SON ZÈLE CONTRE LE BLASPHÈME
ainsi le Dieu trois fois saint. Le pauvre homme, confus , se rejeta sur sa déplorable habitude et promit de se corriger. Au terme de la route ils étaient devenus bons amis. M. Dupont en le quittant lui mit une pièce de cinq francs dans la main et l'engagea à venir le voir à Tours. Il le revit en effet plus tard , vivant en bon chrétien et assurant qu'il s'était , grâce à lui, entièrement corrigé.
Une autre fois, sur l'impériale d'une diligence, entre Saint- Malo et Rennes, le postillon blasphémait à chaque instant. Malgré la présence de deux ou trois commis voyageurs , à chaque juron, M. Dupont récitait à haute voix un Gloria Patri réparateur. Enfin, n'y tenant plus, il saisit le postillon par le bras et lui dit : « Mon bon ami, assez, je vous prie, de blasphémer le saint nom de Dieu ! Chaque fois que vous aurez envie de jurer, donnez-moi un soufflet, j'aime mieux cela... » Qu'on juge de l'impression produite par un homme du monde dont la constante et unique pensée était la présence et la gloire de Dieu 1 — Une bonne religieuse qui s'était trouvée avec lui dans le coupé d'une voiture raconte qu'il payait le postillon tant par lieue pour l'empêcher de jurer. Et elle ajoute : « Comme cette pratique était habituelle chez lui , ce n'est qu'au jour du jugement qu'on saura combien de blasphèmes il a empêchés. »
En traversant les places publiques et les rues, il ne manquait jamais l'occasion de reprendre les blasphémateurs, bien qu'il n'en reçût parfois que du mépris et des injures. Un jour pourtant qu'il parcourait la rue Royale ( ce qu'il ne faisait point sans nécessité, à cause de beaucoup de choses scandaleuses qu'il n'aimait pas à y voir), il rencontre un malheureux qui blasphémait avec fureur. Il l'arrête brusquement et le prie de « se taire ou de lui donner un soufflet. — Pourquoi, Monsieur, vous donnerais-je un soufflet? — Parce qu'il m'est moins pénible de le recevoir que de vous entendre outrager le saint nom de Dieu. » Impressionné par cette parole, le blasphémateur lui fit des excuses et lui promit de sa corriger.
Son zèle sur ce point avait des précautions de minutieuse délicatesse qui n'appartenaient qu'à lui. « Un jour, écrit un de ses amis , j'étais avec M. Dupont dans une des principales rues de la ville, nous étions vers le milieu de la chaussée. Il voit une pierre grosse comme le poing. Aussitôt il se baisse, la ramasse et la porte contre le mur voisin , en me disant : « Quand on trouve une pierre au milieu d'un chemin uni ou d'une rue, il faut la ranger par le côté, parce que cette pierre pourrait faire buter un homme ou une bête de somme, et outre le mal qu'il pourrait en résulter pour eux, l'homme pourrait se mettre en colère, jurer, et blasphémer le saint nom de Dieu , ce qui serait un bien plus grand malheur. »
Sa dévotion à saint Louis, roi de France, tenait en partie à cette idée de réparation : il honorait en ce prince le zèle de la justice pour la punition et la réforme des blasphémateurs, et chaque année il se préparait à sa fête par une quarantaine de prières spéciales, dite « quarantaine de saint Louis ».
Cette quarantaine joue un grand rôle dans la vie de M. Dupont: il la regardait comme la base fondamentale sur laquelle reposait l'œuvre réparatrice. La formule fut envoyée dans les premiers jours de juillet 1843 à la vénérable mère Deshayes, une des fondatrices du Sacré-Cœur, qui résidait alors à Tours. Plusieurs exemplaires arrivèrent par la poste, sans qu'on ait jamais su d'où venait cette prière, les recherches faites à cet égard n'ayant eu lieu que deux ans après. Elle avait pour but la glorification du saint nom de Dieu et la réparation du blasphème. L'imprimé qu'on distribuait aux fidèles portait une petite croix entourée d'une grande couronne d'épines entrelacées, avec l'exergue en gros caractères : Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés ! A la suite, sur autant de lignes séparées, on lisait :•
« Union de prières du 1G juillet au 25 août inclusivement, pour les besoins de l'Eglise et de l'Etat.