CHAPITRE XV
Discours de M. d'Hermopolis au collège Stanislas. — Sacre de M. Clausel de Montais. — Discours pour la distribution du concours général.
Pendant qu'on s'occupoit de ces intérêts délicats, qui ne pouvoient manquer de fixer l'attention du premier aumônier du Roi, M. d'Hermopolis ne négligeoit aucune occasion de faire comprendre et aimer la religion par les enfans confiés à sa sollicitude. Ainsi le discours, également plein de sagesse et de bonté, qu'il prononça, le 14 juillet, au collège Stanislas, où il avoit été administrer le sacrement de confirmation, toucha les maîtres et les élèves.
Le 22 août, assisté des évéques de Cybistra et de Caryste, il sacra^ dans la chapelle du séminaire de Saint- Sulpice, M. Clausel de Montais, évêque élude Chartres, qu'il avoit eu pour compagnon de voyage en allant, pour la première fois, du Rouergue à Paris. Le grandmaître de l'Université donnant la consécration épiscopale au prélat dont la voix éloquente devoit plus tard protester avec tant d'énergie contre le monopole universitaire, voilà un de ces rapprochemens qui saisissent l'intérêt. Mais, si l'Université, trop tôt privée de la direction que lui imprimoit un évêque, n'avoit point dévié de la règle qu'elle avoit reçue de M. d'Hermopolis^ si, au lieu d'amender son système d'éducation
et d'enseignement, elle ne s'éloit pas laissée envahir par des hommes et par des doctrines qui rendent son monopole désormais intolérable à la conscience des catholiques, le prélat, auquel son plus illustre grandmaître a imposé les mains, ne se seroit pas vu dans la douloureuse obligation de tracer en caractères de feu l'acte d'accusation qui a constaté tant de scandales et prophétisé d'inévitables calamités.
Les sentimens de la jeunesse pour le chef vénérable de l'Instruction publique, dont l'heureuse influence modifioit ses dispositions, furent attestés par les appîaudissemens, dont, en présence de M. le due d'Orléans, elle couvrit, le 16 août, à la distribution des prix du concours général, ces belles paroles de M. Frayssinous :
« Messieurs, dit-il, il suffit de promener ses regards sur les murs de cette enceinte pour y rencontrer ce qu'il y a de plus capable de frapper vivement l'esprit et le cœur d'une studieuse jeunesse. Qu'y voyons-nous en effet? Nous y voyons les images de ces hommes raves, qui, par leurs écrits immortels, ont été l'ornement et la lumière des nations et des siècles. Ici les plus illustres des philosophes, des orateurs, des poètes, qui ont paru dans les temps anciens et modernes, revivent en quelque sorte sous nos yeux, et l'imagination, qui embellit tout, se les représente tous layonnans de l'éclat de leur génie et de leur gloire. Au nùlieu d'eux , Messieurs, vous contemplez ce monarque digne d'un tel cortège, qui semhJe les inviter à cette fête, où je viens en son nom couronner ses heureux enfans.
>» Les voilà. Messieurs, nos guides et nos modèles dans nos études classiques : astres brillans du monde littéraire, c'est à leur lumière qu'il faut marcher, si l'on ne veut retomber dans la nuit de la barbarie, ou se jeter dans un raflinement
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de pensées et tic langage plus irrémédiable que la barbarie elle-même.
» En vain, pour s'autoriser à tenter des routes nouvelles, on nous parleroit des progrès de l'esprit humain. 11 n'en est pas des lettres comme des sciences naturelles : dans celles-ci, on avance toujours, et les découvertes sont fdles du temps et de l'expérience; mais, lorsque, chez une nation savante etpolie, la langue, après s'être épurée, perfectionnée successivement, se trouve fixée enfin par des écrivains devenus modèles dans tous les genres, alors suivre le chemin qu'ils ont tracé, est un devoir : qui s'en écarte, ne peut que s'égarer.
» Oui, malheur à l'écrivain, parmi nous, qui, dédaignant notre grand siècle littéraire, tàcheroit d'avoir plus de grâce que Fénelon, plus de noblesse que Racine, plus de naïveté que La Fontaine, plus d'originalité que La Bruyère, plus de vigueur que Pascal, plus d'élévation que Boîsuet !
» Qu'est-il arrivé de nos jours? C'est que certains esprits ont conçu je ne sais quel dégoût, quelle aversion secrète pour ce qui est simple, clair, naturel, beau; ils ont paru ne se complaire que dans ce qui est apprêté, faux, bizarre, nébuleux; un nouveau style a demandé de nouvelles théories, et les lettres ont eu leurs sophisles comme la philosophie.
» N'oublions jamais que le bon sens doit présider à tout; que l'imagination sans règle rcssembleroit à de la folie; que l'esprit, ainsi qu'on l'a défini, est le sel de la raison^ que nos maîtres dans l'art d'écrire se sont montrés amis de cette raison jusque dans leur audace; et que, chez eux, la hardiesse du tour et de l'expression s'allie toujoui's à une heureuse clarté,
« Placé à la tête d'un corps dépositaire de toutes les bonnes doctrines littéraires, et qui possède dans son sein tant d'hommes capables de les défendre comme de les enseigner, j'ai cru devoir, dans ime circonstance aussi solennelle, avertir la jeunesse confiée à nos soins de se tenir constamment en garde contre les invasions du mauvais goût : dût-il péné-
trer partout, il faudroit que la porte de nos écoles lui fût toujours fermée. Jeunes élèves, je dois dire, à votre louange, qu'on a remarqué, en général, dans vos compositions le goût sévère et pur de cette ancienne Université que Rollin a tant illustrée.
» Messieurs, la religion, les mœurs, l'instruction classique, voilà le triple objet de notre sollicitude; et, je l'espère, chrétiens. Français, amis des bonnes lettres, le précieux héritage que vous et moi nous avons reçu, vous et moi nous saurons le conserver et le transmettre dans toute son intégrité. »