‹ Vie de M. Frayssinous, évêque d'HermopolisChapitre 12 sur 75 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite de la discussion entre l'archevêque de Paris et le grand-aumônier. — M. l'abbé Jean de La Mennais est remplacé par M. l'abbé Perreau.

Par l'arrangement provisoire conclu au mois de février 1822 entre l'archevêque de Paris et le grandaumonier de France , les droits du premier étoient

[1824] LIVRE II. CHAPITRE XII. 44q

parfaitement à couvert, et tous les actes du second éminemment valides. Le devoir des deux parties étoit d'user d'une sage patience, jusqu'à ce qu'une autorité supérieure compétente eût prononcé sur la contestation.

Le grand-aumonier ayant adressé, au commencement du Carême de 1823, un Mandement aux aumôniers de l'armée, ceux des régimens en garnison à Paris reçurent, au moment même de la messe militaire où ils dévoient en faire la lecture, défense par l'archevêque d'y procéder sous peine d'interdit.

Le 30 octobre, en l'absence du grand-aumonier qui se trouvoit à Strasbourg, M. de Quelen notifia aux chapelains de la Maison royale d'éducation de la rue Barbette, que l'arrangement provisoire en vertu duquel le prince de Croï gouvernoit cette maison au spirituel avoit cessé 5 qu'ils dévoient le regarder dorénavant comme leur seul supérieur et préparer les personnes de la maison à sa visite j et, sur l'observation de ces ecclésiastiques qu'il ne leur appartenoit pas de trancher une question aussi grave, l'archevêque leur interdit toutes fonctions, même la célébration de la messe. Il est vrai que M. de Quelen admettoit qu'au moment de l'arrangement provisoire le prince de Croï lui avoit simplement demandé quelques mois pour se pourvoir et produire un titre canonique, qui tînt lieu apparemment de ceux qu'il savoit avoir été brûlés en 1703.

Le grand-aumonier, qui n'accordoit pas qu'il se fût engagé à produire un rescrit pontifical au bout de quelques mois, se plaignit de ce que l'archevêque avoit prétendu annuler de sa seule autorité une transaction que la volonté ou l'action d'une des parties ne pouvoit anéantir.

45o VIE DE M. FRAYSSINOUS. [l824]

Le comte de Villèle, président du conseil des ministres, pressa le grand-aumônier de remettre à un tiers tous ses droits, à condition que l'archevêque lui remettroit également tous les siens. Le prince de Croï accepta cet arrangement, d'après lequel les choses seroient restées dans un état provisoire, jusqu'à l'époque où le Roi auroit pu réunir et consulter les pairs ecclésiastiques : mais M. de Quelen ne crut pas pouvoir y souscrire (1).

Pour arrêter un conflit fâcheux, le prince de Croï proposa le seul parti qu'il y eût à prendre, c'est-à-dire de recourir au Saint Siège, qui, sur un exposé présenté au nom du Roi, auroit fait la concession nécessaire : ce fut précisément le parti qu'on refusa toujours d'adopter.

Le conflit se compliqua encore à la suite de l'ordonnance du 15 janvier 1824 qui érigea le monument funéraire élevé sur le cimetière de la Madeleine en chapelle royale expiatoire, mise à la disposition de Madame, duchesse d'Angouléme. Le prince de Croï, que son prédécesseur avoit chargé, au mois d'avril 1820, comme grand-aumonier, sans aucune autorisation quelconque de la part de l'ordinaire, de bénir la chapelleroyalede Versailles, n'hésita point à bénir le 20 janvier 1824 la chapelle royale expiatoire, et à y célébrer, le lendemain, un service funèbre. M. de Quelen protesta contre cet acte, qu'il qualifia d'illicite et de contraire à la juridiction, que personne n'avoit droit d'exercer dans son diocèse sans titre valable d'exemption 5 il protesta en même temps contre l'envoi qui pourroit être fait d'ecclésias-

(1) Leltic écrite, le jg décembre i8i3, par le prince de Croï à M. de Villèle.

[1824] LIVRE II. CHAPITRE XII. 45l

tiques pour célébrer les saints mystères dans ce lieu si vénérable.

Profondément affligé de la peine qu'éprouvoit Madame, duchesse d'Angouleme, de voir interrompre les prières sur le tombeau de son auguste père, le premier aumônier du Roi proposa un moyen de conciliation au grand-aumonier de France. Ce moyen consistoit à faire suggérer indirectement à l'archevêque de dire qu'il ne s'opposoit pas à ce que la messe fût célébrée dans la chapelle royale expiatoire par les ecclésiastiques que le Roi avoit nommés. Par suite d'un malentendu, le comte de Villèle, président du conseil des ministres, au lieu de se borner à obtenir de l'archevêque une lettre à Madame, où il eût déclaré qu'il ne s'opposoit plus à ce que les saints mystères fussent célébrés dans la chapelle, sa protestation subsistant d'ailleurs, réclama de ce prélat des pouvoirs formels pour les ecclésiastiques attachés au monument expiatoire, qui dès-lors, quoique chapelle royale, sembloit être considéré comme toute autre chapelle dépendante, par sa nature et par son titre, de la juridiction de l'ordinaire. Le grand-aumonier notifia alors au président du conseil des ministres que, tant que l'ordonnance qui érigeoit en chapelle royale le monument expiatoire ne seroit pas expressément rapportée, il ne reconnoîtroit point que le service y éloit fait en vertu des pouvoirs de l'archevêque. Le comte de Villèle, peu familiarisé avec ces matières, ne s'étoil occupé que d'assurer le service religieux, selon l'ardent désir de il/arfrt/ne, jusqu'à ce que le Roi eût pu s'éclairer des lumières des pairs ecclésiastiques sur les mesures à prendre pour éviter à Tavenir tout conflit de juridiction entre l'ordinaire et la grande-aumonerie. Le 25 janvier,

452 VIF. Dlî M. FRAYSSINOUS. [1824]

Louis XVIII fit donner au prince de Croï l'avis de suspendre le service divin dans la chapelle royale expiatoire, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné.

Sur ces entrefaites, on procéda à de nouvelles élections. M. l'abbé Jean de La Mennais, vicaire-général du grand-aumônier, s'étant montré en Bretagne, où il fit un voyage, peu favorable au candidat du ministère, le président du conseil des ministres obtint du Roi, à son retour, qu'un successeur lui fût donné. M. Jean de La Mennais vit donc, au mois de mars 1824, ses fonctions passer à M. l'abbé Perreau.

Page 1