LE P. DE CUERS
duelle et spéciale, sans influence extérieure et publique. L'Adoration perpétuelle des quarante heures venait d'être établie depuis un an par l'autorité archiépiscopale. Le nouveau directeur conçut la pensée de réunir les deux œuvres ensemble, de manière à rendre l'adoration du saint Sacrement incessante, ininterrompue, sans trêve .de jour ni de nuit. Dieu bénit d'une manière extraordinaire cette heureuse innovation qu'il avait lui-même inspirée. Elle commença à Notre -Dame -des -Victoires, et elle se propagea tellement qu'au bout de quelques années le diocèse de Paris put être constamment, et le jour et la nuit, représenté devant Dieu aux pieds de l'auguste Victime solennellement exposée sur l'autel du sacrifice.
Le fervent adorateur de Tours applaudit de loin aux efforts et aux succès de son ami. Rien ne pouvait l'intéresser plus vivement, rien ne répondait mieux à ses propres désirs. Quand M. de Cuers , attiré de plus en plus vers Dieu, dévoré de la sainte passion de l'adoration du saint Sacrement, s'unit au P. Eymard pour fonder ensemble une société de prêtres voués aux œuvres eucharistiques, M. Dupont connaissait depuis longtemps ses intentions. Il lui écrivit pour le féliciter par avance de son bonheur et de sa vocation; mais il espère le revoir, « avant que Notre -Seigneur vous assigne , lui dit-il , le tabernacle au pied duquel vous devrez jeter votre tente, plus heureux en cela que saint Pierre, qui fut d'ailleurs forcé, en descendant de la montagne, d'attendre longtemps avant de monter sur les toits pour dire au monde le miracle de la Transfiguration. Aujourd'hui , Jésus nous presse d'annoncer un miracle plus étonnant, la transsubstantiation, et nous gardons le silence!... »
Il paraît que, de son côté, le capitaine de Cuers sollicitait son ami , l'invitant à le suivre dans sa résolution de quitter le monde et de se mettre sous le joug d'une règle religieuse, afin d'adorer plus parfaitement Jésus-Christ dans l'Eucharistie. M. Dupont, le 31 mars 1854, lui répondait :
« Je voudrais être assez heureux, mon bien cher ami,
pour me réunir à vous et à d'autres amis de Jésus , lorsqu'il sera question de donner naissance à l'œuvre de l'Adoration nocturne, considérée d'une manière plus générale. Si j'étais libre d'agir, je ne tarderais pas à vous aller voir à cet effet, puisque les cœurs auxquels vous faites allusion habitent le pays où vous vivez présentement, et que c'est là aussi que le P. Augustin se consume d'amour devant le saint Sacrement. Priez afin qu'il en soit ainsi! » — « Pour le moment, je suis plus lié que jamais au sol qui me donne l'hospitalité et où, à la façon des patriarches, je vis sous la tente. Mais sous cette tente vient une foule de gens vénérer la sainte Face et recevoir des grâces bien extraordinaires; et tous les jours de nombreuses demandes faites par correspondance... Puis, l'Adoration nocturne 1... à laquelle, il faut bien le dire, je suis malheureusement seul à prêter la main... »
Quand il apprit la détermination définitive de M. de Cuers, le serviteur de Dieu lui écrivit aussitôt : « Depuis des mois j'étais réduit à vous suivre par la pensée; aujourd'hui je me réjouis de vous savoir dans l'heureuse nécessité d'obéir à Notre -Seigneur, qui veut chaque jour se sacrifier par vos mains. Je serai plus heureux encore , quand il me sera donné de recevoir le corps de Notre -Seigneur, en assistant à votre messe et en vous la servant de mon mieux, si vous me permettiez d'aspirer à cet honneur. Je prie mon bon ange de me ménager cette double faveur. »
Puis revenant à son idée toujours chérie d'un apostolat de l'Adoration nocturne : « Vous ne me parlez pas , lui dit-il, de vos projets ultérieurs. Ne serez-vous pas l'apôtre de l'Adoration dans les lieux qui ne connaissent pas encore le charme des ineffables nuits passées aux pieds de Jésus? »
Quant à lui, il se trouve dans l'impuissance de s'occuper de cette œuvre comme il aurait voulu : « Pour le moment, dit- il , il me faut de plus en plus me confiner aux pieds de la sainte image qui attire constamment un grand nombre de personnes chez moi. Il faut répondre aux présents, prier avec ceux qui viennent demander des prières, écrire du