Tome IX, p. 291 : Méthode de prècher de Fénelon
Tome X, p. 1: Pensées de Leibniz sur la Religion et la morale.— Grands hommes qui ont honoré le christianisme, vengés des attaques du philosophisme.
Tome XI, p. 119: Préceples de Rhétorique, tirés des meilleurs auteurs anciens et modernes, par M. l'abbé Girard , ancien professeur d’éloquence.
Voici comment le prêtre, vraiment pénétré de la dignité de son état et des devoirs nouveaux qu'impose la situation présente, oubliant sa gloire pour ne songer qu'à une gloire rivale, répondit au message de l’Académie :
« Je prie M. Roger de croire que je suis très-sensible à sa démarche pleine de bienveillance à mon égard ; je vais à ce sujet lui parler sans aucun détour.
» Si, au moment de la restauration de l’Académie, j’avois été dans le cas de fixer le choix de Sa Majesté, sans doute j'eusse accepté d'en être membre ; l'honneur seroit parti de trop haut pour qu'il fût permis de s’y refuser; mais, au fond, la chose ne va pas à mes habitudes purement ecclésiastiques. D’après l’esprit de l’Académie, et dans l’état présent du clergé, ce n’est pas, ce me semble, une chose de bon gout pour un homme de ma robe d’aspirer au fauteuil. Et quel temps prendrois-je pour me présenter? Nous sommes peutêtre à la veille de nouvelles catastrophes; nous autres prètres, nous avons bien autre chose à faire qu'à penser aux honneurs académiques; nous pouvons être encore réservés à de grandes tribulations, et chacun de nous peut se dire avec quelque vraisemblance : Vincula et carceres me manent. D'ailleurs, il est pour moi une considération puissante, et que j'ai fait valoir dans une autre occasion : l’abbé de Boulogne est tout-à-fait du bois dont on fait les académiciens ; c'est incontestablement le premier orateur actuel de la chaire chrétienne; le fauteuil lui seroit bien certainement donné par le clergé; je sais bien que cela ne fait rien pour l’Académie, mais ce choix d’opinion sufhroit seul pour déterminer ma conduite.
» J'aimois M. de Fontanes. IL me seroit agréable de rendre un hommage public à sa mémoire : mais il me seroit aussi fort pénible de lui succéder, la chose füt-elle possible Fata obstant. »
Les conférences de Saint-Sulpice révéloient un grand talent : cette lettre met dans tout son jour quelque chose de bien supérieur au talent, un noble’ caractère.
Madame T. parente de M. Roger, étoit instruite de la démarche qu'il avoit tentée auprès de M. Frayssinous. Ce dernier lui écrivit, le 26 mars 1821 :
« Je ne voudrois pas, madame, être blâmeé par vous. Si M. Roger vous a communiqué ma lettre, vous connoïssez mes motifs. Je crois que ma manière d’agir est convenable, et les convenances sont aussi des devoirs.
» J’admire votre admiration. Mon nom n’est pasun nom, et ne le sera jamais : pour en être convaincue, lisez une page de Bossuet ou de Massillon. Si vous me survivez, comme cela doit être, vous verrez qu’un an après ma mort je serai oublié, excepté de quelques amis.
» Le petit discours de M. Roger sur M. de Fontanes m'a paru excellent. Veuillez l’en remercier pour moi. Je vous en charge, comme je vous prie d’agréer mes sincères et respectueux hommages. »
L'abbé Frayssinous avoit succédé à M. d’Astros, devenu évêque de Bayonne, en qualité de supérieur du monastère du Temple, fondé par la princesse Louise- Adélaïde de Bourbon-Condé, religieuse bénédictine de l'Adoration perpétuelle du très-saint Sacrement. Cette princesse s’occupoit avec zèle de la construction de l'élise extérieure du monastère, dont elle étoit la fondatrice et la première supérieure. La santé du cardinal de Périgord, archevèque de Paris, l'ayant empêché de se rendre au Temple, M. de Quelen, archevèque de Trajanople, son coadjuteur, y vint, le 28 mai 1821, pour bénir la première pierre de l'église, qui fut posée, au
nom de Madame, duchesse d'Angoulème, par madame
la vicomtesse d'Agoult. Cette cérémonie devoit inspirer l'abbé Frayssinous, et il prononça, en effet, avec la vive éloquence qui lui étoit propre, un discours qui a été imprimé dans la Vie de S. 4. S. Madame la Princesse L. A. de Bourbon-Condé (1).
« N’approchez pas de ces lieux, dit-il, sans donner quelques marques de respect et de crainte... car elle est sacrée la terre que vous allez fouler aux pieds... Oui, elle est sacrée, et par les infortunes inouïes, et par les vertus héroïques dont elle a été le témoin au temps de nos discordes impies, comme elle l’est aussi par la sainteté de ces filles du désert, de ces anges mortels qui l’habitent maintenant. C’est en ces lieux qu'a gémi, qu’a essuyé les traitemens les plus barbares, ce que la terre pouvoit avoir de plus digne de sa vénération et de son amour; c’est en ces lieux qu'ont été livrés à d’inexprimables angoisses les plus augustes victimes des fureurs populaires. O jours de sang et de larmes! O scènes déchirantes et cruelles! Forfaits à jamais lamentables, que je n'ose même rappeler, que tout cœur français voudroit effacer de son souvenir, comme des pages de notre histoire! Mais non, nous sommes condamnés à en porter éternellement la honte dans la postérité.
» Du moins, la religion a eu la gloire d’avoir fait tout ce qui étoit en elle pour les expier, pour réconcilier le ciel avec le peuple qui a eu le malheur de se rendre coupable. Ce monastère, qu'’est-il autre chose qu’un monument expiatoire de tous les sacriléges excès qui ont souillé la France, de tous les noirs attentats qui ont été commis contre la majesté de Dieu et celle de nos rois? C’est ici que, nuit et jour, gémissent au pied des autels des vierges sacrées, victimes innocentes et volontaires d’iniquités qui ne sont pas
(1) Tome E, p. 213. 11 y a quelques différences entre cette copie et le manuscrit qui est sous nos yeux. C’est le manuscrit que nous suivons.
les leurs ; c’est ici que la prière, les jeünes, les veilles, les austères observances, les soupirs de cœurs contrits et humiliés ne cessent de monter, comme un encens d’agréable odeur, vers le trône de la justice, mais aussi de la clémence éternelle, pour en faire descendre sur la famille royale, sur la France entière, la grâce et la miséricorde ; c’est ici que se forme un essaim de jeunes chrétiennes, qui, nourries dans l'amour de leur Dieu et de leur roi, porteront un jour dans le siècle les vertus et les sentimens qu’elles auront puisés dans ce saint asile. Ainsi la religion se venge de ses ennemis, en expiant le passé, en sanctifiant le présent, en préparant l'avenir.
» Voyez comme, dans cette cérémonie dont elle est l'ame, tout est noble et touchant! Au lieu d’un simple oratoire qui lui étoit consacré dans un espace trop étroit (1), un temple s'élève, plus digne d’elle, sous les auspices de la Reine des cieux, de celle qui est si particulièrement la patronne de la France et de la race de nos rois. Il doit être érigé sous l’invocation du saint monarque, père des Bourbons, qui, du haut des cieux, veille encore sur ses enfans et sur son peuple. Et à qui cette capitale devra-t-elle ce monument de piété chrétienne? A la munificence d’une-servante de Jésus- Christ, illustre par sa naissance, plus illustre encore par ses vertus, qui, cachant le beau nom de Condé sous l’humble dénomination de Sœur de la Miséricorde, est venue ensevelir dans la solitude tout l’éclat et toutes les grandeurs du siècle. Au nom de qui est posée la première pierre du saint édifice ? au nom de ce que le malheur, le courage, la bonté, ont de plus touchant, comme la France de plus cher, au nom de l’auguste orpheline du Temple. Ah! sans doute elle seroit bien capable de fixer d’un œil ferme les ruines du
(1) En attendant que l’église fut achevée, on disoit la messe dans une pièce où Louis X VI avoit été enfermé, le 13 août 1792, avant d’être conduit à la tour.
palais de ses pères, et même les lieux qui n’auroient été que le théâtre de ses propres douleurs ; mais ne demandons pas à sa piété filiale de revoir des lieux où ses bienheureux parens ont tant souffert. Qu'il nous suflise qu’elle nous console de son absence par une si fidèle et si digne dépositaire de ses sentimens et de ses pensées. Si le pasteur, également chéri et vénéré, qu’une Providence toute miséricordieuse avoit réservé au siége du glorieux saint Denis, n’a pu satisfaire aux désirs de son cœur; s’il n’est point ici pour lever ses mains vénérables sur cette enceinte et la bénir, il est en quelque sorte présent par un autre lui-même, par ce prélat qui doit un jour hériter de son amour pour nous, comme de notre amour pour lui.
» Pontife du Seigneur, appelez toutes les bénédictions du ciel sur les fondemens de cet édifice sacré! Que par vos mains la religion lui imprime son caractère de stabilité et de durée, et que ce monument de la piété de Louise de Condé traverse les siècles, comme les monumens que la piété de saint Louis consacroit, il y a six cents ans, au bien de la religion et de l'humanité! »
M. Frayssinous, supérieur du monastère du Temple, le fut de plusieurs autres maisons religieuses : les Filles du Calvaire, la Visitation de la rue Vaugirard et le Sacré- Cœur, objet particulier de son affection. |
Madame, duchesse d’Angoulème, à qui 1l est fait allusion dans le discours que nous venons de transcrire, se rendit aux eaux de Vichy, où l'abbé Frayssinous se trouva, le 24 juin, jour de la procession du Saint-Sacrement. L'orateur de Saint-Sulpice, prêchant devant la princesse, en ce jour, fit contraster la chaire modeste de la simple bourgade où il se trouvoit avec les chaires brillantes de la capitale.
« Dans les bourgs et les campagnes, dit-il, notre minis-
tère s’adresse presque uniquement à une seule des classes de la société, à celle des laboureurs, des artisans, des ouvriers, qui sont condamnés à porter le poids de la chaleur et du jour, et qui trop souvent mangent un pain détrempé de leurs sueurs et de leurs larmes. La voix du pasteur ne s’y fait entendre qu’à son seul troupeau, et ses instructions paternelles ont les mêmes limites que la famille chrétienne qui est confiée à sa sollicitude. Au contraire, dans la capitale surtout, le prédicateur de la parole sainte s’adresse, non pas seulement à ses habitans, mais à un grand nombre d’étrangers qui affluent de toutes parts dans ses murs, à toutes les conditions qui partagent la vie humaine, à ce qu’il y a de plus riche, comme à ce qu’il y a de plus pauvre, à ce qu'il y a de plus élevé comme à ce qu’il y a de plus obscur. Nous, en particulier, lorsque, du haut de la tribune sacrée de l'un de ses temples les plus beaux, nous élevons la voix devant une nombreuse et florissante jeunesse, accourue de toutes les provinces au sein de cette reine des cités pour y puiser l'instruction comme dans sa source, nous croyons parler en quelque sorte à la France entière, dans la personne de ses enfans d'élite, précieux gage de ses espérances, et cette pensée a contribué peut-être plus d’une fois à donner plus d’essor à notre zèle, et plus de force à nos discours. »
En effet, ces jeunes gens, transformés au pied de la chaire de Saint-Sulpice, où ils passoient de l'incrédulité à la foi, de l'indifférence à la pratique des devoirs du chrétien, se répandant ensuite de Paris dans les provinces comme autant de missionnaires de la vérité, et portant dans leurs familles la lecon de leurs exemples encore plus eflicace que celle de leurs paroles, il étoit évident que, dans leurs personnes et par leur entremise, le célèbre conférencier évangelisoit toute la France. Mais, ce qu'il étoit naturel de trouver dans la capitale,
il le rencontroit à Vichy par un concours particulier de circonstances. Son auditoire renfermoit des personnes de tous les rangs, de tous les âges, comme des diverses contrées de la France, attirées en ces lieux par la réputation de leurs bains salutaires, mais qui, en cherchant la santé du corps, ne devoient pas oublier la santé de l’ame. 1] leur disoit donc, comme Jésus-Christ à la femme de Samarie, assise au bord du puits de Jacob :
« O! si vous connoissiez le don de Dieu, vous demanderiez, non pas cette eau qui désaltère le corps, mais cette eau vive qui jaillit jusqu’à la vie éternelle. »
Rien n’égale, pour la délicatesse et l’à-propos, l’allusion qu'il fait à la présence de #adame, duchesse d’Angoulème.
« Encore que Dieu seul soit grand, mes Frères, et que toute grandeur humaine s’efface devant la sienne, toutefois nos foibles imaginations sont plus ébranlées, plus émues, quand nous voyons ce que la terre a de plus auguste s’abaisser devant celui qui, dans nos livres saints, s’appelle le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Heureux jour que celui qui, au milieu d’un peuple pieux et fidèle, nous fait voir tant de grandeur unie à tant de bonté, aux pieds du Dieu . très-grand et très-bon! Si nous voulions emprunter ici le langage du Prophète au sujet de Bethléem, petite ville de Juda, ne pourrions-nous pas dire, toutes proportions gardées, du lieu que nous habitons pour un temps : « Modeste cité, tu n’es pas en ce jour une des moindres villes de France, puisque, pour ta gloire et ton bonheur, tu possèdes seule dans ton sein ce qui te rend rivale de la capitale elle-même!»
C’est encore à l'auguste princesse quil consacra les dernières paroles de son discours.
« Par reconnoissance et par amour, dit:l au peuple de
Vichy, vous apprendrez à la première enfance le nom de cette bienfaitrice, qui n’est connue dans cette contrée que par les heureux qu’elle fait. Si c’est pour la dernière fois qu'il nous est donné de prier dans ce temple avec elle et pour elle, redoublez de vœux et de supplications ; conjurez plus que jamais le ciel de lui accorder tout ce qui, en faisant son bonheur, feroit le nôtre; et faisons retentir à son oreille ce cri des cœurs français, ce chant religieux et guerrier tout ensemble, signal de l'honneur et de la fidélité : Seigneur, sauvez le Roi, Domine, salvum fac Regem. Ecoutez les vœux que nous vous adressons pour son bonheur et pour celui de son auguste famille, désormais inséparable de celui de la France : Et exaudi nos in die qu& invocaverimus te. »
C’étoit la quatrième fois que l'abbé Frayssinous terminoit ainsi une péroraison. Celle du discours prononcé à l'École normale, celle du troisième discours sur la révolution francaise, et celle de l'éloge de Jeanne d'Arc reproduisent, avec les mêmes paroles, le même élan d'amour et de dévouement.
Le 7 juillet 1821, M. Frayssinous écrivit de Vichy à M. le marquis de Clermont-Tonnerre :
« Vous n’apprendrez pas sans un vif intérêt que Madame a été ici d’une amabilité parfaite, et qu’elle a été trouvée telle par tout le monde. Le séjour qu’elle a fait à Vichy ne sera pas perdu à dix lieues à la ronde pour sa famille et la monarchie. »
M. de Clermont-Tonnerre siégeait à la chambre des . 2 . . . A Pairs. L’abbe Frayssinous lui dit dans la même lettre : « Avec vos sessions ridicules par leur longueur et par le genre d'occupation qu'on vous y donne, on ne peut trop sa
voir quand vous serez libre. Dien soit loué de tout! Mais c'est une singulière monarchie que celle au sein de laquelle, pen-
dant huit mois de l’année, des missionnaires d’anarchie la prèchent impunément tous les jours, sous le manteau de leur inviolabilité. »
De retour à Paris, il remplit, le 22 juillet, un engasement que l'amitié lui avoit fait contracter.
Les conférences de l'abbé Frayssinous étoient logiquement enchainées les unes aux autres. Après en avoir composé une sur le sacerdoce chrétien, où il examinoit les avantages qui en résultent pour l'humanité et les reproches qu'on lui a faits, il crut utile, pour rendre sa thèse plus sensible, de personnifier le sacerdoce dans un de ses membres; et de là une admirable conférence sur saint Vincent de Paul, dont le portrait, placé entre ceux de Bossuet et de Fénelon, étoit, nous l’avons dit, le seul ornement de sa modeste demeure. 11 semble que, l'ayant sans cesse sous les yeux, M. Frayssinous ait pénétré jusqu'au fond de l’ame de ce héros de la charité, qu'il voulut proposer comme le prêtre par excellence aux ennemis comme aux amis de l’Église.
Le docteur Pignier, qui lui avoit entendu prononcer cette conférence, à Saint-Sulpice sous l'Empire, et sous la Restauration, dans l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dirigeoit alors l'établissement des Aveugles- Travailleurs, placé dans les batimens de l’ancien séminaire Saint-Firmin, rue Saint-Victor. Or, saint Vincent de Paul avoit habité cette maison, en 1625 et 1626, lorsqu'il commencoit à former sa congrégation des Pretres de la Mission, et on y montre encore la chambre quil occupoit. Ces lieux, si long-temps l'asile de la piété et de la paix, virent, il ÿ a cinquante ans, des scènes de désolation et de carnage; et des enfaps de Vincent de
Paul y périrent, en septembre 1792, vicumes d'une
impiété cruelle. Rempli de ces souvenirs, le docteur Pignier eut la pensée d'honorer avec éclat la mémoire de saint Vincent dans le lieu même où il avoit exercé son zèle, et où des enfans si dignes de lui avoient cueilli la palme du martyre. M. Frayssinous, cédant aux instances de cet ami, convertit la conférence sur saint Vincent de Paul en un panégyrique. Il abrégea son séjour à Vichy pour venir prononcer ce discours, que plusieurs Sœurs de la Charité, présentes à la cérémonie, ne purent entendre sans émotion au milieu des souvenirs si divers que rappeloit l’un des premiers asiles de leur fondateur. L'orateur n'eut à modifier que l’exorde et la péroraison.
Prenant son texte de ces paroles du premier livre des Rois : Suscitabo mihi sacerdotem fidelem, qui juxta cor meum et animam meam faciet, il dit que saint Vincent a été, en effet, suscité de Dieu pour la sanctification des hommes et pour le soulagement des malheureux.
L'Église étoit désolée, à la suite de nouveautés funestes, lorsque celui qui commande aux vents et à la tempête tira des trésors de sa miséricorde quelques-uns de ces hommes rares qu'il envoie de temps en temps pour renouveler la face de la terre.
« C’est Ignace de Loyola, fondateur d’une société dont la dénomination guerrière atteste qu'elle est faite pour combattre, et qui, dès son origine, vole aux extrémités du monde pour conquérir à l'Église Romaine plus de royaumes que n’a pu lui en ravir une scission qu’elle déplore. C’est le cardinal Borromée qui donne au monde le spectacle des plus héroïques vertus, et, par la réforme salutaire opérée au milieu de ce peuple confié à sa sollicitude, prépare celle de tous les autres. C'est François de Sales qui, sans ôter à l'Ev angile de
318 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1821] son incorruptible sévérité, sait prêter à la vertu tant de charmes, et lui gagne tant de cœurs par ses écrits et sa conduite. Jusqu'ici c’est l'Espagne, l'Italie, la Savoie, qui ont donné à la terre ces hommes de Dieu puissans en œuvres et en paroles, destinés à régénérer les nations. Mais la France ne sera point oubliée dans ce partage des faveurs célestes : Vincent de Paul lui est donné, et le royaume très-chrétien n’a plus rien à envier à ses voisins. »
Vincent ne se présente pas à la postérité avec des écrits où éclate la beauté du génie, mais avec des institutions qui sont le fruit de la plus haute sagesse.
Rappelant dans une première partie ce qu'il a fait pour la sanctification des hommes, M. Frayssinous montre saint Vincent de Paul jetant les fondemens d’une société destinée, dans l’origine, à évangéliser les peuples des campagnes, et connue sous le nom de Congrégation des Prêtres de la Mission.
« Jamais, dit l’orateur, la religion ne me paroïît plus belle, plus touchante, plus divine, que dans les soins qu’elle donne aux classes les plus délaissées de la société. Tandis que la sagesse humaine ne fait entendre qu’à un petit nombre de riches et d’heureux du siècle ses doctes leçons ; qu’elle est bien plus occupée à faire des hommes instruits que des hommes vertueux ; qu’elle laisse aux classes inférieures leur ignorance et leurs vices, la religion se répand dans les campagnes, visite les chaumières, s’abaisse à la portée des simples, et leur äonne des instructions qui adoucissent leurs mœurs, perfectionnent en eux les sentimens d'humanité, mettent un frein aux penchans d’une nature corrompue, tempèrent le joug des pénibles travaux. La religion est toute l’éducation du peuple, et sans elle que seroient les habitans des campagnes? Rien autre chose que des hordes sauvages. C'est pour eux que vit et respire le cœur de Vincent. A
l'exemple du modèle de tous les pasteurs, il se dévoue à l’instruction de tout ce qui semble n’avoir en partage que l’ignorance et la grossièreté. Par lui, les savans ne sont pas dans l’admiration, les politiques ne sont pas déconcertés, la terre n’est pas dans l’épouvante ; mais il pourra dire, comme le divin fondateur du christianisme : Par moi les pauvres sont évangélisés. Rien de plus foible, rien de plus obscur que les commencemens de la congrégation de ces hommes apostoliques : ils ne sont distingués ni par la naissance, ni par un vaste savoir, ni par la sublimité de leurs talens ; mais, s’ils n’ont pas le génie de la science, ils ont quelque chose de plus excellent encore, le génie de la charité. C’est le grain de sénevé de l'Evangile : Laissez-le croître ; et, fécondé par l’esprit de vie, il deviendra un grand arbre, qui étendra de toutes parts ses rameaux salutaires. Le saint fondateur, avant de terminer sa carrière, aura la consolation de voir ses enfans exercer leur zèle dans le Piémont, l’État de Gênes, la Pologne, les îles Hébrides, et jusqu’à Madagascar... Il revivra dans cette congrégation de prêtres... que nous avions eu la douleur de voir disparoïitre comme tant d’autres, et que nous voyons renaître sous nos yeux pour la gloire de l’Eplise de France. Puisse-t-elle, toujours héritière de la piété comme des bonnes doctrines de ses pères, contribuer puissamment à la perpétuité du sacerdoce au milieu d’un peuple depuis si long-temps en possession d’être gouverné par de saints pontifes et de saints pasteurs ! Jeunes lévites, formés à l’école de saint Vincent de Paul, c’est à vous, en particulier, qu’il appartient de marcher sur ses traces, de faire revivre la beauté des anciens jours, d’être l'édification des peuples comme l’ornement du sanctuaire, et de devenir au milieu d’eux la lampe ardente par le feu de la charité et brillante par l'éclat de la doctrine. Ce seroit peu pour vous et pour les fidèles qu’une vie régulière : il vous faut ce zèle qui fait les apôtres, et qui est plus nécessaire encore pour ramener les déserteurs de la foi que pour éclairer les infidèles. »
Nous avons dù citer ce morceau qui témoigne de la tendre prédilection de M. Frayssinous pour les Prêtres de la Mission, dont il devint, à l'époque de son minisière, l’un des plus insignes bienfaiteurs.
Dans une seconde partie, il montra saint Vincent de Paul comme l'instrument de la Providence pour le soulagement des malheureux, et fut ainsi amené à parler de l'établissement des Filles de la Charité.
«C’estbienici,dit-il,lechef-d’œuvre dela charitéchrétienne; c’estune institution qui n’a pas eu de modèle dans l'antiquité, etqui seule sufliroit pour faire de Vincent de Paul le premier bienfaiteur de l'humanité. Je ne sais comment il arrive que nous allons chercher dans les pays lointains ou dans l’obscurité des temps anciens dessujets d’admiration, tandis que nous oublions les choses vraiment admirables que nous avons sous les yeux. Quel spectacle, en effet, plus ravissant, plus digne des regards du ciel et de la terre, que celui qu'offrent au milieu de nous les Filles de Vincent de Paul? A la fleur de leur âge, des vierges chrétiennes s’arrachent à leurs familles, renoncent aux plaisirs de la terre, à ce que le monde peut leur promettre de douceurs, souvent aux espérances que donnent l’éducation, la fortune, les qualités du corps et de l'esprit; et pourquoi? Pour se dévouer à passer leur vie dans les asiles de la misère, auprès du lit des malades, répandant tous les bienfaits qui sont en leur pouvoir, et toujours du moins versant le baume des consolations, souvent plus nécessaire que les secours mêmes. Une multitude de ces héroines chrétiennes se répandent sur le sol de la France, toujours prêtes à voler où les appelle le cri de la douleur et de l'infortune, semblables à des anges descendus du ciel pour la consolation de la terre. Voilà le trésor que possède notre patrie, qu'une impiété farouche auroit voulu nous ravir, comme si elle étoit jalouse d’un bien qu’elle étoit dans l’impuissance de faire elle-même. Si l’on pouvoit interroger ici
tous les malades, tous les infirmes, tous les guerriers blessés qui ont été confiés aux soins de ces Filles généreuses, nous pourrions bien en appeler à leur témoignage, sans craindre d’être démenti, et leur demander s’il est possible de trouver ailleurs plus de bonté, plus de zèle, plus de tendre sollicitude. L’innocence est dans leur cœur, la modestie sur leur front, la pitié dans leurs yeux, la douceur et la paix sur leurs lèvres; leurs mains ne sont industrieuses et actives que pour le soulagement de l'humanité; oui, elles ont pour les malheureux des entrailles maternelles; elles disent, avec l’apôtre : Qui de vous souffre, sans que je souffre avec lui? On peut bien dire que le nom qu'elles portent exprime avec autant de simplicité que d'énergie leurs sentimens, non moins que leurs devoirs. Elles sont Filles de la Charité. »
La péroraison de ce panégyrique fut encore modifiée, lorsque M. Frayssinous le prononça dans l'enceinte où les pieuses filles de Saint-Vincent de Paul se préparent à remplir leur mission sublime. Dans un voyage à Amiens, le célèbre orateur fit aussi entendre ce beau discours dans la chapelle du grand séminaire, qui est confié aux Prêtres de la Mission.
On parle de M. Frayssinous pour le siége de Belley.— Projet que l’on à sur lui, révélé par une lettre de M. de Quelen.— Discours pour la bénédiction d’une premiere pierre. — Legs du cardinal de Périgord à M. Frayssinous.—Il est question de le nommer premier aumônier du Roi et évèque 17 partibus. —Ses refus, et sa tristesse, lorsqu'il accepte ces fonctions. — Compliment à Louis XVII. — Réponses qui montrent toute sa surprise.
Au mois de septembre 1821, plusieurs journaux annoncèrent que l'abbé Frayssinous étoit appelé à occuper D) {
322 VIE DE M. FRAYSSINOUS. [1821 | le siége de Belley, et le Moniteur accrédita cette nouvelle. L’Æmi de la Religion déclara, le 22 septembre (1), que l'illustre apologiste, qui avoit refusé l’épiscopat quatre années auparavant, pour se livrer à un genre de ministère où il obtenoit de si éclatans succès, n'aspiroit qu'à être utile à l'Eglise dans cette carrière que la Providence sembloit elle-même lui avoir ouverte.
Une lettre, écrite le 18 septembre par M. de Quelen à l'abbé Frayssinous, indique qu'on avoit alors des vues sur J’humble prêtre qui refusoit l'épiscopat.
«Je vous envoie, mon très-cher maître et ami, disoit le coadjuteur, la preuve écrite de ce que j'ai eu l’honneur de vous dire hier soir. Vous verrez, par la date de cette pièce, que Son Éminence avoit profité du bon moment, celui qui suivit le baptème (2) et l’époque où l’on pouvoit le plus se flatter. Le Roi seul connoît cette affaire, et, en vérité, vous ne devez y mettre nul obstacle. Songez dans quel temps nous sommes, et pensez devant Dieu combien il est important d’entourer un jour ce berceau porté sur des flots agités et battu par des vents contraires. Pour moi, c’eût été le plus beau jour de ma vie, si j'avais vu réussir ce projet. Laissez faire; gardez la modestie, sans doute, et dites à Dieu : Ante Dominum qui elegit me, vilior fiam plus quam factus sum, et ero humilis in oculis meis; mais ajoutez aussi avec le même sentiment : Æt gloriosior apparebo. Je vous assure que je n’ai devant moi que la gloire de Dieu et de l'Église.
» Priez pour moi le bon Pasteur, le grand Pasteur des brebis, comme lappelle saint Paul, et demandez pour unique
orâce que j'en puisse ramener un grand nombre sous son aimable houlette.
» Tout vôtre en Notre-Seigneur. + H. C. pe P. » (1) T. XXIX, p. 181.
(>) Les cérémonies du baptême furent suppléées, le ret mai 1891, à
M. le duc de Bordeaux, dans la basilique de Notre-Dame.
[1 521 | LIVRE I. CHAPITRE XXVIIT. 323 Dans un post-scriptum, le prélat ajoute :
« Le rétablissement du culte de Sainte-Geneviève, celui de la Sorbonne, et la construction d’un séminaire, c’étoit le triple objet des vœux et desefforts de Son Éminence, dont je crains de devenir trop tôt l'héritier. La nuit a été très-mauvaise ; les forces sont encore diminuées ; ce matin, elle a été plus tranquille. Je crains pour ce jour (18 octobre) où elle aura quatre-vingt-cinq ans accomplis. »
Le 8 octobre, l'abbé Frayssinous fit un discours pour la bénédiction de la première pierre de la chapelle du monastère de la Visitation, rue Vaugirard. Elle fut posée par madame la duchesse douairière de Duras, l’une de ces dames chrétiennes, dont il dit qu'elles étoient illustres par la naissance, plus illustres encore par leurs vertus. Il montroit avec confiance leur vie entière aux amis de la religion qu'elle devoit réjouir, et à ses ennemis quelle forcoit au respect.
Quelques jours à peine s’écoulèrent, et il vit se vérifier le triste pressentiment de M. de Quelen. Le cardinal de Périgord mourut le 20 octobre. Ce prélat, reconnoïssant des avis qu'il devoit à la prudence de M. Frayssinous, lui légua sa croix pectorale (1), comme dernier témoignage d'estime. Il ne pouvoit marquer d'une manière plus délicate, combien il regrettoit que le célèbre orateur eût refusé l’épiscopat auquel l'appeloient le vœu du Roi, le choix du grand-aumônier et la voix publique. Ce legs, expression d’un regret si honorable, fut d’ailleurs un présage pour l'avenir. En vain l'abbé Frayssinous avoit décliné l’épiscopat : Louis XVHIE,
(1) L’Ami de la Religion, t. XXIX, p. 357, dit queS. E. par son testa-
ment, fit don à M. Frayssinous de ses deux croix pectorales.
à qui le cardinal montra ainsi combien il en étoit digne, devoit l’imposer à sa résistance. Dès lors, le légataire de M. de Périgord porta de préférence, tous les jours de sa vie, la croix qu'il avoit recue de $. E. Elle est aujourd'hui au grand séminaire de Rodez, auquel il a légué, à son tour, par son testament, ses croix, ses mitres, sa crosse, etc.
La mort du cardinal placa sur le siége de Paris, dans la personne de M. de Quelen, son coadjuteur et son fils adopüf, l’ancien disciple de M. Frayssinous.
M. de Périgord avoit émis la pensée, accueillie par Louis XVIIT, que la charge de grand-aumônier de France réclamoit un nom historique qui répondit à cette dignité par son éclat. Le prince de Croï, issu comme les Périgord d’une maison souveraine, et dont la piété rehaussoit l'illustration, recueillit donc cette part de l'héritage de l’ancien archevêque de Paris.
M. Feutrier, vicaire-général de la grande-aumônerie, jouissoit alors d’une haute confiance, à raison de son zèle, de sa capacité, et de ses rapports intimes avec tout ce que le clergé comptoit de plus illustre. Disciple de M. Frayssinous, après M. de Quelen, sachant le mérite solide et la portée du maître qui lui avoit naguère enseigné la théologie, 1] suggéra au duc de Richelieu, président du conseil des ministres, l’idée que le prince de Croïi trouveroit en M. Frayssinous un utile auxiliaire, si les fonctions de premier aumônier du Roi, vacantes par la mort de M. de Bonnac, ancien évêque d'Agen, lui étoient conférées. Ces fonctions sont ordinairement confiées à un évêque. Dans le dernier siècle, le duc de Coiïslin, évêque de Metz; le duc de Fitz-James, évêque de Soissons ; M. de Roquelaure, évêque de Senlis, furent successi-
ment aumôniers du Roi. En dernier lieu, M. de Bonnac. ancien titulaire d'Agen, étoit aussi revêtu du caractère épiscopal. Cependant, M. Frayssinous, qui avoit constamment refusé l'épiscopat, devoit être moins disposé encore à l'accepter dans le cas où un emploi à la cour l’empécheroit de résider dans le diocèse. « Mais il refusera un évêché, répondit le duc de Richelieu. — Oui, un évêché ayant charge d'ames. Ne pourriez-vous pas le faire nommer évêque #7 partibus ? » C’étoit, en effet, le moyen d'empêcher que la capitale ne füt privée de” l'influence de ses exemples et de l'autorité de ses lumières.
Un autre obstacle sembloit s'opposer à l'accomplissemen de ce projet, car l'usage réservoit les places superieures dans la chapelle royale aux ecclésiastiques de familles nobles et qualifiées. Mais MM. de Coislin, de Fitz-James, de Roquelaure, de Bonnac, ne se serotent sans doute pas trouvés humiliés d’avoir un successeur d'un nom cher à la religion, et universellement respecté dans le monde. Ce qu'ils auroiïent eux-mêmes desiré, Louis XVIII le réalisa : 1l jugea qu'un beau talent, relevé par le plus noble caractère, donnoit aussi des droits aux honneurs de sa maison. Comme on s’étonnoit, autour du monarque, de sa résolution : « Je crois, ditil, avoir lu dans l'histoire qu'Amvyot fut grand-aumonier de France. » Ce mot coupa court aux observations.
Informé du choix de Louis XVII, M. Frayssinous repondit respectueusement que sa position ne lui permettoit point de recevoir une pareille faveur, que tout au plus il pourroit accepter la charge d’aumônier ordinaire. On insista, et à son tour il renouvela ce refus. Telle étoit
son anxiele. qu elle détermina une crise nerveuse, qui
le réduisit pendant huit jours à ne pas quitter l’Abbayeaux-Bois. La lutte de son humilité contre une bienveillance intelligente eût duré long-temps, si un ordre exprès du Roi ne l’eût terminée tout à coup. Arrachant le mérite modeste à sa paisible retraite, pour le décorer d'un titre éminent, Louis XVIII nomma, le 19 novembre, M. Frayssinous son premier aumônier : choix heureux dans lequel le clergé vit un gage de protection, et un sujet d'espoir pour les destinées futures de l’Église de France. Le marquis de Lauriston, ministre de la maison du Roi, l’'annonca en ces termes à celui qui en étoit, malgré lui, l’objet :
« Paris, 10 novembre 1821.
« Monsieur l’Abbé,
» J'ai l'honneur de vous prévenir que le Roi, par une ordonnance de ce jour, vous a nommé son premier aumônier en remplacement de M. de Bonnac. Je suis heureux, en vous transmettant une ampliation de l’ordonnance de Sa Majesté, d’avoir à vous offrir mes félicitations sincères sur cette marque honorable de la bienveillance du Roï, à laquelle il n’est personne qui ne s’empresse d’applaudir.
» Recevez, etc.
» Le Ministre Secrétaire d'Etat de la Maison du Ro, » Marquis De LAURISTON. »
Une autre ordonnance du 11 novembre adjoignit le premier aumônier du Roi au grand-aumônier de France pour le travail relatif à la présentation aux titres ecclésiastiques et pour toutes les affaires comprises dans ses attributions; en sorte que, le prince de Croï venant à s’absenter, le clergé ne devoit pas cesser d’avoir auprès du trône un organe fidèle et un avocat dévoué. La nou-
velle de cette nomination étant arrivée, bien qu avec un caractère incertain, à M. Bodé, confesseur de M. Frayssinous, il alla s'assurer auprès de lui de la réalité des bruits qui se répandoient : « Il n’est que trop vrai, dit le premier aumônier, et c'est la menace. qu'on m'avoit faite de cette position qui m'a rendu malade depuis huit Jours. »
M. Frayssinous, aussitôt après sa nomination, dut aller faire ses remerciemens au Roi, et, entre autres choses, il lui dit : « Ce que je trouve de plus extraordinaire dans cette place, c'est de m'y voir. » Allusion qui plut beaucoup à Louis X VIT.
Quoique la duchesse de Bourbon ne fût pas toujours soumise à ses décisions dogmatiques, elle l'accueilloit néanmoins avec empressement, Le premier aumônier étant allé lui faire sa cour, et la remercier de l’avoir fait complimenter à l’occasion de sa nouvelle dignité, la princesse se leva pour aller au-devant de lui, et, après les complimens convenables : « Quelque charmée que je sois, lui dit-elle, de voir la grâce du Roï et son choix tomber sur vous, monsieur l'abbé, je n’ai pu m'empêcher d'en éprouver un peu de surprise. » M. Frayssinous, avec sa simplicité ordinaire, sourit, et, haussant les épaules, répondit : « Madame n’en est certes pas plus étonnée que moi. » Si la princesse, quoique pleine d'estime pour le talent de M. Frayssinous, s’étonnoit qu'on l'élevàt, malgré sa modeste origine, à une dignité réservée aux ecclésiastiques des plus nobles familles, de son côte 1l ne comprenoit pas qu'on lui supposàt un talent assez remarquable pour suppléer exceptionnellement à la condition d'une haute naissance. |
Ce qu'il avoit répondu à la duchesse de Bourbon, 1l
l’écrivit, le 13 novembre, à M. le marquis de Clermont- Tonnerre :
« Il est tout naturel que M. de Clermont-Tonnerre soit étonné de ma nouvelle dignité ; mais il ne l’est pas plus que