‹ Vie de M. DupontChapitre 45 sur 55 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

SES RELATIONS EUCHARISTIQUES AVEC LE P. HERMANN, LE P. ETMARD ET LE P. DE CUERS

La réputation de sainteté dont jouissait M. Dupont et l'ardeur bien connue de son zèle pour l'Adoration nocturne, l'ont mis en rapport intime avec les trois apôtres de l'Eucharistie que nous venons de nommer-.

On sait que la conversion miraculeuse du célèbre Hermann, cet artiste distingué qui, de juif incrédule, mondain et dissipateur, devint tout à coup un fervent catholique d'abord, puis un religieux éloquent et austère, fut le triomphe du Dieu de l'Eucharistie. Un vendredi du mois de Marie 1847, Hermann s'était rendu dans l'église Sainte- Valère, à Paris, pour diriger un chœur de musiciens, attiré uniquement en cela par l'art musical dans lequel il excellait. Au moment de la bénédiction du saint Sacrement, son corps pliant comme sous un poids surhumain , il fui forcé malgré lui de se courber vers la terre , en proie à un trouble indéfinissable. Que se passa-t-il alors dans son cœur? Dieu seul le sait. Toujours est-il qu'en se relevant Hermann était catholique.

L'Eucharistie l'avait vaincu, mais c'était pour lui inspirer, avec la grâce de la conversion , un amour que désor-

mais rien au monde ne devait affaiblir. Un des premiers fruits de cet amour surnaturel fut, nous l'avons vu, la création de l'œuvre de l'Adoration nocturne de Paris, qui avait donné naissance à celle de Tours. Il en était résulté entre M. Dupont et le juif néophyte une première relation épistolaire dont l'adoration nocturne des hommes était l'objet.

« Le P. Hermann, écrivait M. Dupont, est le fondateur de notre chère œuvre de l'Adoration nocturne , et quelques mois seulement après sa conversion , nous l'avons vu couchant dans notre chambre de repos et nous édifiant. Sa passion pour Jésus est visible... »

Peu de temps après la fondation de l'œuvre, Hermann se rendait à Rome, d'où il ne devait revenir que pour prendre l'habit de religieux carme. Le nouveau fils de sainte Thérèse avait pris le nom de Père Augustin -Marie du Très-Saint-Sacrement, par amour et reconnaissance pour la divine Eucharistie. L'ardeur de son zèle pour cet adorable sacrement lui avait fait ajouter un vœu spécial à ceux qui font la base ordinaire de la vie religieuse. Ce vœu était celui de travailler toute sa vie à propager la dévotion eucharistique. Aussi ne faisait -il pas un sermon, ne prêchait -il pas une retraite ou une station sans que ce grand intérêt si cher à son cœur y eût sa place.

Vers la même époque1, ce zèle apostolique le conduisit à Angers et à Tours. La présence du carme déchaussé dans la chaire de l'église métropolitaine fut un événement pour la ville et pour le diocèse. Une société d'élite se pressait dans la cathédrale pour le voir et l'entendre. M. Dupont le connaissait personnellement, mais il ne l'avait pas encore vu dans son habit de pauvreté religieuse. Voici comment il exprimait à la fois la joie de cette précieuse rencontre et le regret de n'avoir pu en jouir comme il aurait voulu :

« Le bon Dieu, dit-il, avait tout autre dessein que celui

1 En 1833.

LE P. HEBMANN - 335

de me laisser jouir en égoïste. Nous. n'avons même pu nous entretenir un peu cœur à cœur de l'Adoration que d'une heure et demie à trois heures du matin , son convoi de Bordeaux ayant eu quatre grandes heures, de retard. Dès le matin , après sa messe qui fut dite aux. carmélites et que j'eus l'honneur de servir, le bon Père fut enlevé par Monseigneur pendant la journée du samedi, et il ne me fut rendu qu'au moment du départ pour Angers. '

« LunJi soir, il nous revint à dix heures, et un prêtre de l'archevêché se trouvait avec moi au débarcadère. Dans la journée du mardi, sauf une petite entrevue avant la messe, je n'ai vu le Père que dans la chaire , où il a été sublime. Parmi les plus habiles et les meilleurs connaisseurs du clergé, chacun disait : Voilà le premier sermon que j'ai entendu!... La foule était immense.

« A neuf heures enfin , le bon Père arriva à l'Adoration ; grande foule d'adorateurs ; causerie fort douce. A onze heures et demie , le Père prit un lit de camp et s'endormit pour une heure; après quoi nous nous acheminâmes au chemin de fer dans la compagnie de deux religieux eudistes, venus de Redon pour prendre information sur l'œuvre; ils étaient bien tombés, comme vous voyez...

« Je n'essaye pas de vous dépeindre le mouvement prodigieux opéré par la présence du Père ; maintenant il y a à demander au bon Dieu que ce mouvement produise des racines et porte fleurs et fruits.

« Le résultat , pour ce qui concerne le Père et moi , a été < un bon trait d'amitié, au moyen duquel nous devons nous entendre désormais pour la gloire du très saint Sacrement et, en particulier, de l'œuvre de l'Adoration nocturne. Mais ce qu'il a bien compris, c'est que pour le moment je ne puis rien, et que ma place est au soleil auprès de gens à qui le Maître vient dire à Ja onzième heure : Cur hic statis tota die otiosi * ? »

i « Pourquoi vous tenez-vous là tout le jour sans rien faire? »

Le P. Hermann aurait voulu sans doute entraîner à sa suite M. Dupont pour faire de lui aussi un apôtre du saint Sacrement. Le serviteur de Dieu avait une autre mission qui s'était révélée à lui depuis deux ans. Il était appelé à établir et à propager le culte réparateur de la sainte Face. Il n'en continuait pas moins son dévouement à l'œuvre de l'Adoration, car il ajoute : « Toujours est -il qu'il est de toute tvidence que Notre- Seigneur veut se faire connaître et se faire aimer dans l'auguste Sacrement des autels... Vengeance toute d'amour pour les mépris dont il y est abreuvé 1 Gomment reconnaître un bienfait semblable, sans se mettre à la disposition de Jésus pour faire en tout et partout son bon plaisir?... »

Il paraît que M. Dupont avait prié son ami de lui faire savoir comment l'Adoration nocturne de Tours pourrait être affiliée à l'archiconfrérie de l'Adoration nocturne de Rome. Peu après son passage à Tours, le 16 décembre 1853, le P. Hermann lui écrit de Carcassonne , où était sa résidence monastique :

« Mon cher frère en Jésus-Hostie, voici les conditions auxquelles toutes les Adorations nocturnes de France peuvent être affiliées à l'archiconfrérie de l'Adoration nocturne de Rome, et entrer en participation à toutes les indulgences plénières et partielles, etc., dont elle jouit... » Après avoir énuméré ces conditions , il ajoute : « Je vous prie d'écrire à toutes les Adorations nocturnes que vous avez fondées , et de faire faire par chacune deux pièces, l'une contenant une attestation de l'évêque, l'autre une pétition faite par les adorateurs. Puis, quand vous m'aurez envoyé ces diverses pièces, à mesure que je les recevrai, je les ferai passer au procureur général de notre Ordre à Rome, qui nous pressera activement cette affaire. Je vous recommande ceci beaucoup, parce que cela vous enrichira immensément. C'est incroyable combien il y a d'indulgences... »

Nous ignorons ce que fit M. Dupont à cet égard ; mais la lettre du P. Augustin montre quelle haute idée il se faisait

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