de charité qui mérite d'être mis en relief. Nous suspendrons nos récits pour y arrêter un moment le lecteur. Les extraits que nous allons citer ont d'ailleurs, pour notre époque, comme on le verra, leur actualité pratique, et peuvent servir à l'instruction de la jeunesse et des familles. Ils touchent à peu près à tous les points et se rapportent à toutes les situations morales où un enfant peut se trouver de quinze à vingt ans.
Peu de temps après son installation à Tours, M. Dupont alla voir sa pupille. Comme la jeune fille, lui ouvrant son cœur, manifestait un certain désir de se faire religieuse et de se consacrer à Dieu, son pieux parrain, la prenant par la main, la conduisit devant une statue de la sainte Vierge, et, s'agenouillant avec elle aux pieds de Marie, il lui dit qu'en quittant le monde elle comblerait ses vœux, et, dans un saint transport de joie, il se mit par anticipation à réciter le Nunc dimittis. Quelques jours après, de Paris où il était alors , il lui écrivit :
« Je dois vous dire que j'ai été sensiblement touché d'un passage de votre lettre, dans lequel j'ai cru remarquer un découragement et une espèce de tristesse, que vous devez bannir pour toujours, si vous voulez jouir de la paix qui est promise à ceux qui , comme vous le dites, se jettent corps et âme entre les mains de Dieu. Songez, ma chère enfant, que