‹ Vie de M. DupontChapitre 46 sur 55 · LE P. HERMANN · texte numérisé non relu

LE P. HERMANN

de l'influence que ce fervent laïque avait exercée dès l'origine et qu'il exerçait encore sur l'ensemble des associations eucharistiques.

Le révérend Père avait conçu le projet d'unir entre elles et de centraliser les diverses œuvres d'Adoration nocturne qui existaient en France, et, par suite, de les. faire concourir par une participation alternative à une grande adoration perpétuelle nationale. Ce dessein magnifique, si élevé, si éminemment catholique et qu'on est sur le point de réaliser de nos jours, ne le fut pas alors; chaque localité continua isolément son œuvre.

Mais M. Dupont était homme à comprendre cette idée grandiose et à l'accueillir avec transport ; il l'avait déjà luimême conçue en partie , comme on l'a vu précédemment. Il dut encourager vivement son ami dans la poursuite d'un tel projet; il en faisait sans doute le thème de ses entretiens avec lui, quand il le rencontrait, on le conjecture du moins par certains mots répandus dans ses lettres.

Une circonstance particulière resserra encore les liens de cette spiiituelle et intime amitié.' Le P. Hermann avait promis de venir à Tours célébrer les cérémonies du baptême d'un enfant dont sa sœur, Madame Raunheim , devait être la marraine et M. Dupont le parrain; c'était la fille d'un ami commun, M. Piosemberg, juif d'origine comme le célèbre religieux, artiste éminent comme lui et comme lui récemment converti au catholicisme. L'évêque de Carcassonne, M^de la Bouillerie, qui savait cette circonstance et qui devait se rendre chez son frère aux environs d'Angers, voulut, s'arrêter à Tours et y passer la nuit afin d'achever son voyage en compagnie du P. Hermann. De son côté, le révérend Père Eymard, occupé alors de la fondation de l'institut des prêtres du Saint- Sacrement, se trouvait aussi à Tours et avait, en qualité d'ami, demandé l'hospitalité à M. Dupont. De si heureuses rencontres parurent au dévot serviteur de l'Eucharistie une occasion favorable pour ménager une réunion entre ces trois hommes de Dieu : c'est ce qu'il appelait gaie-

ment « un petit congrès eucharistique ». L'Adoration nocturne et les œuvres relatives à l'Eucharistie furent les principaux sujets de la conversation.

M^de la Bouillerie, qui ne connaissait M. Dupont que sur la réputation de sa sainteté, aimait beaucoup à l'entretenir et à entendre de sa bouche le récit des guérisons miraculeuses obtenues devant la sainte Face de Notre-Seigneur. Une fois entre autres, nous dit un de ceux qui étaient présents, comme on fut amené par le fil de la conversation à conclure qu'évidemment la sainte Face faisait des miracles : « Oh! oui, certainement, dit avec une intention pleine de finesse et d'à -propos M^ de la Bouillerie, de nos jours la sainte Face fait des miracles ; non pas la sainte Face d'Angers ni de Paris, mais celle de Tours, celle qui est ici, la sainte Face de M. Dupont! » insinuant par là qu'il attribuait les grâces miraculeuses plutôt aux prières de M. Dupont qu'à la sainte image elle-même. Ce sentiment du sage et pieux prélat, qui exprimait d'ailleurs celui du public, fut très remarqué, à la grande confusion du serviteur de Dieu, qui parut déconcerté et resta un moment attristé et silencieux.

La cérémonie du baptême se fit dans la chapelle de Mm9 de Lignac. Le lendemain M. Dupont voulut, en sa qualité de parrain , réunir chez lui à déjeuner tous les membres de la famille avec M6* de la Bouillerie, le P. Hermann et le P. Eymard. A la fin du repas, quand l'heure du départ fut arrivée pour l'évêque de Carcassonne, qui devait prendre le chemin de fer d'Angers , M. Dupont, tout entier à la joie d'une si douce réunion, proposa à ses convives de la prolonger en reconduisant Monseigneur et le P. Hermann jusqu'au Port -Boulet, à la quatrième station. La proposition étant agréée, il s'occupa aussitôt des préparatifs, conduisit ses hôtes à la gare, retint à ses frais un wagon spécial avec tous ses compartiments , et l'on put ainsi continuer quelques heures de plus à s'entretenir en tête à tête et librement de Dieu, de l'Église et de l'Eucharistie.

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