CHAPITRE XVIII
Le grand-maître choisit des recteurs dans la magistrature. — Désaccord de 31. de Peyronnet avec 31. d'IIermopolis, sur ce point. — Visites de M. de Scorbiac dans les collèges. — Nouvelle information sur l'école de Sorèze. — Mort de M. Petitot. — Conduite de M. d'Hermopolis quand il s'agit du choix des évèques. — Ses premières désignations.
Le vrai moyen de tirer parti de l'Université , suivant M. d'Hermopolis, consisîoit à en améliorer le personnel.
Nous avons dit que le grand-maître aimoit à choisir dans les rangs du clergé des recteurs, des proviseurs, des censeurs , c'est-à-dire les fonctionnaires appelés à exercer le plus d'influence : le clergé, en effet, lui présentoit d'incontestables garanties de moralité et de capacité. Mais, à une époque où le nombre des prêtres n'étoit pas en proportion avec celui des églises vacantes , et où l'érection récente de trente nouveaux sièges , en multipliant les vicaires-généraux et les chapitres, ne permettoit guère aux évêques de se dessaisir, au profit de l'Université, des sujets que leur mérite désignoit plus spécialement à leur confiance, M. d'Hermopolis ne se dissimuloit pas qu'il devoit chercher parmi les laïques la plupart de ses auxiliaires. Du moins, le prélat, jaloux de relever l'Université dans l'opinion publique , voulut demander ses principaux coopérateurs à la profession qui, jouissant de la plus grande considération aux yeux de tous , étoit d'autant plus propre à en procurer au corps enseignant, si elle consentoit à lui fournir quelques chefs d'élite. En un mot , M. d'Hermopolis songea
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à cherclier au sein de la magistrature ceux des recteurs qu'il ne pourroit trouver dans le clergé.
Obligé de ménager les préventions, une autre consi- •dération l'inclinoit vers l'ordre judiciaire. C'étoit beaucoup d'avoir placé un évêque à la tête de Tlnstruclion publique : si ce prélat avoit mis ensuite, en supposant que les hommes ne lui manquassent pas , des ecclésiastiques à la tête de toutes les académies , peut-être les passions, inquiètes déjà, eussent-elles fait une explosion fâcheuse. Dans la situation délicate où M, Frayssinous se trouvoit alors, un calcul de prudence le conduisit à choisir en partie les recteurs parmi les laïques pieux et honorables. De là ridée sage , et facilement applicable, de conférer le rectorat à plusieurs présidens de tribunaux de première instance. C'est ainsi que , par arrêté du 30 septembre 1824, M. Charpit de Courville , condisciple de M. Borderies à Sainte-Barbe, et président du tribunal civil de Nanci , fut nommé recteur de l'Académie de cette ville.
Malheureusement, M. de Peyronnet, garde des sceaux, necrutpas pouvoir seconder, avec l'efficacité nécessaire, le plan de son pieux collègue. Le cumul du rectorat et de la présidence lui sembloit offrir des inconvéniens, et l'abandon, même temporaire, de la présidence pour le rectorat l'eût privé de magistrats qu'il regardoit commedesrouagesactuellement indispensables de l'organisation judiciaire. M. d'Hermopolis invoqua l'intérêt des familles et de la société, qui autorisoient et réclamoient ces heureux emprunts faits par l'Université à la magistrature : M. de Peyronnet, se retranchant dans les besoins du service^ fit avec peine quelques concessions à ce grave intérêt, puis s'abstint de favoriser la combi-
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naison. Nous n'avons garde ici d'inculper les intentions de cet homme d'Étal loyal et dévoué au bien de la France : mais il nous est permis de regretter qu'il y ait eu de sa part malentendu, et par suite défaut de concours. Les prêts honorables que la magistrature eût faits à l'Université eussent donné à cette dernière institution un relief et une consistance dont elle avoit besoin ^ et, en voyant le grand- maître associer aux recteurs que pouvoit fournir le corps enseignant, des collègues sortis d'une corporation aussi considérée que l'ordre judiciaire , ou des rangs si vénérables du clergé, on eût mieu.v auguré de l'avenir de l'éducation et de l'enseignement.
Sérieusement occupé de faire naître ou d'affermir l'empire de la religion dans les établissemens d'instruction publique , le ministre veilloit à ce que le zélé missionnaire qu'il avoit choisi continuât de visiter les collèges. Ceux d'Avignon , de Montpellier, de Nîmes et de Toulouse reçurent le bienfait de sa visite , et M. d'Hermopolis lut avec une joie inexprimable celte lettre du 2 7 décembre 1824, où on lui rendoit compte des retraites d'Avignon et de Nîmes :
« L'apparition dans les collèges royaux de province d'un honmie vraiment apostolique, envoyé par le ministre du Roi très-chrétien, et doué de toutes les qualités nécessaires pour bien remplit' une telle mission, prouve, de la part du gouvernement, une sollicitude qui commande la confiance et augmente la considération.
» D'un autre côté, il étoit impossible que les grandes vérités de la religion, exposées avec la double énergie du talent et de la conviction, ne fissent pas une impression profonde sur de jeunes cœurs, même sur cenx que l'âge et les
passions aiiroient pu entraîner. Le triomphe, je ne dirai pas de l'ouvrier, qui se dévoue si entièrement à l'œuvre, mais de la parole, a été complet. Attaqués tour à tour et sans lelâche par la force des raisonnemens et la terreur des images, la clarté des preuves et l'ascendant du mérite; subjugués encore dans ces communications familières, véritable séduction pour laquelle rien ne manque au missionnaire, nos élèves se sont prononcés franchement, et ont donné de justes consolations à M. de Scorbiac.
» Quelques faits peindi'ont mieux que mes paroles.
» Le meilleur élève de rhétorique, transporté à la seconde instruction, court chez le missionnaire, et lui saute au cou en disant : » Ah ! Monsieur, si je pouvois espérer de prêcher vin jour comme vous, à l'instant je me ferais prêtre. >»
» A la fin du sermon sur le jugement dernier, l'émotion fut telle, que fonctionnaires et enfans se précipitèrent contre terre, et restèrent près d'un quart d'heure dans l'abattement et la stupeur.
» Un élève avoit été plusieurs fois à la porte de l'appartement deM. deScoi'biac, sans oser entrer. Enfin, il se décide, avance quelques pas, hésite encore. « — Que faites-vous là?
— Je veux vous parler. — Approchez, mon enfant; expliquez-vous. — C'est facile à dire. — Avez-vous peur de moi?
— Non; mais j'ai bien besoin de vous, car je sens que je suis le plus mauvais sujet du collège. »
» Un jeune homme de dix-sept ans, pouvant s'adresser aux confesseurs extraordinaires appelés au collège, est allé trouver l'aumônier, et lui a dit : << Monsieur, avant de commencer, j'ai quelque chose sur le cœur, qu'il faut que vous me pardonniez comme homme. Il m'est arrivé souvent de me moquer de vous. » J'ai trouvé cela bien beau et bien chrétien.
» Quelques élèves de la première division avoient paru avec un air léger aux premières instructions. M. de Scorbiac s'en étoit aperçu. Un malaise visible succéda : vint enfin
l'explosion. « C'est fini, dit l'un d'eux aumissionnaiie; donnez-moi vos conseils et un confesseur : je veux changer. » Les autres l'ont imité.
» Les élèves protestans avoient témoigné vivement le désir d'entendre M. de Scorbiac, et plusieurs s'étoient glissés dans la chapelle avec les autres. Comme ils ont insisté à demander comme une faveur à être admis aux instructions, ils ont pu y assister dans une tribune.
» Il n'a pas été nécessaire d'user de précautions oratoires pour porter les élèves des deux collèges royaux à chanter des cantiques pendant la station. C'est un exercice auquel ils se sont livrés avec empressement et avec application. Il falloit les retenir, au lieu de les pousser. Cela a été remarqué.
» M. l'archevêque d'Avignon et M. l'évêque de Nîmes ont daigné ajouter, par leur présence et celle de leurs vicairesgénéraux, à l'éclat de la fête qui a terminé la retraite. Ces prélats ont donné la bénédiction après le sermon de clôture. Monseigneur de Nhnes a même officié pontificalement. Le concours étoit des plus brillans. M. le maire, en costume, plusieurs membres de la cour royale et des hautes administrations, témoins de cette solennité, ont exprimé leur satisfaction, et le regret de n'avoir pu suivre tous les exercices, auxquels les ecclésiastiques seuls étoient admis.
» Enfin, il a fallu se séparer, et les adieux ont été ce qu'ils dévoient être, pleins d'affection et de franchise. M. de Scorbiac s'étoit trop montré l'ami des élèves, pour ne pas exciter leur reconnoissance. On les entend encore se dire : « Celuilà nous connoît bien, et sait nous prendre. »
» Selon l'intention de M. le missionnaire, il n'y a point eu de communion générale; mais, pendant et depuis la retraite, les élèves se sont approchés successivement de la sainte table. Plusieurs fonctionnaires et professeurs se réunissent à eux dans l'accomplissement de leurs pieux devoirs.
MM. les proviseurs n'ont rien oublié pour seconder ]\I. de
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Scorbiac. MM. les aumôniers et censeurs ont fait aussi preuve de zèle.
» Tout concourt ainsi, Monseigneur, à assurer les bons résultats de la retraite dans les deux collèges royaux de Nîmes et d'Avignon, et à offrir à Votre Excellence la plus douce des consolations. »
Ce tableau ne montre pas seulement tout le bien qui . a été fait naguère : il indique celui qu'on pourroit opérer encore.
L'école de Sorèze, où tant de scandales s'étoient révélés, fut soumise à une information nouvelle, à laquelle procéda M. Dinet, inspecteur-général des éludes. Cette investigation eut pour résultat de faire attacher à l'établissement un censeur et un inspecteur particulier, proposés par l'archevêque d'Albi , et écarter les professeurs qui sembloient avoir provoqué toutes les mesures précédentes (1).
Le 8 avril 1825, M. d'Hermopolis, privé , à son vif regret, du concours du directeur de l'Instruction publique, assista , dans l'église de Saint-Etienne-du-Mont, aux funérailles de M. Petitot. M. de Corbière rendit le même hommage à la mémoire de cet homme de bien.
Dans M. Frayssinous, le ministre des Affaires ecclésiastiques rivalisoit de zèle avec celui de l'Instruction publique.
Son administration ne jx)uvoit avoir un objet plus élevé que le choix des évêques : aussi se faisoit-il la plus haute idée de l'importance de ses devoirs à ce sujet. Un évêché venoit-il à vaquer, c'étoit pour lui l'occasion de graves soucis. Le prélat, qui avoit reculé devant la
[i) Amidc kl R('li(jion, t. XF.II, p. .')!>3.
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chargé d'aines, pesoit avec d'autant plus de scrupule au poids du sanctuaire les forces de celui auquel il alloit imposer cette charge redoutable. Il eût craint de rien accorder à la faveur et aux influences les plus respectables. La piété, la vertu, la science l'emportoient à ses yeux sur toutes les autres considérations, a De ce train, lui dit imprudemment, en pleine cour, la duchesse de Rohan, l'épiscopat finira par tomber en roture. — Madame, répondit le ministre, à mérite égal, je préférerai les sujets dont l'illustration personnelle sera propre à relever l'éclat de leur siège ; mais il faut que je voie l'apotre à coté d'un grand nom : jusque-là, vous me permettrez d'attendre. » Dans une autre circonstance, ayant reçu une demande pour un évêché, il s'en affligeoit. «Un évéché, dit-il, n'est pas une place que l'on sollicite. La demander, c'est prouver qu'on n'en est pas digne. » Il sutlisoit qu'un ecclésiastique manifestât , directement ou indirectement, l'espoir ou le désir d'arriver à l'épiscopat , pour s'en trouver exclu par le vigilant ministre : règle de conduite que ses successeurs au pouvoir, et surtout dans l'exercice de la plus délicate de leurs fonctions, ne sauroient observer avec trop de scrupule. Grâce aux choix éclairés et consciencieux de l'évêque d'Hermopolis, l'épiscopat français continua d'être vénérable à tout le monde catholique.
Quelques vacances lui fournirent , dès le mois d'octobre 1824 , l'occasion de montrer la prudence qui dirigeoit ses propositions. Il désigna à Charles X , pour Limoges, M. de Tournefort, successivement vicairegénéral de Metz et de Dijon ; pour Tulle, M. de Mailhet de Vachères, vicaire-général du Puv; pour la métropole de Bourges, M. de Villèle, évoque de Soissons, et parent
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du premier ministre ; pour Soissons, M. de Simony, tour à tour vicaire-général de Chartres et de Reiras , et naguère aumônier de Monsieur, comte d'Artois ; pour Carcassonne, M. de Saint-Rome-Gualy, vicaire-général de Rodez, son compatriote, qu'il voulut sacrer, le 24 avril suivant, dans la chapelle des Dames du Sacré-Cœur, avec l'assistance des évéques de Lucon etd'Evreux. Dans sa lettre du 26 octobre 1824 à M. Louis de Sambucy, il disoit de ce prélat :
« L'abbé de Gualy (l'oncle) est nommé à Carcassonne. C'est un de nos plus pieux et plus aimables compatriotes. Il peut rendre de grands services. »
Au mois de janvier 1825, il indiqua, pour Rennes, M. de Lesquen, évêque de Beauvais^ et pour Beauvais, M. Feutrier, son disciple à Saint-Sulpice , qui , étant vicaire-général de la grande-aumonerie, avoit déterminé sa nomination en qualité de premier aumônier du Roi. M. d'Hermopolis avoit une haute idée du mérite de M. Feutrier, alors vicaire-général de Paris et curé de la Madeleine ; et, dès le moment où ce dernier avoit cessé d'exercer les fonctions de vicaire-général de la grande-aumonerie, qui sembloient le conduire à l'épiscopat, il étoit arrivé à M. Frayssinous de dire à Issy, que le vicaire-général remercié n'en seroit pas moins un jour élevé par ses talens au rang des premiers pasteurs. Il ne fit donc que réaliser sa prédiction, en le désignant pour le siège de Beauvais.
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