‹ Vie de M. DupontChapitre 37 sur 55 · OFFICE DU SAINT NOM DE DIEU · texte numérisé non relu

OFFICE DU SAINT NOM DE DIEU

Père, prendre possession du royaume qui vous a été préparé dès la constitution du monde!... » Soyez donc béni, ô Jésus, dans les siècles des siècles, et apprenez-nous à bénir le très saint nom de Dieu. Ainsi soit-il. »

Le zèle de M. Dupont pour ce Nom trois fois saint allait si loin , qu'il lui inspira le désir d'un projet très semblable, à celui que nous voyons s'exécuter aujourd'hui à Montmartre, projet dont la réalisation pouvait à cette époque paraître étrange et tout à fait chimérique.

Un jour qu'il cherchait dans la Bible un texte de l'Écriture, il tomba sur celui-ci : « Depuis le jour que j'ai tiré mon peuple de la terre d'Egypte, je n'ai point choisi de ville dans toutes les tribus d'Israël pour y bâtir une maison à mon Nom. » Ces dernières paroles le frappèrent vivement, et il les trouva répétées plusieurs fois dans le même chapitre. C'était la veille de la Toussaint. Il se rendit peu de temps après à la cathédrale pour les premières vêpres, fort préoccupé de ce qu'il venait de lire. « Je me mis à genoux, dit-il, sans prendre mon livre d'heures, et je priais sans m'occuper du chant des psaumes , lorsque soudain j'entendis chanter ees paroles : Si introiero in tabernaculum domus meœ, si ascendero in lectum strati mei, donec inveniam locum Domino, tabernaculum Deo Jacob 1. — Alors, la pensée d'un sanctuaire sous le vocable du très saint Nom de Dieu me revint fortement. » Il se persuadait qu'une église consacrée spécialement à l'œuvre de la Réparation procurerait la gloire du Nom divin et serait pour beaucoup d'hommes une occasion de réfléchir à la grandeur du crime commis par le blasphème contre la souveraine Majesté. « Et, dit- il , supposé que cette église fût construite avec un grande publicité, que le lieu étant choisi (que Dieu dans son infinie miséricorde se hâte de le choisir!) il fût question d'une

1 « Je n'entrerai pas dans la maison qui me sert de demeure; je ne monterai pas sur le lit qui me sert de couche, jusqu'à ce que j'aie trouvé une demeure pour le Seigneur, un tabernacle pour le «Dieu de Jacob. »

quête générale comme les feuilles religieuses ont coutume d'en annoncer, ne croyez-vous pas que Satan perdrait, lui, un peu de son terrain ?» — Ce qu'aurait voulu cet homme de prières, c'eût été une église bâtie par une sorte de vœu national : M. Dupont nous devançait d'un demi-siècle.

Quanta l'opuscule dont nous avons parlé, il prépara les voies à l'œuvre réparatrice si vivement réclamée par la sœur Saint-Pierre. Il y avait déjà trois ans que la pieuse carmélite en demandait l'établissement de la part de Notre -Seigneur. Elle déclarait que le signe extérieur de l'œuvre était la face outragée du Christ, et, dans cette pensée, elle avait composé les litanies de la sainte Face, et d'autres prières sur cet adorable objet. Après de longues épreuves, ses supérieurs, reconnaissant que les communications qui lui étaient faites venaient de l'Esprit de Dieu, essayèrent de donner quelque suite au projet; mais personne n'osait en prendre l'initiative. On finit par rédiger une feuille qui résumait ces communications divines et qui portait le titre d'Abrégé des faits concernant l'établissement de l'œuvre pour la réparation des blasphèmes. Cette feuille, destinée à quelques maisons du Carmel et à un petit nombre d'âmes pieuses, fut soumise en manuscrit à l'archevêque, qui l'approuva pleinement et sans restriction. « 11 est, écrivait-il le 23 janvier 1849 à la mère prieure du Carmel, il est non seulement bon et nécessaire, mais urgent de donner la suite que vous indiquez ù ces inspirations. Dans l'écrit se trouve compris tout ce que je voulais y voir. Dieu bénira ces efforts et ce concours de prières et d'expiation. » Par la même lettre, le vénérable prélat permettait d'imprimer le petit livre de Y Association contre le blasphème. Il accordait aussi une autorisation spéciale en faveur des belles et pieuses litanies de la sainte Face, si divinement inspirées à la sœur Saint- Pierre, qui, dès lors, purent être communiquées et se répandirent de toutes parts.

Pour V Abrégé des faits, afin d'agir plus discrètement, on en fit simplement autograpbicr cinquante exemplaires; on

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ne voulait faire connaître ni la sœur, qui vivait encore, ni le cloître qui l'abritait. M. Dupont, continuant sa fonction d'intermédiaire dévoué, prit plusieurs de ces feuilles et les envoya à quelques amis intimes. La mère prieure, de son côté, l'adressa aux maisons de son ordre avec lesquelles elle avait des relations plus particulières; mais, malgré les recommandations de discrétion, elles eurent, par suite des événements politiques, un certain retentissement qui mécontenta l'autorité diocésaine et lit imposer silence tant au Carmel qu'à M. Dupont. L'un et l'autre se soumirent exactement à cette défense que la prudence inspirait; mais l'impulsion première et légitinùë avait été donnée, et, conformément à la volonté de Dieu, le but réparateur allait être atteint.

Voici ce qui, sans calcul humain d'aucune sorte, était arrivé. Une de ces feuilles autorisées était \enue entre les mains d'un fervent chrétien de Rouen, M. le Brument-Jeulin, qui connaissait peu M. Dupont, mais qui lui ressemblait beaucoup par le zèle de la vertu et des bonnes œuvres. C'est par un de ses amis, le R. P. Vieillecazes, autrefois directeur du grand séminaire de Tours et alors supérieur du grand séminaire et des carmélites de Rouen, qu'il avait eu connaissance de la susdite feuille. Profitant d'un voyage qui l'avait conduit à Paris pour ses affaires , il vint exprès jusqu'à Tours , afin de s'assurer de la réalité 'et de l'importance des faits. D'après ce qu'il apprit, il n'hésita point à se constituer le courrier, et, pour ainsi dire, le commis voyageur de l'œuvre, résolu d'y travailler autant que la Providence lui en fournirait les occasions. Elles ne tardèrent pas : le plan de Dieu touchait à son exécution.

En repassant à Paris, M. le Brument rencontre dans l'escalier de son hôtel un prêtre avec lequel il avait eu quelques relations, M. l'abbé Favrel, vicaire général de Langres, qui lui apprend que son évèque, M^ Parisis, est là, logeant dans le même hôtel , et l'invite à se présenter devant l'illustre prélat : ce qui eut lieu le jour même. Dans la conver-

sation, le pieux laïque parle de son voyage en Touraine, raconte ce qu'il a appris par M. Dupont et insiste sur la nécessité d'une œuvre de réparation. L'évêque de Langres parut vivement frappé. 11 avoua que, préoccupé lui-même de cet ordre d'idées, il désirait depuis un certain temps établir dans son diocèse quelque confrérie semblable. Il en écrivit aussitôt à l'archevêque de Tours , qui , par mesure de précaution , à cause des révélations faites à la sœur carmélite sur lesquelles il ne jugeait pas opportun de se prononcer d'une manière ostensible, lui laissa l'initiative : ce qui se lit d'autant plus facilement de la part de Mgr Morlot que Langres était sa ville natale. Alors M81 Parisis, par une ordonnance épiscopalc, en date du 28 juin 1847, érigea la confrérie réparatrice du blasphème et de la profanation du dimanche, dans une église paroissiale de Saint-Dizier, dédiée à saint Martin, et il députa vers Morne M. l'abbé Marche, curé de ladite paroisse, pour solliciter en faveur de l'association le titre d'archiconfrérie et des indulgences spéciales. Pie IX, élevé depuis deux ans sur le siège de saint Pierre, accueillit avec une sorte d'enthousiasme la supplique de l'évêque de Langres, et dit à ce sujet une parole célèbre et bien des fois citée : « La Réparation est une œuvre destinée à sauver la société. » Il accorda les indulgences demandées , éleva l'association réparatrice de Saint-Dizier à la dignité d'archiconfrérie, et voulut que son nom fût inscrit le premier sur le registre des associés , privilège insigne qui allait être pour l'œuvre réparatrice une semence de bénédictions. La pensée de la sœur Saint-Pierre se trouva ainsi réalisée en grande partie conformément à l'inspiration qu'elle avait reçue du ciel. Car, avant d'aller à Rome, M. le curé de Saint-Dizier, par les ordres de Mgr de Langres, s'était mis en rapport avec le Carmel de Tours. La rédaction du règlement de la confrérie, tel qu'il fut promulgué par l'ordonnance épiscopale, avait d'abord été l'objet de longues négociations et de minutieuses discussions. On put à la fin s'entendre, sinon sur tous les détails secondaires, au moins

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sur le but principal de la Réparation. On regretta à Tours, ce qu'on regrette encore aujourd'hui, que le silence ait été complètement gardé dans l'ordonnance épiscopale de Langres sur la dévotion à la douloureuse Face de Notre- Seigneur Jésus-Christ, indiquée par la sœur Saint-Pierre comme objet sensible de la réparation. Il faut sans doute l'attribuer à l'ignorance où l'on était à Langres des lumières spéciales accordées sur ce point à l'humble vierge du Carmel, et peut-être aussi à la nécessité qu'il y avait, pour obtenir l'approbation du saint-siège , de ne pas paraître, agir en vertu d'une révélation non encore sanctionnée par quelque, jugement ecclésiastique. On se contenta de graver sur un des revers de la croix de l'archiconfrérie la sainte Face de VEccc Homo, et d'insérer dans le manuel les litanies de la sainte Face composées par la sœur Saint-Pierre. Evidemment, d'après les révélations faites à la carmélite de Tours, il y avait beaucoup plus à faire. Mais il faut dire qu'alors la dévotion à la sainte Face de Notre- Seigneur n'avait pas tout l'éclat et l'extension qu'elle a reçus depuis. La sœur Saint- Pierre se montra satisfaite , et ce fut aussi le sujet d'une grande joie pour M. Dupont, qui, depuis bien des années déjà, se préoccupait si activement de la glorification du très saint Nom de Dieu et de la réparation des blasphèmes. Du reste, l'archiconférie réparatrice répondait tellement à un besoin de notre époque, et, pour cette» cause, était si formellement voulue de Dieu, qu'elle se répandit dès sa naissance comme le feu dans les roseaux. L'idée de réparer le blasphème et la profanation du dimanche, jusque-là cachée au fond de quelques âmes, devint l'objet de l'attention générale : on inscrivit par milliers les paroisses et les fidèles qui , sur tous les points du globe, voulurent s'y associer, et l'on peut dire que cette pensée communiquée à l'humble carmélite, et, par elle, à toute l'Eglise, fut comme la source de toutes les œuvres réparatrices de notre temps.

Par suite de ce qu'on vient de rapporter, de fréquentes relations s'étaient établies entre M. Dupont et la sœur Saint- Pierre. Le fervent laïque suivait avec un intérêt toujours croissant l'action de Dieu sur cette âme privilégiée; avec la candeur et la simplicité de sa foi, il s'associait volontiers aux dévotions chéries de la sœur, surtout à celle qui avait pour objet l'enfant Jésus. Pendant le séjour que les carmélites tirent près de la cathédrale , sur la place Saint-Grégoire, dans une maison habitée aujourd'hui par M. le chanoine Allégret, en attendant le nouveau monastère qu'on leur préparait dans la rue des Ursulines, la sœur Saint- Pierre remplissait la fonction de portière à l'intérieur, et M. Dupont venait souvent recueillir ses commissions et se recommander à ses prières. 11 recevait d'elle de petits sachets contenant le texte de l'évangile qu'on lit le jour de la Circoncision, et où il est parlé du nom donné à l'enfant Jésus. La pieuse sœur, pour honorer le divin Enfant, avait eu la pensée de faire un certain nombre de copies de cet évangile qui est très court; elle les pliait en plusieurs parties et les renfermait dans des sachets disposés à cet effet. M. Dupont lit lui-même beaucoup de ces copies, et il aidait la sœur à les distribuer et à les répandre. C'est ce qu'on appela « le petit Évangile de la sœur Saint-Pierre ». On le faisait porter aux malades, et de grandes grâces de guérison et de conversion furent obtenues par ce moyen.

La vierge du Carmel entendit un jour Notre-Seigneur faire lui-même à ce sujet l'éloge de M. Dupont. « Tandis que je cherchais, dit-elle, les moyens de couvrir de plus en plus les trais de ces diverses dépenses, Notre-Seignenr m'ordonna de m'adresser à son serviteur, M. Dupont, et de lui dire que le saint enfant Jésus lui demandait celte œuvre

de charité comme la dîme des biens qu'il lui avait donnés, et que cette œuvre lui serait fort agréable. Je dis alors à ce divin Sauveur : « Si vous vouliez me promettre quelque « bien pour lui, ou du moins quelque grâce pour sa face mille. » Notre-Seigneur me répondit : « Son amour est assez « grand pour me rendre ce service sans qu'il soit besoin qu'on « lui promette des grâces afin de l'y engager, et, pour cet « amour désintéressé , je le récompenserai plus magniliqiu- « ment dans le ciel; quant à vous, faites cette commission « comme étant ma petite domestique ; ne craignez point de « demander pour moi. » On peut penser avec quel empressement M. Dupont répondit à l'appel qui lui fut fait. En cela, comme en toutes ses œuvres de piété et de charité, le serviteur de Dieu se montra digne de l'éloge que Notre- Seigneur se plaisait à faire de son généreux amour; digne aussi du religieux intérêt que la bonne sœur portait à lui et à sa famille. Elle professait pour ce pieux laïque la plus haute vénération et prenait part à tout ce qui l'intéressait. Ainsi , l'année que Henriette devait faire sa première communion , son père se préoccupait beaucoup pour elle de la préparation nécessaire à une si sainte action. La sœur lui écrivit à ce sujet une lettre que nous citerons en partie, parce qu'elle peint la délicatesse et l'élévation des sentiments dont cette âme d'élite était animée à l'égard de IVL Dupont et de sa fille.

« J'accepte avec grand plaisir, lui dit -elle, la proposition d'adresser tous les jours au très saint enfant Jésus la touchante prière que vous nous avez envoyée pour votre chère enfant, afin qu'il dispose son jeune cœur à le recevoir avec les dispositions les plus parfaites. »

Cette « touchante prière » dont parle ici la sœur Saint- Pierre, nous la retrouvons copiée de la main de M. Dupont au dos d'une petite image bénite par Grégoire XVI et envoyée de Rome par Mme Barat en 1843. L'enfant Jésus y est •représenté tenant une colombe dans ses mains, assis au milieu des lis, avec cette inscription : « Christus Dominus per

sanctam communionem in conscientia pura receptus : le Seigneur Jésus reçu par la sainte communion dans une conscience pure. » La prière s'adresse à Jésus enfant. D'où M. Dupont l'a -t- il tirée? nous l'ignorons. Mais on comprend comment, à l'occasion de la première communion de sa fille, l'idée lui est venue de la faire réciter à la pieuse carmélite.

<( Je suis bien indigne, continue celle-ci, de ce très saint message auprès de l'Enfant -Dieu. Mais je prierai Marie et Joseph d'offrir ma prière et de présenter cette chère enfant au saint enfant Jésus comme épouse, afin que le jour de sa première communion soit comme le jour de ses fiançailles avec l'Epoux céleste.

k Monsieur, permettez-moi de vous faire une demande au nom de l'enfant Jésus : c'est de vouloir bien lui offrir trois bougies que je ferai brûler en l'honneur de la sainte Famille, pour obtenir l'accomplissement de vos désirs. Ce divin Enfant aime beaucoup les petites illuminations ; il accorda à cette innocente et simple dévotion une très grande grâce à la sœur Marguerite du Saint -Sacrement. Notre très bonne et très révérende mère nous a déjà donné plusieurs fois moyen de faire cette petite dévotion; mais, dans ce moment, je suis très pauvre '... » Le père d'Henriette ne manqua pas de satisfaire ce naïf et pieux désir, qui s'accommodait si bien avec les intentions de son cœur paternel.

Citons encore une lettre que la bonne carmélite écrivait au saint homme, en date du 26 juillet 1845, pour lui demander un livre de piété sur la divine Eucharistie : « Notre révérende mère, dit-elle, vous prie de vouloir bien me procurer un livre dont elle croit que l'intitulé est Triomphe de Jésus-Christ au saint Sacrement. Elle ne sait en quel endroit , durant notre délogement, a été ramassé celui qu'elle avait. » — « Comme je n'ai pas assez d'amour, ajoute l'humble sœur, je désire en obtenir à quelque prix que ce soit; j'espère

1 4 juin 1844.

trouver dans la lecture de ce livre de quoi m'enflammer d'amour pour Jésus au très saint Sacrement. »

Les relations de M. Dupont avec le Carmel, on le voit, étaient familières et intimes. A l'époque du « délogement » dont on vient de parler, quand les carmélites furent transférées de la rue des Terrasses à la rue des Ursulines , M. Dupont, avec la complaisance et le dévouement d'un bienfaiteur et d'un ami, se fit leur homme d'affaires, et, pour ainsi dire, leur domestique, allant et venant d'une maison à l'autre, transportant dans ses bras les statues et les objets fragiles. Il prêta sa maison, en attendant leur installation définitive, pour recevoir en dépôt ce qui avait rapport au service de leur chapelle; les vases sacrés et les plus précieux reliquaires de la communauté restèrent quelque temps dans son salon, précisément au lieu même où se trouve actuellement l'oratoire de la Sainte-Face. - Une autre preuve de l'intimité et de la délicatesse de ces relations se trouve dans une lettre de cette époque écrite par M. Dupont à une des carmélites , et qui commence par cette prière : « Sainte enfance de Jésus! faites que chacun ne songe plus qu'à devenir enfant pour vous ressembler et avoir part avec vous! » — « Je suis, dit-il, plus confus que je ne saurais dire des témoignages de bienveillance dont madame la prieure accable un pauvre malheureux de mon espèce. Toujours est-il que je m'efforce d'en être reconnaissant, afin de me rendre, autant que j'en aurai la possibilité, de moins en moins indigne de toutes ses bontés et complaisances pour moi. » La sœur à qui il écrit lui avait envoyé quelques objets de piété : il l'en remercie délicatement, a S'il est permis, dit- il, de placer une relique dans un scapulaire, je ne me séparerai plus jamais de celle que vous avez bien voulu me transmettre. Elle me sera toujours bien précieuse. » Et encore : « Je vous remercie infiniment de la pieuse image qui représente la vénérable sœur Marguerite du Saint- Sacrement. Il faudra que nous avisions au moyen de la multiplier, et si le travail des dessins de pèle-

rinages réussit, la chose ne sera ni difficile ni coûteuse. » C'était l'époque où il s'occupait du livre des Pèlerinages de la Mère de Dieu. Une religieuse du Carme! lui avait fourni des documents sur une a chapelle de la Prairie » , dont nous ignorons la situation. « Elle pourrait, dit-il , fournir un petit article de pèlerinage; mais comme les détails manquent un peu et qu'il serait très intéressant qu'on pût faire mention du retour de la sainte image de notre bonne Mère dans son ancien patrimoine, nous ferons peut-être bien d'attendre le résultat des démarches que les pieux et zélés propriétaires de la chapelle ont l'intention de faire, avant de passer outre. » — Il ajoute gaiement : « Ci-joint trois petites bougies en l'honneur de Notre-Dame de Toutes-Vertus, pour obtenir le succès de la sainte entreprise; peut-être que par ce moyen la victoire coûtera moins cher. »

Dans une de ses courses de pèlerin, M. Dupont, nous ne savons en quel endroit, avait rencontré la statue de Notre- Dame de Toutes-Vertus; il en avait gardé pour ce vocable de la sainte Vierge une dévotion spéciale qu'il faisait partager aux religieuses du Carmel, et, dans cette intention, il leur envoyait de temps en temps de petits cierges peints de diverses couleurs, faisant ainsi allusion au mot du Psalmiste qu'on applique aux privilèges et aux vertus de la Reine du ciel : Circumamicta varietatibus.

Comme chez lui la charité et la piété s'alliaient toujours, il raconte dans la même lettre, en termes légèrement voilés, la religieuse aumône faite par lui à l'église Notre-Dame- la- Riche : « Voulez-vous avoir la complaisance de dire à madame la prieure que le calcul qu'elle a daigné faire pour l'encens eût été juste, si, hier soir, je n'avais pas eu occasion d'entrer à La-Riche au moment où la foule en sortait? L'idée me vint que l'occasion était bonne, et ne trouvant pas M. le curé (M. Aileron, supérieur des carmélites), qui était déjà dans son confessionnal, je remis un paquet au suisse, lui disant bien sommairement notre intention. Le bonhomme comprenait assez mal ce que je voulais lui dire pour que je

SES RELATIONS AVEC LA SŒUR SAINT-PIERRE 153 crusse prudent de ne pas m'étendre longuement avec lui. — Le divin Auteur de toute bonne pensée aura compris ce que je devais dire, Qu'il ait pour agréables tous les vœux qui

sortent dans ce moment des cœurs qui lui sont dévoués! — Si donc madame la prieure veut bien en remettre trois paquets de même grosseur chez les sœurs de la porte, je les prendrai prochainement. » Ce genre d'aumône de sa part consistait à donner des paquets d'encens que les carmélites de Tours s'étaient chargées de placer au profit et. pour le soutien d'une de leurs maison pauvres. Le généreux laïque achetait et payait l'encens, et il le distribuait ensuite aux églises et aux chapelles, dévotion pleine de symboles pour lui et qui était fort de son goût.

Un autre mot de confidence pour la révérende mère Marie de l'Incarnation, la prieure du Carmel, indique que les questions des divines Écritures et de la sainte liturgie faisaient fréquemment le sujet des pieux colloques de ces amis de Dieu. « Veuillez dire, s'il vous plaît, à madame la prieure que j'ai trouvé, non sans une grande joie, dans un commentaire sur Le psaume Miserere, que « l'hysope était trempée « dans de l'eau où l'on avait fait couler le sang d'un passece reau, avant qu'on s'en servît pour purifier les victimes ».

La lettre finit par ce post-scriptum , nouveau témoignage de l'humilité du serviteur de Dieu : « Si je ne vous ai pas demandé vos bonnes prières, c'est que je compte sur l'assistance de mon bon ange, pour dire aux vôtres, mes bonnes sœurs, qu'il y a en dehors de votre enceinte sacrée de pauvres misérables qui ont bien besoin que vous leviez vos bras au ciel pour eux. »

Tandis que cet ami du Carmel était le plus fortement préoccupé de ce qui se passait à l'intérieur du cloître au sujet des révélations faites à la sœur Saint-Pierre, la pieuse sœur elle-même ne cessait, depuis 1843, de demander à Dieu dans le silence de la prière qu'il daignât choisir ses instruments pour l'accomplissement des desseins dont il l'avait rendue dépositaire; car elle, petite et pauvre reli-

gieuse , ne pouvait absolument rien et désirait ardemment rester toujours ignorée dans « la place obscure qui convenait à sa vocation et plus encore, disait-elle, à son insuffisance et à son incapacité ». Survint alors en France un événement miraculeux de la plus haute importance pour la Réparation, et qui, dans la pensée de M. Dupont, se rattachait très étroitement aux manifestations divines faites au Garmel de Tours.

Laissons-le s'expliquer lui-même à cet égard : « En 1846, dans les premiers jours de septembre, à la veille de partir avec ma famille pour Saint-Servan, en Bretagne, j'allai prendre les commissions de madame la prieure du Garmel, qui avait des parents à Saint-Malo. Je fus obligé d'écrire la liste assez longue des commissions qui m'étaient données. Nous nous entretînmes ensuite de la sœur Marie de Saint-Pierre. — Voici ce qu'elle vient de me dire , ajouta la révérende mère ( et comme , au même instant, je me trouvai un crayon à la main, j'écrivis ce qui suit) : a Notre-Seigneur m'a dit : Ma Mère a parlé aux hommes de ma colère. Elle veut la fléchir, elle m'a montré son sein et m'a dit : Voilà le sein qui vous a nourri, laissez -lui répandre des bénédictions sur mes autres enfants; et alors elle est descendue pleine de miséricorde sur la terre : ayez donc confiance en elle. » — « Je mis ces lignes dans mon livre de prières, continue M. Dupont, et je n'y pensai plus. Ne me trouvais- je pas devant un langage mystérieux où le passé se confondait avec le présent et le futur? Je me contentai donc de me maintenir d'une manière un peu vague dans la conviction où j'étais depuis longtemps que la sœur était confidente de Notre- Seigneur. Cette conviction prit un nouvel essor lorsque, le 22 octobre de cette même année, je reçus la copie de la première lettre de M. le curé de Corps relative à l'apparition de la très sainte Vierge à la Salette le 19 septembre. » — M. Dupont vit là une confirmation des paroles de la sœur Saint-Pierre qui semblaient annoncer cette apparition ; et faisant une copie de la note qu'il

SES RELATIONS AVEC LA SŒUR SAINT- PIERRE 155 avait prise à ce sujet au parloir du Garmel : « Je me hâtai, dit-il, de l'expédier à M. le curé de Corps, qui ne tarda pas à m'écrire : « Dès le premier jour j'ai cru , aujourd'hui je crois double!... » — La première lettre de M. le curé de Corps me parvint le 22 octobre, au moment où le tocsin signalait aux habitants de Tours la désastreuse inondation de 1846. Or, la sœur du Carmel l'avait annoncée peu de jours auparavant. »

Tel est le récit de M. Dupont. Lorsqu'il entendit-parler de l'apparition de la sainte Vierge à la Salette , il n'en fut pas étonné : dans sa pensée, il existait une liaison intime entre cet événement et les communications accordées à la sœur Saint-Pierre, et il écrit:

« Il est touchant, plus qu'on ne peut penser et dire, de voir en même temps notre auguste Mère confier à de pauvres petits enfants les amertumes de son cœur maternel ! N'est-il pas suffisant qu'elle ait été arrosée du sang de son divin Fils sur le Calvaire? Faut- il aujourd'hui qu'une génération impie, le blasphème à la bouche, rappelle les affreuses stations des rues de Jérusalem ? Mais que deviendrons-nous, si Marie ne peut plus retenir le bras de Jésus?... »

Le récit de la miraculeuse apparition communiqué de première main par M. Dupont aux carmélites de Tours fit sensation parmi elles, on le comprend. Avec leur saint ami, elles regardèrent ce fait comme une confirmation éclatante donnée à l'œuvre réparatrice que la sœur Saint-Pierre réclamait. La mission confiée aux bergers de la montagne était évidemment identique à celle de la fille du cloître. Aussi, en parlant des petits pâtres instruits par la sainte Vierge, la sœur les nommait ses deux petites trompettes; et elle rendait au Seigneur à leur sujet de vives actions de grâces.

Ses continuelles et ferventes prières avaient sans doute contribué à obtenir cette première manifestation de la divine miséricorde. Maintenant la cause réparatrice avait sa tribune permanente , son autel visible : c'étaient les sommets

bénis de cette montagne des Alpes que la Mère de Dieu avait touchée de ses pieds et si solennellement consacrée par sa présence. D'un autre côté, comme on l'a vu, la Providence s'était servie d'un illustre évoque pour imprimer une forme régulière à l'œuvre de la Réparation ; l'Eglise l'avait adoptée, recommandée, enrichie de faveurs spéciales. Lors donc qu'elle apprit l'érection canonique d'une archiconfrérie, la pieuse sœur, pleine de joie, s'écria: « Ma mission sur la terre est achevée, je vais mourir. » C'était vrai. Elle mourut le 8 juillet 1848, s'offrant comme une victime pour le salut de la France. Elle avait trente et un ans.

M. Dupont assista à ses obsèques et conduisit sa dépouille mortelle au cimetière de Saint-Jean-des-Coups1. Dès lors, une de ses pratiques fut d'aller souvent prier sur la tombe de cette sœur vénérée et de veiller à son entretien. De la tombe de sa fille Henriette, décédée six mois auparavant, il allait à celle de la carmélite, et leur recommandait à l'une et à l'autre toutes les affaires qui l'intéressaient. « Car, nous fait remarquer un de ses amis, M. Dupont avait au plus haut degré le culte des morts, et surtout une très grande confiance dans le crédit qu'il croyait que Marie de Saint- Pierre devait avoir au ciel. Il envoyait fréquemment prier au cimetière Saint-Jean les personnes qui venaient de loin lui confier leurs besoins. » En y allant un jour lui-même, il disait à un prêtre qui l'accompagnait: « C'est là un de mes secrets, de m'adresser à ces saintes âmes pour obtenir quelque grâce de Dieu. » Aussi sous son impulsion la tombe de l'humble sœur recevait-elle de nombreuses visites.

Ce fut avec un véritable transport d'admiration qu'il lut la notice nécrologique publiée, selon l'usage du Carmel, sous forme d'une circulaire qu'on envoya à toutes les maisons

1 Ancien cimetière situé à quelques pas du mur romain qui servait autrefois de rempart à la ville. Le nom de Saint - Jean -des- Coujjs lui vient, croit -on, de la défaite sanglante que subirent les Normands , au ixe siècle , à l'aspect des reliques de saint Martin apportées de la cathédrale sur le rempart.

de l'Ordre. — « Sit nomen Domini benedictum ! écrit-il à la Mère prieure. Nous touchons, je crois, à la réalisation des vœux de la vénérable sœur, apôtre de l'œuvre réparatrice. 11 est impossible que la circulaire ne produise pas un grand effet dans le monde chrétien , et le monde chrétien s'occupera à demander grâce et miséricorde. Que Dieu en soit béni et son saint nom glorifié à jamais! » Et il réclame un certain nombre d'exemplaires pour les envoyer à des amis.

Afin de témoigner davantage toute sa vénération -pour la mémoire de cette servante de Dieu, il se chargea d'acheter le terrain de sa tombe ; il fit les démarches nécessaires et obtint en son nom et à ses frais une concession trentenaire, dont il remit à la communauté l'acte daté du 27 septembre 1854.

« Mais, disait-il, Dieu peut faire plus encore pour glorifier sa fidèle servante. Il faudrait, dans une circonstance que lui seul'connaît , une translation du cimetière au Carmel. » — Ce pieux désir ne tarda pas à se réaliser. Trois ans après, le cimetière ayant été transféré hors la ville, M. Dupont saisit cette occasion de faire exhumer les restes pour les restituer au monastère. Le 13 novembre 1857, anniversaire du jour où la sœur était entrée en religion, dès le grand matin, il accompagnait M. Toffier, inspecteur des cimetières, pour procéder à l'ouverture du tombeau. Un coflre en bois de noyer, doublé de zinc, avait été préparé; M. Dupont, avec les soins les plus minutieux et un religieux respect, y dé» posa les ossements, faisant recueillir jusqu'aux moindres débris ; et, à la grande joie de la Mère prieure et de toutes ses religieuses, il obtint de l'autorité compétente que ces précieux restes fussent déposés ù l'intérieur du monastère , dans la salle du Chapitre, où ils sont encore.

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