CHAPITRE VI
M. de Chateaubriand et le Génie du Christianisme.— L'heure de M. Frayssinous est arrivée. — Premier écrit de M. Boyer : Le Duel jugé au tribunal de la Raison et de l'Honneur.
« LE mal qui travailloit à cette époque la société française, dit M. le baron Pasquier (1), étoit de telle nature, que le chef de l’État, si haut qu’il fût placé, ne pouvoit, alors qu’ilentreprenoit d'y porter remède, se suffire à lui-même. Pour obtenir l’obéissance , il falloit d’abord qu’il fût suffisamment compris de ceux qu’il vouloit soumettre à ses comimandemens ; et comment y parvenir, aussi long-temps que de puissantes erreurs n’auroient pas été efficacement combattues, que de pernicieuses doctrines n’auroient pas été victorieusement réfutées, que d’aveugles passions ne seroient pas désarmées ? Mais de tels résultats ne s’obtiennent ni par des décrets, ni même par des lois, et les plus énergiques volontés y rencontrent des obstacles qu’il ne leur appartient pas de surmonter : il leur faut des auxiliaires , que le ciel heureusement tient en réserve dans sa bonté, et qu’il produit quand le jour en est venu. À ceux-là, à ces hommes puissamment inspirés, appartient le droit d'éclairer, deconvaincre et d’entrainer. Non-seulement l’époque dont je rappelle la mémoire n’a pas manqué de ce secours , mais il lui a été magnifiquement accordé...
» Tant de misères endurées avoient bien été pour quelques-uns un utile avertissement , et elles auroient dû dessiller tous les yeux. Mais le mal étoit trop invétéré ; et, pour en éviter le cours, pour le combattre avec succès , avec autorité , il falloit remonter à son origine et l’attaquer dans sa source ; il falloit ne pas craindre de demander du secours Ià
(1) Discours de réception.
34 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1602] où les prétendus sages affectoient encore de ne reconnoître aucun droit, de ne rien apercevoir qui füt digne dela moindre estime. Mais comment donner le signal de ce retour si nécessaire dans des voies trop long-temps désertées, et par où commencer ?
» Lorsqu'il s’agissoit de ramener les esprits à l’examen de ce qu'ils avoient si complètement méconnu, lorsqu'on vouloit leur inspirer le désir et mème le besoin de discuter comme chose sérieuse ce qu’ils s’étoient accoutumés à ne regarder que comme chose puérile et ridicule, qui pourroit ne pas voir à quel point il devenoit nécessaire de réveiller d’abord le souvenir des grandes actions opérées et des chefsd'œuvre enfantés durant tant de siècles par les hommes animés de cette foi sur laquelle tant de mépris avoit été si follement jeté? Ne falloit-t-il pas surtout , en remettant en lumière tant de secours portés à tous les genres d’infortune par les ministres de cette religion si dédaignée , tant de services rendus en son nom à l'humanité souffrante , dans tous les âges, dans toutes les parties du monde, faire rougir de leur ingratitude ceux qui en avoient perdu la mémoire?
» L'entreprise avoit de quoi tenter tous les hommes de cœur et de talent : mais le tableau où elle se montreroit dans toute sa grandeur ne pouvoit être tracé que par la main d’un maitre; l’art y devoit épuiser toutes ses ressources; et, pour le rendre digne de sa glorieuse destination, ce ne sera pas trop de toutes les richesses d’une éloquence inspirée par l'imagination la plus féconde et la plus poétique.
» Un livre parut en 1802, et ce livre étoit l'ouvrage d’un homme que la terre étrangère rendoit enfin à sa patrie. Riche de tous les dons qui viennent d’être indiqués, et jeune encore, il rapportoit avec lui le trésor inépuisable des sensations vives, des réflexions justes, solides et profondes dont il s’étoit pénétré, dont il s’étoit nourri dans le cours d'une vie déjà tant éprouvée, et qui toutes l’avoient conduit à la contemplation la plus sérieuse des hautes vérités, que peut-
[1802] LIVRE I. CHAPITRE Vi. : 35
être les forêts de l'Amérique enseignent mieux encore que ne le peuvent faire les plus doctes entretiens dans les cités les plus populeuses et les plus florissantes.
» Son nom, fort connu entre tant d’autres que la révolution avoit chassés devant elle, surgissoit à peine dans le monde littéraire ; et c’étoit lui cependant qui étoit appelé, qui étoit envoyé pour donner ce signal que je demandois il n’y a qu'un moment. Il alloit se jeter au plus fort d’une mêlée où sa présence inattendue auroit apparemment quelque chose de providentiel ; où ses armes , quelque puissantes qu’elles fussent , auroient besoin d’une protection , d’une inspiration venue de bien haut, et qui ne lui ont point été refusées.…. Je veux parler de l’auteur du Génie du Christianisme.
» Entre tant de beaux livres dont l’esprit humain s’enorgueillit , et qui ont eu le mérite et le bonheur de venir dans les temps qui leur étoient le plus propices , en connoït-on beaucoup à aucune époque, en aucune circonstance, qui aient été à leur but aussi directement , aussi sûrement; qui l’aient atteint avec une promptitude aussi surprenante? L’impression que produisit ce livre si mémorable surpassa les espérances de ceux-là même qui en avoient le mieux auguré. Le succès qu’il obtint s’étendit à toutes les classes de lecteurs; et , malgré les efforts d’une critique passionnée qui ne comprit ni la valeur ni la portée de ce qu’elle attaquoit, il fut populaire dans toute l'étendue de ce mot comme dans sa meilleure acception. La France dut à ce succès le bonheur d'entrer dans une ère entièrement nouvelle, et d’y entrer sous les plus brillans auspices. Ce fut, pour le puissant et précieux essor des idées morales et religieuses, une de ces époques de renaissance qui se laissent apercevoir de loin en loin dans l’histoire des sociétés et dans celle de toutes les connoissances humaines...
» Les résultats ne se firent point attendre, et beaucoup d'esprits, libres enfin du joug qui leur avoit été imposé,
laissèrent bientôt connoître qu’ils commençoient à regretter les croyances qu'ils n’avoient point abjurées, puisqu'ils les avoient à peine connues, qui leur étoient échappées comme à leur insu, qu’on leur avoit en quelque sorte dérobées. Ce fut alors que dut commencer la tâche du prêtre chrétien. L'heure de M. Frayssinous étoit donc arrivée. »
On verra bientôt que son zèle ne se renfermoit point dans l'enceinte du séminaire.
En 1802, parut le premier écrit de son ami et son émule. À cette époque, une frénésie de duel portoit ses ravages dans tous les rangs de l’armée, et multiplioit chaque jour le nombre de ses victimes. Frappé d'une telle calamité, M. Boyer voulut en arrêter le cours, et il composa le Duel jugé au tribunal de la Raison et de l’ Honneur. H le publia sous le nom d’un officier de ses amis, Joseph de Lapanouse, l’adressa au premier Consul, au général Berthier, alors ministre de la Guerre, à quelques autres chefs de l’armée, et en fit répandre un certain nombre d'exemplaires dans les casernes de Pavis. Berthier écrivit à l’auteur supposé, de la part du premier Consul :
« J'ai recu votre écrit sur le duel, et je l’ai lu avec grand plaisir. Le citoyen premier Consul en approuve les principes. Les vérités incontestables qui combattent ce préjugé funeste acquièrent une nouvelle force sous la plume d’un homme qui, comme vous, a donné l'exemple de la bravoure et de toutes les vertus civiles et militaires. Paris, le 2$ brumaire an x1 (19 novembre 1802.) À. BERTHIER. »
En 1837, l’état de l'opinion publique, la multiplicité des combats singuliers, et d’éclatans exemples de leurs tristes résultats, engagèrent l’auteur pseudonyme à publier une seconde édition de cet opuscule, qu'il éten-
dit, et auquel il donna une nouvelle forme qui ne plut pas au véritable auteur. M. Dupin aîné, alors procureurgénéral près la cour de cassation, ayant obtenu que cette cour, modifiant sa jurisprudence, fit rentrer le duel dans la classe des crimes et délits prévus par le Code pénal, il y joignit l'éloquent réquisitoire de ce magistrat, et se félicita, en finissant, de voir la cause qu'il avoit soutenue, plaidée par un avocat si habile.
Catéchismes de l’église des Carmes. —M. Frayssinous crée un genre nouveau dans la littérature. — Appréciation de sa méthode par le Semeur.— Conférences dans la chapelle des Allemands, à Saint-Sulpice.—M, Frayssinous s’adjoint d’abord M. Boyer.— MM. de Boulogne et de Sainte- Croix l’encouragent et lui donnent des avis. — Opinion de M. Montaigne sur les Conférences. — Epoque de ces instructions. — Elles s'adressent surtout à la jeunesse. — Réfutation des objections proposées. — M. Frayssinous confesseur.— Son ascendant.
L'écezise des Carmes, de la rue de Vaugirard, qui avoit été le théâtre des massacres de septembre 1792, et dont M. de Pancemont, curé de Saint-Sulpice, avoit fait son église paroissiale, en attendant qu'ileût été remis en possession de l’ancienne, occupée par les constitutionnels, reunissoit les catholiques dans sa modeste enceinte. Le séminaire, rétabli en 1800, y assistoit aux oflices, et les contemporains de M. Frayssinous se rappellent l'y avoir vu faire diacre à M. Duclaux, un jour de l'Ascension.
En 1801, il y commença, avec l'abbé Michel Clausel de Coussergues, des catéchismes raisonnés. Ce furent d'abord de véritables entretiens entre lui et l'abbé Clau-
sel, qui présentoit les objections des philosophes mo-
dernes avec la vivacité d'esprit qui lui étoit naturelle. M. Frayssinous, en le réfutant avec logique et clarté, s'élevoit quelquefois jusqu'à l'éloquence.
« En face de ce pavé encore teint du sang de tant de prêtres martyrs, sa parole s’enflamme , dit M. l'abbé Noël, dans FOraison funèbre de l’évèque d’Hermopolis (1); il a sous ses yeux une image des fureurs de l’athéisme ; il voit les plaies de la religion et les sonde une à une, pour y verser et l'huile qui adoucit, et le vin qui fortifie. Cette foi que les Pothin et les Denis de notre siècle ont signée de leur sang, il la défend de toute l’énergie de son ame. Ah! sans doute, en ce lieu d’où votre ame s’étoit envolée au sein du bonheur, après avoir consommé son sacrifice, illustres confesseurs, saints pontifes, vous aimiez à voir le jeune et courageux athlète ; et, du haut du ciel, vous applaudissiez à ses efforts, vous l’animiez de votre esprit, vous le revêtiez de votre zèle! »
Le succès de cette exposition des vérités de la religion fut immense.
Aux dialogues ou Conférences , qui ont donné leur nom aux autres expositions, même quand elles n'ont plus été des conférences proprement dites, M. Frayssinous songea à substituer des discours ; et alors fut appliqué le plan que, dans les méditations de sa laborieuse retraite du Rouergue, son esprit avoit muri pour la défense du christianisme.
« Car ce n’étoit plus le temps de cette foi chevaleresque et sainte, où l’on croyoit sans raisonner ; où la corruption du cœur n’entraînoit pas celle de l'esprit ; où il suffisoit au prêtre de l’autorité sacrée de son ministère pour faire goûter
€) Page 6.
[1802 LIVRE I. CHAPITRE VIl. 39 sa doctrine. Le christianisme avoit été indisgnement foulé aux pieds ; et il falloit le défendre devant ses enfans, comme autrefois les Origène et les Tertullien le défendoient devant ses bourreaux (1). »
Aucune nature de controverse ne pouvoit être plus applicable à l’état des esprits, que celle où M. Frayssinous les fitaussitôt entrer avec lui.
« Il ne s’agissoit pas sans doute de pactiser avec le siècle(2) : mais, pour le combattre avec succès, il avoit fallu l’étudier avec soin; pour le ramener, pour le réformer, il falloit choisir avec discernement le terrain sur lequel il étoit le plus abordable ; il avoit fallu, enfin, chercher et trouver le mode de discussion’, la forme même de langage qui convenoit le mieux à l’espèce de lutte qui alloit s'engager. »
M. Frayssinous enrichit la littérature d’un genre nouveau dont les modèles n'existoient pas en France (3).
Îl n’est pas étonnant que, dans des temps de foi, on n'eut pas songé à déduire et à détailler dans les chaires chrétiennes toutes les preuves du christianisme. Bossuet et Massillon s'adressoient à des chrétiens convaincus, et ne croyolent pas avoir besoin de remonter aux premiers principes de la loi naturelle, Mais, quand tout a été ébranlé, quand toutes les croyances ont trouvé de nombreux ennemis, quand les premières notions d'ordre, de société, de législation, de morale, ont été niées avec audace, et démenties avec impunité, quand un torrent de doctrines perverses est venu fondre de toutes parts sur l'Europe étonnée, et a sapé toutes les
(1) Oraïson funèbre, page 8.— (2, M. le baron Pasquier, Discours de rccepuon. — (3) Ami de la Religion, t. VI, p. 333.
4o VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1802
bases de l'édifice social, alors le défenseur de la religion doit changer ses armes et concerter un plan adapté à un genre d'attaque si différent. Un terrain tout nouveau exige une tactique toute nouvelle, et les dispositions du siècle appellent une toute autre manière de toucher et de convaincre.
Il faut donc laisser un instant de côté la révélation ; et, remontant aux dogmes fondamentaux de la loi naturelle, bien établir les principes généraux, en faire voir la liaison, ne descendre à l’un qu'après avoir mis l’autre hors de doute, exposer la nature de notre ame, les droits de la conscience, les règles du juste. Il faut (nécessité honteuse, sans doute, après tant de démonstrations et de lumières) prouver l'existence de Dieu à un siècle indifférent à cette grande vérité ou même fortement prévenu contre elle, réfuter les objections les plus spécieuses, dissiper les nuages de l'ignorance et de l'orgueil, et faire rougir, s’il est possible, l’athéisme de son système absurde autant que dangereux. Ce n'est qu'après avoir posé ces fondemens, qu'il faut arriver à la révélation , dont les preuves doivent se dérouler les unes après les autres par un enchainement clair, serré, frappant, incontestable.
Appelé à un genre nouveau de controverse, M. Frayssinous répondra aux besoins du temps en modifiant devant son auditoire le langage accoutumé des chaires chrétiennes; et, avant de lui parler de l'Évangile, en lui exposant les articles du symbole commun du genre human, et les vérités premières que le christianisme suppose et confirme. Mais ses premiers discours, quoique plutôt philosophiques que chrétiens, tendront néanmoins à amener ses auditeurs à reconnoître la religion. Ce sera Pla-
ton en commençant : cependant, peu à peu, l'orateur évangélique se découvrira ; il descendra à des vérités d’un autre ordre ; il exposera la foi dans sa pureté, et ceux qui seront venus l'entendre avec des dispositions païennes, détrompés insensiblement, verront tomber le bandeau qui couvroit leurs yeux, et deviendront chrétiens par la seule force de ses argumens. Il aura la gloire d’avoir ainsi contribué à faire naître et à entretenir l'esprit de religion parmi une portion de la jeunesse ; et son ministère eflicace, autant qu'honorable, semblera avoir été suscité par la Providence pour servir de frein et de compensation aux égaremens de l'esprit de système et aux ravages de l'incrédulité.
Les Protestans eux-mêmes ont constaté avec éloge cette nouvelle phase de l’apologétique chrétieme. Le Semeur', l'un des principaux organes de nos frères séparés, a dit des Conférences :
« Le temps où elles furent commencées offroit des difficultés tout ensemble et des facilités spéciales. Les adeptes de la philosophie sceptique et les hommes religieux se trouvoient en présence. L’incrédulité, d’une part, bien qu’elle eût un compte terrible à rendre , ne se regardoit pas comme définitivement condamnée. Elle occupoit encore dans les assemblées politiques, dans la magistrature , dans l’armée, dans les académies , partout enfin, les positions les plus influentes ; et, quand on lui reprochoit Les saturnales atroces de la Terreur , elle osoit en accuser ceux-là même qui en avoient été victimes , prétendant que , pour être modérée , il ne lui avoit manqué que d’être moins combattue.
» Mais la religion , d’une autre part, avoit repris courage et confiance. Elle montroit du doigt les échafauds encore
teints de sang , les places vides dans les famuiles, les débris
fumans de nos cités ; bien plus, elle pénétroit au fond des cœurs, y découvroit un ver caché, une amertume sans nom , et promettoit, en attestant dix-huit siècles de bienfaits, de guérir toutes les blessures de l’homme et de la patrie.
» Ses interprètes étoient éloquens , et le nombre s’en accroissoit chaque jour. La Harpe avoit fait amende honorable de son adoration pour l'esprit de Voltaire. M. de Chateaubriand publioit le Génie du Christianisme ; M. de Fontanes célébroit en vers harmonieux les fêtes de la religion ; M. de Bonald et M. de Maistre invoquaient les maximes et les souvenirs du passé. Au-dessus d'eux tous, le premier Consul jaloux de rétablir l’ordre, et sachant que les idées religieuses en sont le meilleur fondement, restauroit les formes du culte ,en attendant la religion même qu’il n’étoit pas en son pouvoir de réveiller dans les ames. Alors vint M. Fravys- SINOUS.
» 1] se proposa de parler surtout aux jeunes gens. Les jeunes gens de ce temps-là , élevés bien loin destemples, ne connoissoient de l'Évangile que les citations tronquées de Voltaire , et ne professaient d'autre religion que celle du patriotisme : sceptiques d'autant plus affirmatifs qu’ils étoient plus ignorans , mais aussi n’ayant pas cette longue habitude d’incrédulité qui laisse peu d’espérance à la foi même. On pouvoit supposer que de solides instructions les ramèneroient à des sentimens meilleurs. M. Frayssinous n'en désespéra point. Il les convoqua au pied de la chaire chrétienne, qu'ils étoient étonnés de revoir, et leur adressa des exhortations conformes à leur état intellectuel et moral. Il ne s’avisa pas de leur dire : Croyez sans examen ; croyez, parce que VÉolise l'a décidé : le temps n'étoit plus de cette autorité absolue en matière de foi. Il leur dit , au contraire : Examinez pour croire...
» M. Frayssinous ouvrit, pour me servir de ses expressions, une espèce d'académie chrétienne. S'il eût fait des sermons à la manière de Bourdaloue et de Bossuet, on ne
[1803] LIVRE I. CHAPITRE VII. 43 seroit guère venu l'entendre ; et, lors mème que l’admiration lui eût donné des auditeurs , son but n’auroit pas été atteint. Les sermonnaires du xvur° siècle s’adressoient à des hommes nourris dans le christianisme, dépravés peut-être, mais instruits de leurs devoirs, et demandant plutôt des avertissemens pour leur conscience que des lumières pour leur esprit. M. Frayssinous dut prendre son point de départ beaucoup plus haut ou plus bas , comme on voudra l’entendre.
« Cest ce qu’il expliquoit lui-même : «Les temps où nous » sommes , disoit-il, semblent demander un nouveau genre » d'instruction. Il faut bien que le médecin approprie ses » remèdes aux besoins, au tempérament du malade. Or, » telle est la maladie actuelle des esprits, qu’on ne peut » opérer leur guérison qu’en suivant une marche nouvelle. » Que si nos Conférences ne sont pas sans utilité , on voudra » bien nous pardonner ce qu’elles ont de singulier, de trop » éloigné du ton ordinaire de la chaire chrétienne ; et je me » persuade que leur utilité, si elle est réelle, doit nous ab- » soudre devant Dieu et devant les hommes. » Oui certes, et non-seulement M. Frayssinous a été absous de cette innovation, mais son exemple a été suivi, et l’est encore. Les formes de la prédication n’ont rien d’inviolable en soi; ce n’est pas un défaut de les changer quand les circonstances l'exigent : c’en seroit un de les juger immuables. »
L'église de Saint-Sulpice ayant été rendue au culte en 1802, le cours d'instructions y fut inauguré en 1803, suspendu en 1809, repris en 1814, et clos en 1822, comme l'indique l'avertissement de la Defense du Chrislianisme.
Les conférences eurent lieu d'abord dans une chapelle de Saint-Sulpice, dite la chapelle des Allemands. M. Frayssinous voulut que M. Boyer, son parent, son condisciple, le compagnon de sa retraite, s’associàt à cet apo-
stolat, En effet, M. Boyer donna cinq conférences, et lon
44 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1804 | soûta la forme piquante, le tour original, que prenoient dans ses discours les preuves même les plus communes. Sonstyle, animé et plein d'images, saisissoit vivement l’esprit de l'auditoire ; maisil faut convenir que la composition si claire, si méthodique et si sage de M. Frayssinous, étoit plus appropriée à ce genre de démonstrations, et à une Jeunesse à qui il falloit apprendre les principes élémentaires du christianisme. Les supérieurs de M. Boyer l'engagèrent donc à se renfermer dans les travaux de l'enseignement ecclésiastique.
Ce fut M. de Boulogne qui, le premier, encouragea M. Frayssinous dans ses nobles efforts, et lui présagea le plus brillant avenir. Le Conférencier de Saint-Sulpice fut toujours intimement lié avec cet ami, si bon juge en fait d’éloquence. On lui entendoit souvent dire que M. de Boulogne étoit ne orateur, etque, s'il avoit fait le cours de ses études classiques, il auroit au moins égalé Massillon.
M. Frayssinous aimoit encore à consulter le savant et judicieux baron de Sainte-Croix, dont les observations étoient toujours accueillies avec déférence.
Il trouvoit d’ailleurs chez ses confrères les encoura- #emens et les conseils qu'il avoit droit d'attendre de leur amitié. S’étant rendu, vers la fin de 1804, dans le Rouergue où son zèle lui inspira de donner quelques conférences, il écrivit à M. Montaigne pour réclamer ses avis. Nous citerons la réponse du savant Sulpicien, parce qu’elle annonce à la fois, et la modestie de celui qui l’a provoquée, et la cordiale obligeance de celui qui l’a écrite. M. Montaigne disoit dans cette lettre du 2 décembre 1804 (1),
(1) Vie manuscrite de M, l'abbé Montaigne.
« Je ne puis, en commençant, qu'approuver extrêmement les conférences ou discours sur la religion, dans les lieux où l'incrédulité est fort répandue, et où il n’est pas à craindre d'ébranler les simples en leur présentant les objections des incrédules. Ce principe a-t-il son application à la ville que vous habitez? Je l’ignore. Vous êtes sur les lieux : c’est à vous à prononcer ; ou plutôt, puisque vous avez entrepris ces conférences, et que vous les avez par conséquent jugées utiles d’après la connoissance des localités, je vous engage de tout mon cœur à les continuer. J'ajoute que ne fussent-elles pas utiles à Rodez, elles pourroient l'être ailleurs.
» Vous voulez donc traiter la matière de la confession ? Vous avez bien raison, car ce seroit beaucoup de faire respecter cette admirable institution. Or, pour atteindre ce but, ne pourriez-vous pas la représenter comme divine dans son institution et très-salutaire dans ses effets? Vous prouveriez l'institution divine de la confession : 1° par l'argument de prescription, et ensuite par la sainte Ecriture. Le Père Scheffmacher vous fourniroit de bons matériaux. ( Lettres d'un théologien catholique à un docteur protestant.) Les principaux avantages de la confession consistent, à mon avis. en ce qu'elle est une source de consolation, de force, de lumières. De consolation, parce qu’elle donne une toute autre certitude que celle qu'on auroit sans la confession, du pardon des fautes qui troublent le cœur et lui font craindre un juge sévère. De force, parce qu’elle donne aux passions un frein et très-efficace et très-doux : très-eflicace, on le sent assez ; très-doux , c'est à un homme qu'on s'ouvre, à un homme qui représente , il est vrai, Jésus-Christ, mais qui peut et doit dire : Àomo sum, nihil humant à me alienum puto, qui n’a que des paroles de douceur sur les lèvres, qui fait les fonctions de l’ami le plus tendre, obligé au secret le plus inviolable. (Il y a quelque chose d'assez bon sur tout cela dans les OEuvres du Père Judde.) Enfin de lumières, et des
lumières les plus utiles, et aux particuliers, et à la société,
A6 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1804] sur les devoirs à remplir, les occasions à éviter, les torts à réparer, les vues de la Providence à seconder (princes, magistrats, riches, pauvres, négocians, etc.) Voyez les J’ariaions de M. Bossuet : il me semble y avoir lu que les Protestans qui ont supprimé la confession en ont souvent reconnu la grande utilité... Que seroit une famille, une ville, une province, un empire , où la confession seroit en honneur ?.. Rappelez aussi les incrédules à leurs premières années, etc. »
L’approbation que M. Montaigne donnoit aux conferences étoit bien propre à confirmer M. Frayssinous dans la pensée de les continuer à Paris.
La manière dont il les composoit, pendant son séjour au séminaire, donnera la mesure de son étonnante facilité et de sa puissance de réflexion. Pendant les récréations, de jeunes lévites se réunissoient quelquefois dans sa chambre. M. Frayssinous, tout en se promenant à orands pas, et sans être distrait par le bruit des conversations, auxquelles il prenoit même part de temps en temps, méditoit son sujet; et de cette méditation résultoient les discours, combinés avec tant d’art et revêtus d’un style si attrayant, qui captivoient ses auditeurs.
Iles prononcoit pendant les six premiers mois de chaque année, à un intervalle tantôt de huit tantôt de quinze jours, et en faisoit ainsi environ quinze par an; nombre bien restreint au gré de son auditoire, composé en grande partie de jeunes gens , dont ceux qui suivoient les exercices de piété présidés par le digne P. Bourdier-Delpuits, formoient le noyau.
« C’est pour eux, disoit M. Picot (1), que ces conférences
(1) Mélanges de philosophie, d'histoire, de morale et de littérature, suite des Annales catholiques et des Annales littéraires et morales, €. A, p. 44.
ont été principalement instituées, et l’empressement avec lequel ils s’y portent est sans doute la plus douce récompense qu’envie l’estimable auteur de cet établissement. 1] est consolant de penser qu’au milieu d’une ville peuplée d’une jeunesse frivole ou corrompue, il y en ait qui, résistant aux séductions de l’âge et de l’exemple , goûtent encore les instructions solides, et mettent à se pénétrer des grandes vérités de la religion et de la morale, le même soin que d’autres apportent à les oublier et à les combattre. On aime à voir, dans des temps de dépravation et de licence, accourir à ces réunions utiles des jeunes gens de tous les rangs et de de toutes les classes, des noms distingués, des étudians en médecine et en jurisprudence, des élèves de l'École polytechnique, tous ceux enfin qui ont eu le bonheur de sentir les secours et les bienfaits qu'ils peuvent retirer de la religion, soit pour leur bonheur privé, soit dans la carrière des sciences humaines. »
M. le baron Pasquier (1) dit à son tour :
« On vit se réunir au pied de la chaire de M. Frayssinous non-seulement la jeunesse studieuse qui abonde dans le quartier des écoles, mais celle encore qui, plus adonnée aux plaisirs du monde, sembloit devoir résister davantage à un enseignement sérieux. L'une et l’autre se firent remarquer par la religieuse attention avec laquelle elles écoutoient ce nouveau maitre. La voix de M. Frayssinous avoit ce ton d'autorité qui commande le respect, qui invite à la confiance. Toutes ses paroles respiroient cette conviction profonde et réfléchie, qui est d'autant plus communicative qu'elle s’exprime avec plus de modération; et, lorsqu'on voyoit les rangs si pressés de ces jeunes hommes dont la foule s’assembloit autour de lui, il eût été dificile de ne pas reconnoitre qu'il y avoit dans ses discours quelque chose de merveilleu-
(1) Discours de réception.
sement adapté aux instincts de cet âge que les passions peuvent égarer, mais qui presque toujours se soumet assez volontiers, et même avec une sorte d'empressement, aux démonstrations qui ont un grand caractère de bonne foi. Des hommes d’un âge plus mür, des hommes graves dans toutes les professions , dans toutes les situations , ne tardèrent pas à venir juger par eux-mêmes du mérite d’un enseignement dont le retentissement n’avoit pu leur échapper ; et le jugement qu'ils en portèrent fut une éclatante confirmation des impressions dont ils se trouvèrent environnés.
» Ne se paraut qu'avec une extrême réserve des ornemens d’une éloquence qui auroit pu donner à sa parole un caractère trop mondain, et s'appliquant à ne chercher ses moyens de succès que dans l’exposé mème de la doctrine antique et révérée dont le dépôt étoit confié à son ministère, M. Frayssinous étoit pourtant écouté avec cette curieuse attention qui ne s'obtient ordinairement que là où se rencontre le puissant attrait de la nouveauté : c’est qu’il racontoit l'Évansile aux premiers jours du xix° siècle ; c’est qu’il parloit d’une religion révélée, de ses mystères, de sa morale et de son culte divin, devant un auditoire qui ne pouvoit plus se rappeler, sans un profond sentiment de honte et de tristesse, que des Français avoient été condamnés à assister aux fêtes de la Raison, et que naguère encore on avoit entendu retentir, sous ces mêmes voûtes où dominoit enfin la voix de l’orateur chrétien, les misérables chants de ce prétendu culte inventé par un homme assez foible d'esprit pour croire qu’il lui appartenoit de fonder une religion. Quel prodigieux contraste ! et que d’instructions devoient en sortir, alors que tant de folles jactances, tant d’efforts impuissans qui n’ont abouti qu’à mieux étaler les misères de l’orgueil humain, étoient remplacés par cette imposante et solennelle discussion où le prêtre n’aspiroit qu’à rendre toujours plus sensible la puissance du Dieu dont il célébroit la gloire et les bienfaits! »
[1804] LIVRE J. CHAPITRE Vil. 49
Des lettres d’objections étoient-elles adressées à l’orateur ; il y répondoit en chaire, et indiquoit les livres à lire pour obtenir la solution des doutes qu'on lui proposoit.
C'est ainsi qu ilcombattoit etlessophismes voltairiens et les doctrines matérialistes de Cabanis, qui, à cette époque , disputoient à la religion le cœur de la jeunesse. Celle-ci, vivement préoccupée des réfutations du conférencier de Saint-Sulpice, transportoit la discussion dans ses entretiens privés, et jusque dans les restaurans et les promenades publiques. Un neveu de Cabanis, champion obstiné des théories de son oncle, se fit remarquer par sa persistance à lutter contre l'heureuse influence de M. Frayssinous ; mais M. de Portets, alors élève en droit, depuis professeur distingué à l’École de Paris, et l’un des plus zélés disciples de l’orateur chrétien, le réfuta avec vigueur et le couvrit de confusion.
Non-seulement M. Frayssinous exposoit la vérité comme orateur ; mais 1l la faisoit pratiquer comme confesseur. Pasteur et père de la jeunesse, qui en foule recouroit à lui, il lui prodiguoit des conseils de piété et de direction. Oracle de tout ce qu’il y avoit de sage, il portoit la modestie au point de se défier souvent de luimême, et, quand on lui demandoit des lumières dans un cas difficile, il envoyeit celui qui le consultoit à M. Boyer, réduisant ainsi ses admirateurs à ne savoir ce qu’il falloit le plus apprécier, de son éloquence , de sa sagesse, ou de son humilité. Depuis saint Vincent de Paul , il n’y avoit que l'abbé Émery qui eût joui d’une telle influence et d'une telle autorité.
M. Frayssinous songe à quitter le séminaire. — Lettre à M. Emery.—Il consulte M. Philibert de Bruillard.—Sa charité pour les pauvres. — M. Boyer le remplace dans sa chaire. — Les conférences ont lieu dans l’église même de Saint-Sulpice. — M. Frayssinous est mandé à la préfecture de police. — Le comte Portalis, ministre des Cultes, prend sa défense. — Phrase très-digne de lorateur sur Buonaparte. — Objet des conférences de 180$. — M. Frayssinous conduit M. Affre à Paris. — Goût sûr de M. Boyer. — Visites de M. Frayssinous à La Ronce. — Vers qu’il compose pour son portrait.
La société de Saint-Sulpice, dont M. Frayssinous faisoit partie, n’a pour objet que l'éducation cléricale. L’apostolat de l’orateur chrétien, quelque utile qu'il füt, ne rentrant pas dans cette mission spéciale, M. Frayssinous, que la carrière des conférences, poursuivie depuis 1803 jusqu'en 1806 avec un succès toujours croissant, réclamoit tout entier, songea à quitter le séminaire pendant les vacances de 1806. Il écrivit de Saint-Côme à M. Émery, sous la date du 11 septembre, une lettre qui fait connoître sa pensée.
« MonNsIEUR ET TRÈS-HONORÉ SUPÉRIEUR,
» Il y a long-temps que j'ai dans l'esprit un projet que je ne dois pas exécuter sans vous en faire part. IL pourra vous paroiître singulier ; mais aussi rien de plus singulier que les circonstances où la Providence m'a placé. Vous avez pu vous apercevoir, ou du moins soupçonner plus d’une fois, que j’avois un goût très-décidé pour les conférences de Saint-Sulpice, et que mon penchant naturel m'entrainoit plus vers ce genre d'occupation que vers tout autre. Jusqu'ici, resserré par le local, ou livré à des fonc-
tions très-applicantes, je n'ai pu donner à cette œuvre qu'un degré d'intérêt et d'utilité assez borné. Je croirois que le moment est venu de lui procurer le développement dont elle est susceptible ; il est aisé d’en faire une œuvre d'une utilité majeure et universelle. Si la chose étoit à créer, on pourroit hésiter à cause de la grande incertitude du succès ; mais la chose existe : elle a été en croissant tous les ans ; il ne s’agit plus que de la pousser plus loin. Voici, à ce sujet, toutes mes idées. Il me semble que, dans les temps où nous sommes, un des plus grands services qu'on puisse rendre à la religion, c’est de la remettre en honneur aux yeux des classes élevées de la société. En vain on ouvrira des séminaires : s'ils ne se remplissent de sujets, et mème s'ils manquent de sujets d’une certaine condition, il en résultera un très-srand mal pour l'Église. Si les classes honnètes de la société n’ont aucune considération pour la religion et ses ministres, tout ira en dépérissant. Je crois donc que c’est aller directement au but, que de travailler à rendre la religion vénérable et chère à la jeunesse faite par son éducation et sa naissance pour occuper les premiers rangs de la société. Or, tel est l’objet des conférences de Saint-Sulpice. On y voit des jeunes gens de toutes les provinces, qui ne peuvent qu’en rapporter des impressions salutaires. C’est une chose digne d’être conservée , très-appropriée aux circonstances , et dont les résultats peuvent être très-heureux , qu'une suite d’instructions raisonnées sur la religion, écoutées avec intérêt par une foule de jeunes gens destinés à être un jour des pères de famille, et qui doivent avoir sur l'esprit et l'opinion du peuple une si grande influence. Je sais qu'à parler en général l'œuvre des séminaires est la première de toutes; mais il ne s’agit ici que d’un individu qu'il est aisé de remplacer dans l’enseignement de la théologie. La Providence a voulu que je fusse l’homme propre aux conférences dont je parle. Si je les continue dans un local vaste et
52 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1806] commode, l'utilité en sera beaucoup plus étendue. Je ferois un cours d'instructions qui dureroit deux ans, huit mois chaque année; je traiterois une suite de sujets analogues aux temps où nous sommes et aux besoins de la jeunesse. Je sens bien que mon plan est incompatible avec les fonctions que j'ai remplies jusqu'ici, et même avec mon séjour au séminaire. Dans tout cela je ne trouve aucun avantage temporel, il est même assez clair que c’est plutôt le contraire; je n’ai l’espoir fondé d'aucune place quelconque ; pourvu que je puisse subsister, c’est tout ce qu’il me faut. Si vous goûtez mes idées, je crois que vous n’aurez pas lieu de vous en repentir. Quoi qu’il arrive , je n’en serai pas moins pénétré du plus profond sentiment de respect, d'estime et d’attachement pour vous et tout ce qui compose votre compagnie. ».
M. Émery avoit trop bien su apprécier le mérite de M. Frayssinous pour ne pas voir avec peine l'éloignement d'un sujet qui avoit déjà rendu et pouvoit rendre encorede si grands services au séminaire et à la compagnie de Saint- Sulpice. Il eût vivement souhaité pouvoir concilier les vues de l’orateur chrétien avec son séjour au séminaire, etilse flatta quelque temps d'y réussir. M. Frayssinous , de son côté , ne le désiroit pas moins ardemment , et il lui en coûtoit infiniment de quitter une maison à laquelleil avoit toujours été attaché par les sentimens d'estime et de vénération les plus sincères. Mais le séjour du séminaire lui paroissoit incompatible avec la nouvelle carrière que la Providence sembloit ouvrir devant lui. L'œuvre des conférences étoit de nature à exiger l'emploi de tout son temps; et il eut été aussi pénible pour lui que contraire à l’usage du séminaire, d'y demeurer dans une sttuation tout-à-fait exceptionnelle, entièrement étranger aux travaux et aux fonctions que les directeurs ont cou-
tume de partager entre eux. Il crut donc que la Providence l'obligeoit à rompre, du moins pour un temps, des liens chers à son cœur.
Avant d'opter entre Saint-Sulpice et la carrière des conférences , 1l réclama l'avis de M. Philibert de Bruillard, avec lequel il étoit lié. Dans cette circonstance délicate, M. Philibert n’hésita point. « Quelque important que soit votre emploi de professeur au séminaire de Saint- Sulpice , lui ditl, celui de prédicateur des conférences dans l’église de Saint-Sulpice l’est bien davantage. Là , vous pouvez facilement être remplacé ; pour les conferences, Je ne Connois personne qui puisse vous Continuer.» Dès-lors, M. Frayssinous quitta le séminaire, mais sans cesser d’être uni de cœur avec l'estimable société qu'il regardoit comme sa seconde famille ; et la suite de sa vie a bien montré que cette séparation n'avoit rien changé à ses sentimens pour une maison qu'il considéra toujours comme un des plus précieux asiles de la science et de l'esprit ecclésiastiques. Il disoit de MM. de Saint-Sulpice : «Ils obtiennent, par la nature mème de leur institut, ce qu'il y a de plus parfait dans la religion , la vie cachée. Ce sont des hommes qui font le bien sans qu'on en parle. »
En quittant le séminaire, M. Frayssinous habita rue Garancière l'appartement de M. de Quelen, qui avoit été son disciple; puis il demeura impasse Férou avec M. Feutrier, aujourd'hui pair de France et frère de l'abbé Feutrier qui avoit aussi suivi son cours à Saint- Sulpice. Ainsi se resserroient de premières relations qu'on verra devenir de plus en plus intimes, et qui influeront sur la carrière de l'orateur chrétien.
Indépendamment d'un Christ au tombeau et de la
54 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1806| Sainte-Vierge au raisin, d'après Mignard, trois gravures, représentant saint Vincent de Paul, Bossuet et Fénelon, faisoient tout l’ornement de sa modeste demeure ; elles ornèrent ensuite l'appartement non moins simple qu'il occupa à l’Abbaye-aux-Bois. Le choix de ces trois portraits, que M. Frayssinous voulut toujours avoir sous les yeux, le peint tout entier. Le zèle sacerdotal et la charité de saint Vincent de Paul, le génie et la science profonde de Bossuet, l'élégance et la douceur de Fénelon, lui étoient incessamment rappelés par leurs images; et, en les regardant, il s’inspiroit de leur intelligence et de leurs vertus.
Sa charité, par exemple, étoit inépuisable. Dans une des entrevues qu'il avoit avee M. Philibert de Bruillard, tous les huit jours, depuis sa sortie du séminaire, et avant 1811, il lui demanda si telle somme qu'il donnoit chaque année aux pauvres étoit suflisante pour l’acquit de sa conscience. Il recut de son ami une réponse d’autant plus aflirmative, que cette somme étoit fort honorable et annoncoit toute la générosité de son cœur.
Lorsque l’argent lui manquoit, il trouvoit encore le moyen de donner. Un jour, madame la comtesse de C. vouée aux bonnes œuvres, se présente chez lui. Comme elle le voit fermant son secrétaire : « N'ayez pas peur, monsieur l'abbé, lui dit-elle; aujourd'hui, je ne veux rien vous demander, ni rien vous prendre. » Il lui répond en souriant que la requête ou la tentative seroit vaine parce que sa bourse est à sec. « Cependant, aJoute-t-1l, vous instruisez un pauvre protestant, et 1l faudra bien que je vienne à son aide pour le jour de son abjuration. Encore devra-t-il être convenablement vêtu. J'ai là, faute d'argent, une redingote que je lui ré-
[1806] LIVRE I. CHAPITRE VII. É serve. — De grace, montrez-la moi, reprend madame de C. » La redingote aussitôt passe dans ses mains; et, comme elle connoissoit le charitable prêtre : « Vous ne trouverez pas mauvais, dit-elle en s'esquivant, que je l'emporte avec moi ; car vous avez tant de pauvres, que, si elle restoit ici, mon protégé courroit grand risque de ne pas l'avoir. »
Du reste, M. Frayssinous, pour s'entretenir dans l’esprit de Saint-Sulpice , ne manquoit pas d'assister chaque année à la retraite du séminaire , qui a lieu après la Saint-Denis, au mois d'octobre, pour la rentrée des classes. Le 21 novembre, jour de la Présentation de la sainte Vierge, 1l assistoit au renouvellement des promesses cléricales, et sa voix s’unissoit, au lutrin, à celles qui, au nom de la tribu sainte, y célébroient le Seigneur au service duquel il s’étoit engagé.
M. Boyer, jusqu'alors professeur de philosophie, quitta sa chaire pour succéder, dans l’enseignement de la théologie dogmatique, à M. Frayssinous, qui se livra désormais tout entier au travail des conférences, en communiquant à son ami le plar de ses discours , le choix de ses preuves, et jusqu'à ces beaux mouvemens oratoires par lesquels il savoit tempérer l’austérité de la dialectique.
Le talent remarquable de M. Boyer pour ce nouvel enseignement brilla surtout dans ses leçons sur la Relision et l'Église, sur la Justice et les Contrats. Des élèves d'élite, devenus depuis ses confrères, ou placés par ses savantes lecons, comme par l'exemple qu'il leur donnoit de toutes les vertus sacerdotales , à la tête du clerge de France, admiroient alors la rectitude de son esprit , la justesse de ses raisonnemens, les trésors de son érudiion. Maitre de sa matière, 1l lenvisageoit sous toutes ses
56 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1807| faces, et la reproduisoit selon ses diverses formes. Il posoit avec clarté l’état de la question, la dégageoit de tout ce qui étoit accessoire et inutile; et tantôt resserrant ou concentrant ses idées, tantôt les développant et les mettant dans un nouveau jour, il les classoit dans ce bel ordre qui en fait la lumière et la force. Souvent, pour avoir un excellentdiscours apologétique de la religion, ses élèves n’avoient qu’à transcrire la lecon du docte professeur. Ainsi on vit plus tard un de nos plus célèbres orateurs, à son début plein d'éclat dans la chaire chrétienne, se contenter de développer les notes qu'il avoit recueillies dans la classe de M. Boyer, et qu'il savoit parer, au besoin, des riches couleurs de sa brillante imagination. C’est ce que le vénérable Sulpicien appela avec une naïveté charmante précher ses cahiers ; et son admiration, d’ailleurs si méritée, fut chaudement acquise au prédicateur qui disoit n'être dans la chaire que l'écho de sa classe.
Dans l’été de 1806, l'enceinte de la chapelle des Allemands n’avoit pu suflire à la foule des jeunes gens. La police, sur le rapport d’un de ses agens, conçut quelque inquiétude au sujet du cours d'instructions religieuses qui s’y renouveloit toutes les années (1). Au commencement de 1807, sur l'invitation du comte Portalis, ministre des Cultes, il eut lieu dans l’église même. C'étoit donner à l’orateur le local vaste et commode dont il parle dans sa lettre à M. Émery.
MM. Bourdier-Delpuits et Le Surre, amis de M. Frayssinous, s’entretenoient avec lui de ses conférences, et l’apologiste leur répétoit souvent qu'il s'étoit senti, dès
(1) Jauffret, Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de
France, pendant les premières années du xix° siècle ; t. 1, p. 198.
sa jeunesse, porté à donner des instructions aux jeunes gens, et qu'il s’y étoit surtout préparé par la lecture de Bossuet. « Les prédicateurs doivent se nourrir de Bossuet, disoit-il à M. Le Surre ; il est inégal, et descend quelquefois très-bas : mais il se relève aussitôt, et, comme un aigle, plane dans les cieux, où il entraîne à sa suite les intelligences. Encore une fois, c’est Bossuet qu'il faut méditer pour se former à la prédication. » MM. Le Surre et Bourdier-Delpuits n’étoient pas d’avis que leur ami quittàt la chapelle des Allemands, dont l’enceinte modeste comportoit un stylé plus familier et demandoit d'ailleurs moins d'efforts, pour monter dans la chaire de la vaste église, que la voix de l’orateur devoit avoir plus de peine à remplir, et dont l'auditoire plus solennel exigeroit un ton plus digne, plus élevé, et plus difficile à soutenir. Ils craignoient tous deux un échec pour M. Frayssinous; mais ils ne tardèrent pas à convenir que son succès avoit heureusement trompé leurs prévisions et qu'il dépassoit même toutes les espérances.
Le cours s'ouvrit, le dimanche 4 janvier, en présence du comte Portalis (1), qui fut frappé du talent de l'orateur et de la vigueur de sa dialectique. Le cardinal Maury, autorisé, en 1806, à venir à Paris, assistoit aussi à cette conférence, où l’orateur parla de la nécessité d'étudier plus que jamais la religion. De la grande porte la foule s’étendoit à flots pressés jusqu'aux marches du sanctuaire. Du haut de la chaire , l'abbé Frayssinous dominoit ce vaste auditoire, et le remuoit profondément par sa parole éloquente , que secondoit la noblesse de son attitude et de son geste : il étoit
(1) Picot, Mélanges de philosophie, ete. t. AE, p. 45.
b8 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1807
imposant à voir, admirable à entendre : tant il y avoit de force et de majesté dans ce langage, expression si pure des vérités les plus élevées !
La conférence suivante, du dimanche 11 janvier, consacrée à prouver la Providence par l'ordre qui règne dans la nature, valut à M. Frayssinous cet hommage de M. Picot (1), qui a d’ailleurs trop peu parlé des conférences de cette époque :
« Il nous à paru que l’orateur possédoit à fond sa matière et la traitoit avec facilité , qu’il raisonnoit ävec justesse, que son style étoit attachant, son débit grave, et que son discours étoit digne et de la cause qu’il défend et du lieu où il parle. Les amis de la religion applaudiront sans doute au zèle qui l’anime et à l’usage qu’il fait de ses talens ; et ceux qui ont eu le malheur de fermer les yeux aux lumières de la foi pourroient être étonnés, s’ils venoient à ces conférences, de voir les objections de l’incrédule résolues avec sagacité, ses déclamations confondues sans aigreur ; et, en apprenant à connoître une religion, objet de tant de calomnies et en butte à tant d’outrages , peut être en viendroient-ils à l'estimer et à la chérir. »
La composition de l’auditoire, où se trouvoient habituellement des fonctionnaires publics et des personnes de toutes les classes, auroit dû rassurer suflisamment l’autorité. Tout à coup, cependant, sans en prévenir le ministre des Cuites, sans songer que tout cequiavoit rapport aux affaires ecclésiastiques étoit dans les attributions de ce ministre, on appela M. Frayssinous à la préfecture de police (2). On l’interrogea sur ses discours ; on s’étonna de ce qu'il ne parloit jamais de la gloire des armées françaises
(1) Picot, Mélanges de philosophie, ete. t. LE, p. 45. (2) Jauffret, Mémoires historiques, etc. 1. 11, p.1 99.
[1807 LIVRE 1. CHAPITRE VII. 5g
ni de la conscription militaire. En effet, Foucheé, pour vaincre la répugnance de la jeunesse à se soumettre aux lois de la conscription, avoit imaginé d’en faire recommander l’obéissance par M. Frayssinous. A cette bizarre exigence, il répondit qu'une telle matière étoit tout à fait étrangère à son sujet, et qu'il croyoit assez bien servir le gouvernement établi en formant de bons chrétiens. Le préfet de police, irrité, lui reprocha de précher le cagotisme et les pratiques superstitieuses. En vain, l'abbé Frayssinous chercha à se justifier et donna les explications les plus satisfaisantes. Ses conférences alloient être interrompues, s’il refusoit de se conformer à l’ordre de matières qu'on lui traçoit.
Le 17 mars 1807, le comte Portalis, qui avoit concu une haute estime pour le mérite de l’orateur, écrivit au ministre de la Police générale. Il lui fit observer que M. Frayssinous étoit un ecclésiastique estimable et éclairé ; que les reproches mêmes qu'on lui faisoit prouvoient qu'il ne s'étoit rien permis qui pût compromettre la paix publique, et donner occasion aux agens de la police d'exercer leur zèle. Il l’assura que, dans trois discours différens, à l’un desquels il avoit lui-même assisté avec le cardinal Maury, l’orateur avoit parlé convenablement de la gloire militaire de la France ; qu'il n'avoit rien dit du recrutement de l’armée, parce qu'il ne devoit pas en parler dans un discours entièrement étranger à cette matière, et qu'on seroit fondé à suspecter les intentions d'un ministre de la religion qui parleroit à tort et à travers sur un pareil sujet. Enfin, au reproche fait à l’orateur de prêcher le cagotisme et les pratiques superstitieuses, le ministre des Cultes ré-
pond que cet ecclésiastique n’a pu jusqu'alors s'occuper
que des grandes vérités de la religion naturelle; qu'ayant repris depuis peu ses conférences, il n’a présenté encore le christianisme que comme le plus beau système de religion que l'on puisse offrir à des nations civilisées ; qu'il n’a été question ni de culte, ni de dévotion, ni de simples pratiques de piété; que les rapports faits à cet égard sont donc sans fondement, et qu’on n’auroit pas dùû , sans les vérifier, mander celui qui en étoit l’objet; qu'il falloit respecter le caractère d’un homme dont aucune circonstance ne pouvoit faire suspecter les intentions, et ne pas décourager ceux qui cherchoiïent, comme lui, avec un généreux dévouement, à se rendre utiles à leurs semblables. Cette lettre du comte Portalis à Fouché nest pas moins honorable pour celui qui l’a écrite que pour le prêtre dont il couvroit le talent et le caractère de sa protection.
Buonaparte, alors à la tête des armées, ayant été instruit par le ministre des Cultes des diflicultés suscitées à M. Frayssinous, révoqua la mesure que Fouché avoit prise. On fit seulement entendre au conférencier de Saint-Sulpice qu'il auroit dû parler avec ‘éloge du chef de l'État. Le talent est une puissance, et Buonaparte n'en souffroit d'aucune sorte qui ne fussent ses tributaires.
M. Frayssinous devoit-il sacrifier l'œuvre si belle, l'œuvre de régénération qu'il venoit de commencer, pour une simple phrase? Il ne le pensa point. Mais sa phrase fut digne : il se borna à remercier Dieu d’avoir employé une main puissante à relever les autels.
Les grands principes de la loi naturelle furent l'objet des conférences de 1808 (1).
(4) Picot, Mélanges de philosophie, etc. 1. VI, p. 43.
[1808] LIVRE I. CHAPITRE VIII. Gt
Dans la maison de la Vache noire , d’où le séminaire fut successivement transféré rue Notre-Dame-des-Champs et rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice, M. Frayssinous avoit été l’un des maitres de l'abbé de Quelen, appelé à monter un Jour sur le siége de Paris. Au mois d’octobre 1808 , après avoir visité sa famille dans les montagnes du Rouergue, il amena dans la capitale le jeune Denis-Auguste Affre, né à Saint-Rome-de-Tarn, le 28 septembre 1793, et destiné à succéder au pieux et illustre disciple de M. Frayssinous dans la chaire de Saint-Denis. À peine àgé de quinze ans, M. Affre venoit se placer sous la tutelle de M. Boyer, son oncle. Pendant la première année qu'il passa au séminaire de Saint-Sulpice, M. Boyer, qui possédoit à un degré éminent le sentiment des beautés oratoires, aimoit à lui hire les oraisons funèbres de Bossuet, les plus beaux sermons de Bourdaloue et de Massillon , et, dans le cours de ses lectures, il s'arrêtoit fréquemment pour faire des remarques pleines de sens et d'originalité, mais toujours dictées par un goût sûr. Il n'est donc pas étonnant que M. Boyer rendit avec bonheur, dans ses sermons, ce qu'il sentoit avec tant de force.
M. Frayssinous, qui revoyoit toujours avec joie ses chères montagnes du Rouergue, alloit quelquefois goûter un moment .de repos plus près de Paris. Il s étoit lié avec toute la famille de C. dont le chef l’aimoit beaucoup. Madame la vicomtesse de S. fille de M. de C. habitoit souvent la terre de La Ronce, non loin d'Anet et de Chartres. Admis dans l'intimité de cette noble et pieuse famille, M. Frayssinous se plut à l'y visiter. L'endroit le plus solitaire étoit celui qu'il cherchoit de
préférence, et l’on conserve un gros chêne sous lequel
il alloit, disoit-il, arranger ses pensées. On le laissoit libre de travailler dans sa chambre ou dans le parc, et cette liberté étoit ce qui lui plaisoit le plus à la campagne. Le soir, il jouissoit du travail de sa journée : il lisoit à la familie réunie quelques passages des conférences que venoient de produire ses loisirs laborieux ; ou bien on faisoit de la musique, délassement qui lui causoit le plus vif plaisir. À sa prière, les nièces de madame de $. chantoient tantôt des cantiques, tantôt des morceaux de musique en chœur; et souvent il les.interrompoit pour chanter lui-même de petits couplets 1mprovisés avec esprit, qui annoncoient le calme et la joie de son ame. Ces vers, composés par M. Frayssinous, ont été trouvés au bas d’un portrait, laissé à ses amis pour les consoler de son absence :
Si de Verneuil le grand Apelle
M'eût peint le bonheur dans les yeux,
Sa main eût été plus fidèle :
A la Ronce, j'étois heureux.
Il étoit gai, mais avec dignité, ne riant jamais aux éclats; et sa gaîté toute naturelle animoit cette pete société. Il aimoit à causer avec le curé du village, qu'il estimoit beaucoup. Il s’entretenoit aussi avec les personnes les plus simples, sans jamais laisser apercevoir qu'il se crût plus d'esprit qu'elles n'en avoient ellesmêmes. La moindre chose l’amusoit ; et, si nous ne craignions pas de descendre à un détail minutieux ou trop peu grave, nous dirions qu'un chien auquel un curé du voisinage avoit appris mille tours d'adresse étoit pour lui, après de sérieux travaux, une innocente récréation ; de même qu'à Paris un serin, qui voltigeoit en toute liberté dans son appartement de l'Abbave-aux-Bois, avoit
le privilege de le distraire de ses plus profondes méditations. Son esprit s’'épanouissoit avec bonheur dans le charme de l'intimité ; son intelligence élevée se détendoit avec complaisance, pour puiser dans ce repos des forces nouvelles; et une simplicité qui reflétoit la candeur de son ame, étoit le cachet de toute sa conduite.
Sa correspondance de 1837 avec madame la vicomtesse de $. montrera quels doux souvenirs il conserva, dans la vieillesse, des jours qu'il avoit si heureusement passés à La Ronce auprès de ces dames pieuses, dont il dit à M. l’abbé L. : « Ce sont des femmes de la primitive Eglise. »