LA QUARANTAINE DE SAINT LOUIS
le même temps qu'une petite feuille d'impression intitulée : Avertissement au peuple français ou réparation inspirée pour apaiser la colère de Lieu, avait été publiée, en 1819, avec approbation de M. l'abbé Soyer, vicaire général de Poitiers, mort en 4845 évêque de Luçon ; que cet avertissement avait pour but l'extirpation du blasphème, et qu'il avait été inspiré à une pieuse carmélite de Poitiers, la mère Adélaïde, laquelle mourut en odeur de sainteté le 31 juillet 1843, c'est-à-dire vingt- six jours avant que la sœur Saint-Pierre reçût la mission de demander l'œuvre réparatrice du blasphème, comme si Dieu eût attendu la mort d'un de ses prophètes pour en susciter un autre : Uno déficiente , haud déficit alter ' . »
L'esprit de M. Dupont fut très vivement frappé de ces diverses coïncidences, surtout de ce « rapprochement ineffable », comme il l'appelait, entre l'aspiration de la quarantaine : Que votre nom, Seigneur, soit connu, béni... et l'invocation inspirée à la sœur Saint -Pierre le 26 août 1843 : Qu'à jamais soit loué, béni... Il y attachait d'autant plus d'intérêt qu'alors il était, ainsi que bien des âmes dans l'Église, fortement préoccupé de .ce crime du blasphème. « Tout naturellement il en conclut que les prières faites en 1843, par un grand nombre de bonnes âmes , avaient été exaucées. » « Si la foi n'ordonne pas, dit- il, elle permet du moins de croire qu'il en a été ainsi , conformément à cette promesse : Quand plusieurs seront réunis en mon nom y, je me trouverai au milieu d'eux '. » — a Ce ne fut, observe-t-il, qu'un an après les révélations faites à la vénérable sœur que nous reconnûmes la coïncidence toute mystérieuse qui existait entre l'aspiration de la quarantaine et l'invocation prescrite par Notre -Seigneur : comme si le ciel eût entendu le cri de la terre!... Et l'œuvre de la Réparation naissait... â »
Cet événement resserra encore les liens qui unissaient
1 « L'un venant à manquer, un autre lui succède1. »
2 Documents et mémoires laissés par M. Dupont.
3 A la sœur G..., tl juillet 1866.
M. Dupont au Carmel, tout en le mettant peu à peu sur la voie où Dieu devait le conduire. La communication du 26 août, faite à la sœur Saint- Pierre et dont M. Dupont avait si bien observé la date, n'était que le prélude d'une série de grâces spéciales accordées à l'humble religieuse et ayant pour objet l'institution d'une confrérie destinée à réparer les crimes du blasphème et de la profanation du dimanche. Bien que cette sœur eût prouvé plusieurs fois sa mission par des faits qu'on pouvait tenir pour miraculeux, on se contenta de permettre l'impression d'une petite feuille dite feuille de saint Louis. « La pauvre sœur, écrivait alors M. Dupont, en souffre étrangement et continue à recevoir des avis sur la nécessité de réparer. Les cris de cette sainte âme ont donné naissance , à Tours , aux petites feuilles contre le blasphème. Mais elle souffre encore et demande, de la part de notre bon Sauveur qui consente être apaisé, une œuvre de réparation d'honneur. »
Les « petites feuilles » ou « feuilles de saint Louis », dont parle ici M. Dupont, étaient des prières imprimées d'abord à Poitiers, sous le titre d'Association pour l'extinction du blasphème, portant en tête l'image de saint Louis agenouillé, avec cet exergue : Que le nom du Seigneur soit béni. Elles furent réimprimées à Tours avec l'approbation de l'archevêque, Mgr Morlot, lequel ayant été instruit, dès le commencement, des révélations faites à la sœur Saint- Pierre, parut tout d'abord s'y intéresser très vivement. « Je ferai tout mon possible, disait-il, pour répondre à des manifestations qui me paraissent d'une haute importance et d'un si grand intérêt. » Ce sont les expressions dont se sert le vénérable prélat dans une lettre écrite à la prieure du Carmel , en date du 29 février 1844.
Comme l'impression des petites feuilles autorisées exigeait des démarches en dehors du monastère et que les supérieurs ne voulaient pas s'en charger par mesure de prudence, M. Dupont fut choisi comme intermédiaire. M*1 Morlot approuva ce choix, et un peu plus tard, le 21 octobre 1844,